Le Constructivisme , Modéliser pour comprendre (T3)

Jean-Louis Le Moigne, Editions L’Harmattan, 2004
C’est par un ingénieux système de symbole et de modéles que nous rendons intelligible la connaissance et notre relation au monde, Jean Louis Le Moigne nous invite à de nouvelles méditations épistémologiques qui impulsent un nouvel esprit scientifique dont la rigueur imaginative fait loi.
A lire aussi Tome 2, Epistémologie de l’interdisciplinarité

 

Quelques mots de l’auteur

Denis Failly – « Jean Louis Le Moigne  » quelle serait la définition du Constructivisme qui vous paraît la plus éclairante ?

Jean Louis Le Moigne
« Puis je contourner le piége de la définition des doctrines en ‘isme’ ? Ce sera en vous proposant une définition des épistémologies constructivistes : Les repères sont alors plus stables. J Piaget définit l’épistémologie par l’étude de la constitution des connaissances valables …ce qui semble généralement recevable … et qui nous invite à nous interroger sur ce que doit être une connaissance valable, enseignable donc ! Disons : Légitime ici et maintenant, dans nos cultures. Comme depuis un moment le critère rassurant cartésiano-positiviste de détermination (ou de démarcation) de la vérité scientifique objective et unique, totalement indépendante de tous les observateurs, ne tient pas mieux la route que le critère de conformité à la vérité divine révélée par les textes dits sacrés, il fallait bien, par probité, s’interroger loyalement : Comment aujourd’hui pouvons nous légitimer les connaissances que nous produisons et enseignons ? Depuis un siècle, nous pouvons lire P. Valéry : Les vérités sont choses à faire et non à découvrir, ce sont des constructions et non des trésors. Ou lire G Bachelard : ‘Rien n’est donné, tout est construit’, ou bien d’autres. Tous nous font relire le Discours sur la méthode des études de notre temps que G Vico adressait en 1708 à ses étudiants pour leur proposer une alternative bien construite aux quatre préceptes du Discours de la méthode cartésien : Si je le résume en une des formules fortes de Vico, ce sera ma réponse à votre demande de définition des constructivismes : Le vrai est le faire même. Ce que pouvez faire, n’est –il pas légitime de le tenir pour vrai ? Si vous ne pouvez le faire, réfléchissez d’abord ! C’est ainsi que Léonard de Vinci inventa l’hélicoptère : pour faire monter un corps plus lourd que l’air, ce que l’on disait ne pouvoir faire. »

Denis Failly – « Avec Edgar Morin peut-on vous définir comme un « penseur de la complexité », un évangélisateur du complexe ? »

« A nouveau il me faut contourner le piége de la question : Tout être humain qui pense, pense la complexité, dans, avec, et par la complexité : Quoi de plus perçu complexe que le cerveau par lequel nous pensons ? Quoi de plus perçu complexe que l’univers dans lequel nous vivons et mourrons ? Quoi de plus perçu complexe que notre relation avec les autres humains ?

Certes bien des Grands Clercs tentent périodiquement de robotiser l’exercice de la pensée humaine en proclamant que l’on peut toujours réduire le complexe au simplifié : Les lois de la pensée (titre de l’ouvrage de G Boole) seront tenues pour réductibles à une banale algèbre booléenne! Toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes … s’entendront par « … de longues chaînes de raisons toutes simples et faciles », assurait Descartes.
Mais, non moins périodiquement, l’humanité réagit devant ces invitations au simplisme. Pascal déjà répondait à Descartes:‘ »L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il nous faut relever … Travaillons donc à bien penser »
« Travailler à bien penser«  n’est ce pas s’attacher à penser dans, avec, par la complexité que nous reconnaissions à notre relation au monde de la vie. Ce qui, bien sûr, nous incite à ne pas commencer par tout simplifier, tout découper, tout mutiler. »


Denis Failly -« Pensez vous qu’expliquer la Complexité bien que passionnant et fondamental demeure une quête parfois désespérante au vu de l’hermétisme de certaines instances humaines, organisationnelles, décisionnelles ?

Jean Louis Le Moigne « Mais on n’explique pas la complexité ! Pas plus qu’on explique la vie ou l’amour. On s’attache à donner des sens plausibles à nos actes, à ne pas nier les innombrables solidarités dont nous dépendons et qui dépendent de nous. Toute notre dignité consiste donc en la pensée, nous rappelait Pascal. Pour ce faire, depuis toujours, la sagesse humaine s’est forgée et continue à se forger des artefacts que nous appelons des symboles, et à l’aide de ces symboles, des concepts. Qui nous aident à ‘travailler à bien penser’.
La tentation est grande parfois de former des concepts assez hermétiques pour que nul ne puisse contester leur légitimité puisqu’on ne peut les comprendre. P. Valéry nous conseillait alors de procéder au nettoyage préalable de la situation verbale. Par exemple, de nombreux traités assurent qu’ils vont nous dire ou nous apprendre comment Gérer la Complexité : Alors que la complexité est précisément ce qui ne se gère pas ; Elle nous invite plutôt ‘à comprendre qu’il y a aussi de l’incompréhensible’. Ce qui va nous mettre en situation de Gérer avec la complexité (To Deal with… dira t on en anglais, et non pas to manage’).
Avez-vous observé qu’il n’y a rien d’hermétique dans les propos d’Edgar Morin, (ou de J Piaget, ou de H Simon, ou de G Bachelard…). Certes il crée ou il restaure des concepts en formant des néologismes, mais ils sont tous, et toujours je crois, inte
lligibles dans leur contexte dés qu’il les fait travailler. Il n’y a rien d’hermétique par exemple dans le concept d’éco-auto-ré-organisaction qui s’avère si puissant pour travailler à bien penser…la gestion des organisations sociales ! »


Denis Failly « Avez vous une espérance particulière à formuler pour les générations à venir et êtes-vous optimiste quant à la prise de conscience par le citoyen, les élites…que le monde est complexe et que le complexe se pense et suppose quasiment une « épistémologie de la décision », une revisite des représentations, une refonte des comportements…? »

Jean Louis Le Moigne « Vous vous souvenez de ce vers de Pindare (5 siècle avant Jésus Christ) qu’A. Camus met en exergue du Mythe de Sisyphe ? : N’aspire pas, Ô mon âme à la vie éternelle, mais explore le champ des possibles’. N’est ce pas là une riche et ancestrale sagesse que nous pouvons proposer aux générations qui nous suivent ? Nous serons sans doute plus convaincant si nous nous efforçons nous même de la faire notre ? C’est peut-être ce que vous entendez lorsque vous évoquez la prise de conscience par les citoyens de leur capacité de délibération pragmatique ? S’exercer à activer cette étrange faculté de l’esprit humai qui est de relier que G Vico (après Cicéron) appelait l’ingenium, s’étonnant que la langue française n’ai pas encore trouve un mot pour la désigner

Il ne s’agit pas tant de refonder que de restaurer ou mieux dit E Morin d’enraciner : les Topiques et la Rhétorique d’Aristote, les Carnet de Léonard de Vinci, les Essais de Montaigne, la Scienza Nuova de G Vico ou les Cahiers de P Valéry, nous transmettent cette sève d’une sagesse humaine que deux siècles de positivisme avait souvent fait oublier à nos élites intellectuelles et culturelles. En particulier, ils nous apprennent que puisque nous ne ‘raisonnons que sur des modèles’, il importe de faire attention à la façon dont nous concevons – construisons les modèles sur lesquels nous raisonnons : Au lieu de commencer par simplifier, commençons par former et transformer des représentations toujours contextualisées, riches en couleur, C’est pour cela que Léonard, en bon ingénieur, avait développé si étonnamment les ressources du Disegno. Mais hélas, qui aujourd’hui pense à nous les enseigner ?

Puis-je aussi remplacer votre expression ‘épistémologie de la décision’ par une formule plus opérationnelle et je crois un peu moins hermétique : ‘La critique épistémologique interne de l’étude des processus de décisions dans les organisations humaines’ »

Denis Failly « Enfin dans un domaine plus particulier, support même de cette interview, que vous inspire aujourd’hui, au delà de la fracture numérique, les phénomènes de reliances et d’expressions par Internet, hors des agoras traditionnelles d’expressions , je pense ici aux blogs, forums, tchats, social networking, communautés virtuelles, etc ? »

Jean Louis Le Moigne « Elle m’inspire d’abord, bien sûr beaucoup d’enthousiasme ; c’est très excitant, très oxygénant : Nous voilà en situation de pouvoir vraiment explorer de nouveaux espaces, sans doute infinis, du ‘champ des possibles’. Enthousiasme qui avive le sens de notre responsabilité : Plus s’accroît le champ des possibles, plus s’accroît la responsabilité de la communauté humaine sur notre petite planète, notre terre – patrie.

N’est –il pas très significatif que le dernier Tome de La Méthode d’Edgar Morin (ce nouveau Traité de la réforme de l’entendement après ceux de Spinoza, de Locke ou de Leibniz) s’appelle l’Ethique? Dans ce champ des possibles, quels critères nous permettront de choisir une action ? Avons-nous pratiquement d’autre réponse collectivement acceptable que celle de Pascal : Toute notre dignité consiste donc en la pensée. … Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.


Exercice souvent difficile et qui ne porte pas en lui-même une garantie définitive de succès, j’en conviens. Mais avons-nous un critère alternatif satisfaisant ? S’en remettre aux experts scientifiques qui disant le présumé scientifiquement vrai diraient par la même le moralement bon ? Ou aux lois d’airain du marché du genre ‘Sera moralement bon ce qui nous rapporte économiquement le plus, et aprés nous le déluge ?

En pratique le principe pragmatique d’action intelligente (qui inclut celui de non irréversibilité) nous propose quand même une sage réponse : Veillons par nos choix immédiats à ne pas réduire la liberté de choix de ceux qui nous succèdent, et si nous devons la réduire dans tel domaine, contraignons nous à l’augmenter d’autant dans tel autre.

Alors, pour ce qui est des impressionnants développements contemporains des formes d’Intelligences connectives (J’aime ce néologisme formé par les québécois), proposons un diagnostic préalable : Les stratégies d’action appellent la méditation éthique et la méditation éthique appelle la critique épistémologique des connaissances mises en œuvre. Sommes nous assez attentifs les uns et les autres à l’exercice, chemin faisant, de nos capacités de critiques épistémologiques s’enracinant dans nos expériences de production et de transmission de ces nouvelles connaissances?

Je rencontre tant de collègues qui me répondent : L’épistémologie c’est de la philo, très peu pour moi ! Et l’éthique, il y a des comités pour cela ; le temps qu’ils aient produits leurs rapports on
sera passé à autre chose…
que je devrais m’inquiéter ! Par chance j’en rencontre quelques autres qui me donnent des raisons d’espérer… en notre capacité collective d’Intelligence de la Complexité »

Denis Failly – « Je vous remercie »

La bio de Jean Louis Le Moigne

L’association pour la pensée Complexe






Blogs pour les pros

La bibliothèque NextModerne, Blogs pour les pros, interview de Loïc Le Meur par Denis FaillyLoïc Le Meur, Laurence Beauvais, Dunod, 2005

Quelques mots de l’auteur, Loïc Le Meur

Denis Failly« Loïc Le Meur, pouvez-vous nous dire ce qui a présidé à l’écriture de ce livre ou quelle en est la thèse principale ? »

Loïc Le MeurLa bibliothèque NextModerne,Loïc Le Meur– « On ne peut pas particulièrement parler de thèse, j’essaie de partager ce que j’ai appris en près de trois ans de blog et de conseils aux entreprises en le réunissant dans ce livre, c’est une synthèse. Son objectif est de faire comprendre les enjeux des blogs aux entreprises et aussi de permettre aux blogueurs passionnés d’approfondir leurs connaissance pour leur propre blogging.

Denis Failly« Quelles sont les perspectives envisageables pour les blogs ? »

Loïc Le Meur « Il se crée plus d’un blog par seconde dans le monde. La transparence que les blogs créent ainsi que la rapidité de circulation des informations entre les blogueurs et lecteurs des blogs transforment en profondeur la manière dont nous communiquons. Le phénomène plus récent du podcasting audio et video y apporte une autre dimension et renforce encore l’intensité de ce phénomène. »

Denis Failly « Je vous remercie. »

Le blog de Loïc Le Meur

Bio : Loïc Le Meur est un « serial entrepreneur » français de 33 ans, Directeur Général Europe de Six Apart, le leader mondial des logiciels de weblogs qui héberge plus de 12 millions de blogs dans le monde.
Avant de rejoindre Six Apart Europe, Loïc a créé et dirigé plusieurs entreprises en France, comme l’entreprise U-blog SA, une des première entreprise de blogs en Europe en 2003, Tekora, un logiciel de création de sites web pour les PME, RapidSite France, un des premiers hébergeurs de sites qui a été cédé à France Telecom en 1999 et de B2L, une des grandes agences interactives, cédée au groupe BBDO. Loïc Le Meur a aussi été sélectionné comme « Young Global Leader » par le World Economic Forum et participe au Forum de Davos depuis plusieurs années.
Son blog est l’un des plus visités de France, recevant plus de 150 000 visiteurs uniques par mois. Loïc Le Meur est aussi un podcasteur. Son podcast est écouté ou vu par environ 30 000 personnes

La méthode, L’Identité humaine, tome 5

Edgar Morin, Seuil,2005

« L’homme demeure cet inconnu, plus aujourd’hui par mal-science que par ignorance.D’ou le paradoxe; plus nous connaissons, moins nous comprenons l’être humain » (sic)
C’est notre mode du connaître qui inhibe nos possibilités de concevoir le « Complexe » humain.
Edgar Morin, essaie de penser une humanité riche se ses contradictions sous le prisme trinitaire
individu—>société—>espèce. chaque composante pouvant être à la fois complémentaire et antagoniste.
La fragmentation, le morcellement, la disjonction propre à ce mode classqiue du « connaîe »ne peuvent rendre compte de l’identité multiple de l’homme (biologique, subjective, sociale). Le temps est venu de (ré)investir et (ré)apprendre
l’humain, l’humanité de l’humanité

Comment les systèmes pondent, Une introduction à la mémétique

La bibliothèque NextModerne, Comment les systèmes pondent, Pascal Jouxtel interviewé par Denis Failly Pascal Jouxtel, Editions Le Pommier, Collection « Mélété » dirigée par Jean-Michel Besnier

Quelques mots de l’auteur

Denis Failly « Pascal Jouxtel, même si Richard Dawkins en parlait déjà dés 1976 dans « le Gène égoïste », pouvez – vous pour nos lecteurs qui seraient éventuellement béotiens, nous rappeler les deux ou trois fondamentaux sur les Mèmes et la Mémétique ?

Pascal Jouxtel La bibliothèque NextModerne, Pascal Jouxtel « Dawkins a donné vie au concept, de mème mais la mémétique est née dans les années 88. il s’agit d’un parti pris de recherche qui consiste à étudier la reproduction des codes culturels en leur appliquant les lois de l’évolution darwinienne (variation, sélection, transmission).
Si vous deviez en retenir uniquement quelques messages-clés, ce serait :
– La mémétique est une intégration de la sphère culturelle (informationnelle, économique, psychologique et sociale) dans le règne du vivant, qui est du coup étendu au-delà du biologique.
– Les véhicules de l’évolution culturelle (rites, organisations, comportements, idées, langages, objets) se nourrissent et se reproduisent en utilisant le terrain humain comme habitat et notamment en exploitant les
facultés de notre cerveau, y compris sa capacité à opérer des choix. Nous ne sommes pas les créateurs de nos idées mais leur lieu d’habitation.
– L’évolution culturelle, dans le cadre Darwinien, est supportée par un code dit code mémétique, dont la représentation n’est pas encore accessible, mais dont les méméticiens s’emploient à cerner la « grammaire ».

Pascal Jouxtel « Voilà, ça c’est notre travail. »

Denis Failly « Pourquoi en dehors de quelques cénacles de spécialistes, la Mémétique est, semble t-il, si peu débattue ? Votre livre est unique actuellement en France, et semble combler un manque patent, comment expliquez vous cela ?

Pascal Jouxtel Elle est peu débattue, et pourtant elle est étrangement populaire, féconde et suspecte à la fois. En apparence, elle est trop simple, voire simpliste aux yeux de ceux qui s’abîment dans la description instanciée des phénomènes.

Cependant, voyez comme elle rassemble des gens venus d’horizons aussi divers que l’art, la politique, les sciences cognitives, le bouddhisme, l’informatique, le marketing, la philosophie, l’enseignement, le conseil… Soyez patient ! Les français ont besoin de savoir qu’ils sont les inventeurs de la Mémétique pour l’aimer. C’est ce que je leur explique dans « Comment les systèmes pondent« . Jacques Monod avait eu la même intuition que Dawkins quelques années avant. René Thom et Joël de Rosnay auraient pu être des méméticiens. Michel Serres s’en rapproche. Teilhard de Chardin se serait bien assis autour de la table.
Vous savez, il faut être particulièrement indulgent avec les chercheurs, car leur vie est constamment sous contrainte, qu’elle soit de temps ou d’autorité sur le fond; ils n’ont pas forcément la liberté de penser qu’on leur prête.

Thomas Kuhn a joliment exprimé que les étudiants doivent d’abord faire allégeance aux paradigmes pour pouvoir s’intégrer à des communautés scientifiques.
Beaucoup de théories qui prétendent exclure la mémétique aujourd’hui défendent en réalité un territoire restreint où elles exercent la loi ; elles s’organisent autour de porte-voix qui les protègent en échange d’une révérence à laquelle il est bien difficile de résister !
La mémétique avance par paliers. Pour l’instant, on peut sans doute plus facilement obtenir des crédits de recherche pour effectuer un travail de mémétique si l’on ne dit pas que cela en est et qu’on le passe sous « anthropologie », « sciences cognitives » ou « modélisation sociale ».
Pour ma part, je suis consultant de métier et méméticien par passion.

Denis Failly « Alors la mémétique ? L’ignorant ou le sceptique s’interrogera : effet de mode ? néologisme de plus ? habillage sémantique de la viralité dans la noosphère ? ou vrai corps de connaissances constituées en discipline, dotée d’une démarche épistémologique, de méthodes et d’outils d’observation et d’analyse…? »

Pascal Jouxtel « Effet de mode ? Peut-être, mais pour un méméticien, tout est un effet de mode à plus ou moins long terme. La pollution et les attentats suicides sont des effets de mode qui j’espère ne dureront pas.
Néologisme de plus ? Parfaitement. C’est mal ? Le mot génétique date de 1911 selon le Robert. Le mot fractale date des années 1970. Ceux qui prétendent par exemple que le mot idée, ou d’autres mots aussi usés que celui-là, pourraient remplacer avantageusement le mot Mème, expriment simplement leur rejet, car cette confusion rendrait la théorie mémétique quasiment inopérable. Le mot idée semble faire l’affaire pour la partie mentale du cycle de vie des mémes, mais ne rend pas compte de leur aspect pratique, comme par exemple ceux qui traduisent des mouvements, des symboles, des dimensions ou des matières; de telles distinctions ne sont pas des idées au sens où je l’entends. Par ailleurs, je trouve le concept d’idée, porteur d’un « à priori » sur la séparation entre la pensée et la matière, qui ne tient plus vraiment à la lumière des sciences cognitives. Je lui préfère celui de « forme connaissable », qui est aussi plus proche de la théorie de l’esprit chez les bouddhistes Tibétains.

Cela étant, si l’on traite les idées comme des schémas culturels auto-réplicants, alors on fait tout simplement de la mémétique, où est le problème ? Je vous rappelle que le sous-titre de la revue anglophone « Journal of memetics » est tout simplement « Evolutionary models of information transmission ». Nous devons étudier, par exemple, les contraintes qui pèsent sur la reproduction des codes, tout ce qui peut entraver leur perception, leur mémorisation ou leur expression. Nous devons étudier aussi comment se déroule l’ontogenèse d’une solution instanciée à partir d’un souvenir que l’on partage dans une interaction sociale. Il y a du boulot !
Quand à la viralité de la noosphère, même si elle a opportunément servi d’exemple pour attirer l’attention du grand-public sur la possibilité d’une vie non-biologique, de nature plutôt informationnelle, elle me semble une vue très limitative, autant que pourrait l’être une vue qui limiterait le règne du vivant biologique aux bactéries et aux virus. Disons que c’est un cas particulier de mémétique intéressant et facile à décortiquer.

Denis Failly – « Pouvez vous nous dire quelques mots sur la Société Francophone de Mémétique (rôle, objectifs, moyens..) ?

La SFM (NDLR: Société Francophone de Mémétique) a trois objectifs que vous trouverez détaillés ici :
Objectif N°1 : Diffuser et approfondir la connaissance de la mémétique dans le monde francophone.
Les indicateurs de succès de notre action seront : le trafic enregistré sur le site, le nombre d’abonnés à la liste, la richesse des références et des liens fournis, le référencement dans les autres sites et dans les moteurs de recherche. « L’archi-indicateur » (NDLR « archi » = le chef en grec) serait l’ajout des mot « mèmes » et « mémétique » au dictionnaire de la langue française.

Objectif N°2 : Faire reconnaître la posture de méméticien par les disciplines connexes.
Les indicateurs de succès seront le nombre et la qualité des participants aux manifestations que nous pouvons organiser et le nombre de rencontres interdisciplinaires engagées. L’archi-indicateur serait la présence d’un méméticien dans les grands débats de société à la télévision ou à la radio.

Objectif N°3 : Produire et relayer des contributions originales.
Les principaux indicateurs de succès seraient : le nombre d’étudiants en mémétique et la qualité des contributions originales produites. L’archi-indicateur serait la création d’une chaire ou d’un département de mémétique à la Sorbonne ou au CNRS, et surtout la création d’un rayon mémétique dans les grandes librairies.

Pour ce qui est des moyens, pour le moment, ils se résument aux cotisations des quelques dizaines d’adhérents, à raison de 25€ annuels par tête, vous voyez c’est maigre, mais ce n’est que le début. Si vous connaissez des sponsors pour notre séminaire 2006, ils sont les bienvenus. On dit qu’à une époque, la marque Tampax était à la recherche d’événement culturels à sponsoriser, mais n’en trouvait pas… Pourquoi pas ? »

Denis Failly « Merci Pascal »

Le blog consacré au livre

Le site de la Société Francophone de Mémétique

 

Bio : Pascal Jouxtel est ingénieur en aéronautique de formation, il a aussi étudié et même le théâtre pendant 4 ans. il s’est orienté ensuite vers le marketing et la sociologie des organisations. Actuellement, il est consultant dans un grand cabinet français dont une des spécialités est le levier comportemental de la performance durable des entreprises.
Il s’est depuis longtemps intéressé à la mémétique. Il est co-fondateur de la Société Française de Mémétique qui l’a élu président.

2010 Futur Virtuel, Malo Girod de l’Ain, M2 Editions, 2005

 La bibliothèque NextModerne, 2010 Futur virtuel, Malo Girod de l'Ain interviewé par Denis Failly

Quelques mots de l’auteur, Malo Girod de l’Ain.

Denis Failly – « Malo Girod de l’Ain, pouvez-vous nous dire ce qui a présidé à l’écriture de 2010 Futur Virtuel ? »

Malo Girod de l’Ain La bibliothèque NextModerne, Malo Girod de l'Ain « Après l’explosion de la bulle Internet, j’étais curieux de savoir si cette explosion de créativité, à laquelle j’ai participé à la tête d’une dotcom, n’était qu’un feu de paille ou bien au contraire l’amorce de changements profonds. Au début mon idée était simplement d’écrire un article. Et puis, me passionnant pour le sujet, j’ai écris ce livre pour faire partager mes découvertes et convictions. »

Denis Failly – « Quelle est la thèse principale de votre ouvrage ? »

Malo Girod de l’Ain – « Le livre contient deux thèses principales:

– l’accélération du changement : Pas seulement depuis 10 ans mais depuis l’aube de l’humanité, nous vivons sur un mode d’accélération du changement. Plusieurs chercheurs américains travaillent sur ces théories qui ont des conséquences fortes et malheureusement ignorées tant des politiques que des industries qui ont besoin de prévoir à 5, 10 ou 20 ans…
– l’utilisation croissante du « virtuel » : Nous allons baigner de plus en plus dans le « virtuel » avec une utilisation croissante d’outils connectés aussi bien dans notre vie professionnelle que personnelle. »
Denis Failly – « Quelles sont les perspectives envisageables, les raisons d’être optimiste…? »

Malo Girod de l’Ain – « Je suis optimiste pas seulement par nature mais également en réalisant que bien souvent des solutions innovantes sont trouvées aux problèmes du moment. Par exemple pour s’y retrouver dans les milliards de pages du web, les outils de recherches sont de plus en plus puissants et complétés par des millions de bloggueurs qui, chacun dans leur domaine, filtrent, classent… Par contre, je pense, c’est essentiel, et c’est l’un des objectifs du livre, qu’arrive enfin une prise de conscience au niveau de la société tout entière, des conséquences des changements forts en cours qui peuvent être vraiment dramatiques si non maîtrisés.

Denis Failly – « Je vous remercie »

Le site de Malo Girod de l’Ain

Bio : Malo Girod de l’Ain est un entrepreneur passionné des nouvelles technologies et des évolutions du monde depuis plus de vingt ans. Précurseur de l’Internet, il dirige depuis 1995 plusieurs sociétés axées sur le développement de services en ligne. Il est ingénieur Centrale et a suivi des études de Droit et de Gemmologie. Membre FING (Fondation Internet Nouvelle Génération). L’auteur donne de nombreuses conférences de prospective dans le cadre de grandes écoles, de club, de société de prospective, pour la commission européenne.