Textes fondamentaux sur la prospective

Quelques textes , épuisés et introuvables qui sont fondateurs de la prospective à la française (Gaston Berger), ces textes sont mis à disposition par le Lipsor

Étapes de la prospective , Gaston Berger, PUF, 1967

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Phénoménologie du temps et Prospective, Gaston Berger, PUF, 1964

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Décision, Prospective, Auto-organisation, Mélanges en l’honneur de Jacques Lesourne, Editions DUNOD, 2000

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Internet, tome 2 : « services et usages de demain »

La bibliothèque NextModerne, Internet services et usages de demain, Jean Michel Cornu interviwé par Denis Failly Jean-Michel Cornu, 2003, FING

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Interview de l’auteur

 

Denis Failly – « Jean Michel Cornu, dans votre ouvrage « Internet, services et usages de demain » vous exposiez les deux visions (côté utilisateurs et côté fournisseurs), pour ce qui est des usages de l’Internet; Deux ans après, quelle(s) appréciation(s) portez – vous , quant à la rencontre des deux visions ? »

La bibliothèque NextModerne, Jean Michel CornuJean Michel Cornu « On retrouve toujours ces deux visions des produits et services et ce n’est pas prêt de changer… tout simplement parce qu’il s’agit de deux facettes complémentaires, un peu comme les deux cotés – pile et face – d’une pièce :
– Le fournisseur va pouvoir à l’aide de technologies, proposer un ensemble de fonctionnalités intégrées dans les produits et services qu’il propose.
– L’utilisateur va faire un ensemble d’usages (chez lui, au travail, en déplacement…) du produit ou service en fonction de ses besoins propres.
Ces deux visions ne se recouvrent pas totalement. Je ne connais personne qui utilise l’ensemble des fonctionnalités disponible par exemple dans un simple traitement de texte. A l’inverse, le même traitement de texte sert à pas mal de choses que le fournisseur n’a pas imaginé (par exemple : faire des tableaux avec des lettres ou… écrire du mal sur le fournisseur).

Ce qui est intéressant est que l’on voit de plus en plus de personnes qui sont capables d’avoir ces deux visions apparemment antagonistes : fonctionnalités et usages. Cela nécessite d’avoir une certaine souplesse d’esprit pour « tourner autour » des produits et services. Les gagnants de demain seront certainement ceux qui sauront proposer des produits et services avec pas simplement une « vision de l’utilisateur et de ses besoins », mais plutôt une « vision utilisateur du produit ou service ». Pour être plus juste, il faudrait parler d’un maximum de « visions utilisateurs ». Je pense même que les meilleurs produits et services sont ceux qui, s’ils proposent quelques idées d’usages au départ, offrent le maximum de possibilités d’en inventer de nouveaux qui n’ont pas été imaginés par les concepteurs. Le meilleur exemple que je connaisse est certainement l’Internet. Comme Vint Cerf me l’a confirmé, ses créateurs n’imaginaient pas qu’il servirait à faire du client serveur (le Web), du téléphone, de la radio, de la télévision ou même du commerce… »

Denis Failly -« Du modèle Web axé sur la rareté (dialectique du capitalisme), au modéle axé sur l’abondance et la gratuité (dialogique du don / contre don) lequel vous semble susceptible de s’ancrer durablement ? »

Jean Michel Cornu « Je vais faire une réponse dialectique 😉 : les deux.
Je ne crois pas que l’un ou l’autre de ces modèles va disparaitre ou alors ce serait une formidable régression.

  • Le modèle de la plannification est particulièrement bien adapté à gérer des choses rares mais prévisibles
  • Le modèle de l’économie est particulièrement bien adapté à gérer des choses imprévisibles et rares
  • Le modèle la coopération pour sa part gère très bien l’imprévisible par l’abondance

Pour paraphraser une histoire drôle : le paradis serait un endroit où les innovateurs utilisent la coopération, les industriels qui dupliquent à partir de ressources rares utilisent la plannification et les vendeurs qui diffusent des biens rares utilisent l’économie – l’enfer… c’est l’inverse !

Le problème est que dans la vie réelle beaucoup de choses peuvent être vues comme rares ou abondantes suivant le point de vue. Une fois que la musique se sépare de sa galette de plastique pour devenir un simple fichier aisément duplicable que peut-on en dire : les bons artistes sont-ils rares ou abondants ?

  • On peut dire qu’ils sont rares et qu’il faut les protéger, et même les « planifier »
  • On peut aussi dire que de très nombreux artistes extraordinaires sont aujourd’hui inconnus et qu’il faut pourvoir les identifier

La difficulté consiste à passer d’un modèle à l’autre un peu comme nous proposions dans la question précédente de « tourner » autour de la pièce de monnaie.

Mais quelle peut être par exemple le modèle économique d’un modèle coopératif ? La réponse n’est pas simple. Elle fait souvent appel à des mécanismes à deux niveaux (le générique est libre et le spécifique est commercialisé classiquement, certaines musiques sont libres pour favoriser la vente de place de concerts…) Il existe de très nombreux exemples qui ne s’adaptent pas à tous les cas de figure mais qui peuvent donner des idées pour trouver celui qui peut convenir. On trouve ce genre de réflexions dans le monde du logiciel libre qui fait vivre pas mal de personnes ou dans celui des contenus culturel comme nous avons pu le voir dans une étude pour Patrimoine Canadien.
Pour résumer, plutôt que de chercher à imposer un modèle ou un autre (chacun n’étant adapté qu’à certaines circonstances), il me semble urgent de comprendre les interfaces entre ces modèles apparemment incompatibles. Quand Hegel parle de dialectique, plutôt que de choisir entre deux solutions opposées, il se sert de l’apparente contradiction pour faire un « saut qualitatif ». C’est probablement ce dont nous avons le plus besoin… »

Denis Failly – « Plus largement comment envisagez-vous l’avenir à court et moyen terme,
pour les Tic tant en termes de modéles, d’usages, d’applications voire de cibles utilisatrices…? »

Jean Michel Cornu « Vaste question ! Ce qui me semble révélateur est qu’un certain nombre de frontières s’estompent : entre le gratuit et le payant, entre le virtuel et le réel ou même entre l’électronique et l’organique. Il devient de plus en plus difficile de faire des catégories séparées pour classer chaque chose (ordinateur, pda, téléphone, bouilloire…).
Du coup l’internet déborde de l’écran de l’ordinateur pour envahir notre vie de tous les jours – pas simplement avec des objets techniques comme des robots ou des lapins en plastique – mais dans tous les domaines : Au Mali, de nombreuses personnes qui n’utilisent jamais l’internet bloguent sur le site de l’ANPE et d’autres encore le consulteront dans les prochaines semaines… par radio locale grâce à un système qui amène les annonces en pdf et en MP3 dans les radios qui n’ont pas accès à l’internet (à l’aide d’un satellite de radio numérique Wordspace).
Progressivement, au fur et à mesure qu’une technologie devient mature, elle devient plus invisible. Cela facilite le développement d’usages et son insertion dans l’environnement de l’utilisateur mais dans le même temps il est toujours dangereux de ne pas tout voir (je ne fais pas attention à la qualité des avions dans lequel je monte, je m’en remet au fabriquant et aux compagnie. Mais la question des listes noires de compagnie aérienne s’est pourtant posé pour savoir quand je pouvais prendre un vol « les yeux fermés »). Finalement, l’évolution des produits et services et les usages que l’on en fait, c’est un peu comme la langue d’Esope : la meilleur et la pire des choses. Il n’y a pas de déterminisme technologique. A nous de choisir ce dont nous ne voulons plus nous soucier, ce dont nous voulons garder le contrôle et ce que nous ne voulons pas.

Denis Failly – « Merci Jean Michel »

Le site de la FING

Le blog de Jean Michel Cornu

Bio : Jean Michel Cornu est expert international sur la société et les technologies de l’information, directeur scientifique de la Fondation Internet Nouvelle Génération (Fing) 

Le grand livre de l’essentiel : Mieux vivre et donner du sens au quotidien

Patrice Van Eersel, Nathalie Calmé, Didier Chapelot, Dane Cuypers, Collectif, 2005

Pour agir et réagir avec une conscience élargie et lucide ce breviaire nous invite à une « écologie » de l’esprit et du comportement au quotidien, pour inventer une existence harmonieuse.

80 Hommes pour changer le monde

La bibliothèque NextModerne, 80 hommes pour changer le monde, Sylvain Darnil, Mathieu Le Roux, interview par Denis FaillySylvain Darnil, Mathieu Le Roux, Editions Jean-Claude Lattès, 2005

Interview d’un des auteurs,

Sylvain Darnil

Denis Failly – « Sylvain Darnil, vous êtes parti une quinzaine de mois à la rencontre de ces 80 personnages qui sont autant d’aventures humaines denses, un tel cheminement n’est pas neutre, il participe « à priori » d’une démarche, pouvez – vous nous mettre en perspective le « pourquoi du comment » qui dans votre personnalité, votre parcours ou les éventuels événements de votre vie, ont provoqué cet appel de l’Ailleurs ? »

Sylvain Darnil La bibliothèque NextModerne, Sylvain Darnil, Mathieu Le Roux(NDLR: à g. sur la photo) « En rencontrant pour la première fois mon compère Mathieu Le Roux (NDLR : à d. sur la photo) lorsque nous étions tous les deux en coopération pour des groupes français implantés au Brésil, nous avons discuté pendant toute la soirée de nos projets respectifs de voyager, de découvrir, de s’enrichir d’autres cultures et de diverses rencontres. A ce moment là, hasard ou pas, nous étions en train de lire « Vers un Monde sans Pauvreté », un ouvrage autobiographique évoquant le parcours de Muhammad Yunus, un professeur d’économie Bangladais à l’origine et à la tête de la première et plus grande banque de micro-crédit au monde. Ce modèle qui consiste à prêter de toutes petites sommes aux plus pauvres afin de les faire rentrer dans une boucle économique et qui leur permet de se sortir d’une situation d’extrême pauvreté, est considéré par beaucoup comme la plus grande innovation du XXème siècle contre la pauvreté. En effet, après 25 ans, ce modèle a été dupliqué dans plus de 160 pays et touche actuellement plus de 60 millions de clients dont 3 sur 4 se sortent d’une situation d’extrême pauvreté. La Grameen Bank, crée par Muhammad Yunus est devenu la 2ème banque du Bangladesh, elle emploie plus de 12.000 personnes payées à des salaires équivalents aux banques commerciales et enregistre des taux de remboursements plus élevés que les banques commerciales françaises (de l’ordre de 98.5%). »

L’experience de Muhammad Yunus et sa volonté de créer une entreprise rentable à vocation sociale nous a bouleversé. Après 5 ans d’études en école de commerce, nous avions étudié des centaines de cas d’entreprises pour nous familiariser avec les concepts de Marketing, de Vente, de Finance, de Stratégie, mais jamais avec ce type d’entreprises citoyennes. 5 minutes après avoir terminé la lecture de ce livre, nous nous sommes mis d’accord pour tenter de trouver 80 Hommes et Femmes qui réussissent à allier la grandeur de leurs convictions avec l’éfficacité de l’entreprise. Le projet « Tour du Monde en 80 Hommes » était né ! »

Denis Failly – « Parmi les destins croisés dans votre périple y’en a t-il un en particulier qui vous a le plus marqué et dont vous aimeriez nous dire deux ou trois mots ? »

Sylvain Darnil – « L’entrepreneur qui je crois m’a le plus marqué, au milieu de cette kyrielle de parcours de vocations et de réussites est un ophtalmologiste Indien du nom de Govindappa Venkataswamy (appelé par ses pairs le Dr.V). Govindappa est originaire de Madurai dans le Sud de l’Inde. Après avoir travaillé toute sa vie comme medecin ophtalmologiste dans des hopitaux publics delabrés, il crée à la fin des années 70 une petite clinique chargée d’opérer de la cataracte les non-voyants et mal-voyants . Cette maladie touche plus de 12 millions d’indiens et si on ne la soigne pas grâce à une intervention chirurgicale assez simple (mais coûteuse), le cristallin à l’interieur de l’oeil se brouille petit à petit et entraine la cécité. Le Dr. V, impressionné par les trésors d’intelligence développés par McDo aux Etats-Unis souhaitent créer le McDo de la cataracte. Pour cela, dès le début de son aventure, il soigne ses patients en appliquant un modèle très innovant : 1/3 de ses patients payent le prix normal, 1/3 payent le prix coutant et 1/3 sont soignés gratuitement. Son objectif n’est pas de maximiser le profit, mais de rendre la vue à un maximum de personne. Pour ce faire, il applique une technique quasi fordiste qui fait en sorte que les chirurgiens, sans sacrifier la qualité des interventions, maximisent le nombre d’opérations par jour (50 à 60 au lieu de 5 ou 6 dans les hopitaux occidentaux), utilisent des matériaux locaux peu chers et demande aux patients de ne rester que quelques heures dans des chambres communes de repos. Pour réduire encore plus le coût de ses interventions qui nécessitent la substitution de lentilles intra-oculaires naturelles par des lentilles artificielles produites uniquement par de grands laboratoires pharmaceutiques occidentaux aux prix prohibitoires de 250 à 300 US$ la paire, il crée un laboratoire en Inde qui, sans casser aucun brevet, parvient à produire les mêmes qualités de lentilles à un prix de 4 US$ la paire. Grâce à ce modèle, le Dr.V est parvenu à monter 7 hopitaux dans le sud de l’Inde qui soignent chaque anné plus de 350.000 patients par an. Son modèle 1/3-1/3-1/3 reste inchangé, ce qui signifie qu’il rend la vue à plus de 100.000 personnes par an, gratuitement ! L’experience du Dr. V prouve que l’on peut généraliser l’accès aux soins sans engendrer un gouffre financier (ses hopitaux fonctionnent sur fonds propres depuis le début et ont toujours été rentables – cette rentabilité ne servant pas à rémunérer des actionnaires mais à soigner toujours plus de patients). Un des meilleurs exemples d’entreprise à vocation sociale qui marche ! »

Denis Failly – « J’imagine que cette expèrience permets de relativiser beaucoup de choses et vous fait poser désormais un regard diffèrent sur les êtres, les faits et les choses, quel(s)message(s) aimeriez vous que les lecteurs retiennent ? »

Sylvain Darnil – « Le message que nous avons essayé de faire passer avec Mathieu dans le livre « 80 Hommes pour Changer le Monde / Entreprendre pour la Planète », est que vocation sociale ou écologique et Entreprise ne sont pas antinomiques. Il est possible de créer de modèles innovants qui luttent contre la pauvreté, le changement climatique, les déchets, l’utilisation outrancière de pesticides… sans rester dans le doma
ine associatif. L’entreprise, avec sa recherche de performances d’impact et de rentabilité est le meilleur moyen selon de nous de changer le monde. Arrêtons de dénoncer de manière stérile les nombreux problèmes auxquels notre planète doit faire face, un autre monde est possible pour peu qu’on s’y attèle. »

Denis Failly – « Faites vous aujourd’hui ce que vous faisiez avant votre aventure et avez – vous de nouveaux projets de la même veine ? »
Sylvain Darnil – « Mathieu et moi avons deux parcours différents. Il est désormais consultant pour une société qui fait du conseil en développement durable (BECITIZEN) auprès des grandes sociétés du CAC dans la mise en place de leur stratégie et politique sociale et environnementale. Je suis rentré pour ma part chez Nestlé comme Auditeur International pour, entre autres, améliorer la performance sociale et environnementale des usines et sièges sociaux du groupe dans le monde entier. Ensemble, nous avons encore quelques projets sous le coude. L’un est de transformer le livre en un reportage TV pour diffuser encore plus ces modèles d’entreprises responsables. L’autre est plus secret et consiste en la création d’une entreprise de cette trempe mais à moyen terme. Nous nous donnons encore quelques années pour apprendre avant d’entreprendre ! »

Denis Failly – « Merci Sylvain »

Mobilités.net

La bibliothèque NextModerne, Mobilités.Net, Daniel Kaplan interviewé par Denis FaillyFING -RATP sous la Direction de Daniel Kaplan et Hubert Lafont, 2004, L.G.D.J.

Fruit de 18 mois de travail et de la contribution de 72 auteurs, dont des technologues, sociologues, entrepreneurs, chercheurs, gestionnaires, créateurs, designers… l’ouvrage explore les mobilités d’aujourd’hui, facilitées par les technologies mais impactant fortement sur les valeurs, les perceptions, les territoires, les objets….

 

Quelques mots de Daniel Kaplan

 

Denis Failly – « Daniel Kaplan, pouvez-vous nous dire ce qui à suscité l’écriture de ce livre ?

Daniel Kaplan La bibliothèque NextModerne, Daniel Kaplan– « Evolutions des déplacements des personnes et des marchandises, transformation des entreprises, métamorphose des villes, essor des communications mobiles… : ces phénomènes sont liés et doivent se penser ensemble. Les « nouvelles mobilités » s’expriment autant dans les déplacements que dans l’articulation entre lieux de vie, de travail, de consommation, de loisirs. Les réseaux engendrent et organisent cette mobilité : le déplacement virtuel est une forme de mobilité, tandis que le « bureau nomade » est une manière de recréer le confort d’un lieu fixe en tout endroit ; les transports s’enrichissent en services pour cesser d’être des temps morts entre deux lieux ; les services se déplacent vers leurs usagers autant que l’inverse…
Mobilités.net, projet lancé en 2003 par la Fing et la RATP, conclu fin 2004, avait pour objectif de confronter les réflexions, les points de vue, les stratégies et les projets des acteurs de la ville (sociologues, urbanistes, géographes…), des transports (transporteurs, constructeurs automobiles…) et des technologies (constructeurs, opérateurs, fournisseurs de services…) autour du thème des « nouvelles mobilités urbaines ».
Ces acteurs travaillent sur le même objet, ils s’adressent aux mêmes personnes et aux mêmes univers de besoins. Or ils s’ignorent trop fréquemment. Chacun d’eux traite séparément des questions qui ne se résoudront qu’ensemble. Le livre « Mobilités.net » est le produit de leur rencontre.

Denis Failly – Quel est la thèse principale de l’ouvrage ?

Le numérique et les réseaux étaient censés substituer au bruit et à la fureur des villes (et des usines) la fluidité, l’infinie légèreté des mondes virtuels. Déplacées à la campagne, les villes redevenaient villages, chacun dans son chez soi attendant la prochaine livraison tout en télétravaillant. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu.

C’est en effet tout le contraire que nous décrit cet ouvrage : un monde mobile, toujours plus mobile, un monde de toutes les mobilités. Un monde où plus on bouge, plus on télécommunique ; où l’on est mobile même chez soi et comme chez soi dans les transports ; où la mobilité transforme et mélange le temps, la distance, l’espace ; où le réel et le virtuel s’entremêlent à se confondre ; où le travail, le commerce, la valeur, la ville, la guerre, l’amitié, la famille – bref, la société – se réinventent autour de la mobilité.

Les technologies dites « mobiles » sont l’emblème, le carrefour de cette nouvelle mobilité. Mais on ne peut pas les considérer seules, ni de manière statique. D’une part, ces technologies mutent rapidement : aujourd’hui incarnées dans le téléphone portable et quelques autres appareils, elles se disséminent partout, dans les objets, l’environnement, sur les corps, une « intelligence ambiante », comme l’air que l’on respire. D’autre part, ces technologies traduisent la transformation de nos modes de vie et de nos économies, autant qu’elles les favorisent. On ne peut plus s’intéresser aux technologies et à leurs usages sans observer ce que deviennent les villes, les territoires, les transports, l’entreprise. La technologie est le produit autant que le catalyseur de la « mobilisation générale » de nos sociétés.

Denis Failly – Quels sont les évolutions envisageables dans l’univers de la mobilité ?

Daniel Kaplan La communication entre les acteurs de la ville, des transports et des réseaux demeure difficile, mais elle s’améliore. Certains transporteurs, dont la RATP, affichent désormais des stratégies très ambitieuses en matière de réseaux et de services mobiles et « ambiants ». Le domaine de « transports intelligents » progresse, doucement mais sûrement. Les villes sont de plus en plus couvertes et recouvertes de réseaux, de services, d’usages liant mobilité physique et numérique. Toutefois, chacun (à l’exception peut-être des transporteurs) continue de regarder vers l’avenir comme s’il agissait seul. Or les transformations à venir concerneront tout le monde. Un monde où la connexion est permanente et où la déconnexion devient un acte volontaire, un monde peuplé de puces et de capteurs, est assez différent du monde d’aujourd’hui. Le potentiel d’innovation et de transformation est immense ; les risques aussi. Il est important que l’échange que nous avons engagé avec Mobilités.net se poursuive. »

Denis Failly – « Merci Daniel »

 

 

Introduction à l’épistémologie

Léna Soler, Ellipses Marketing, 2000
Qu’est ce que l’épistémologie ?, qu’est ce qui fonde la scientificité d’une théorie, d’une démonstration, ce qui se réalise conformément à une thèorie infère t-il que cette théorie soit vraie, etc.
Une invitation à revisiter certains acquis confortables, que nous n’avons que peu l’habitude de remettre en question.
Ce retour sur les fondements d’une discipline ne s’adresse pas d’ailleurs qu’à l’univers des sciences et peu totalement interpeller le manager, le marketer, etc.

Fabriquer le futur : L’imaginaire au service de l’innovation

La bibliothèque NextModerne, Fabriquer le futur, interview de Eric Seulliet par Denis FaillyPierre Musso, Laurent Ponthou, Eric Seulliet, Village Mondial, 2005

Quelques mots d’un des auteurs, Eric Seulliet

Denis Failly« Eric Seulliet, quelle est la thèse principale de votre ouvrage et quelles conditions doivent être réunies pour fabriquer le futur ? »

Eric SeullietLa bibliothèque NextModerne, Eric Seulliet « La thèse principale de notre livre est que l’innovation « classique » technology push (c’est à dire, basée sur la technnologie) ne marche plus car la technologie pour la technologie, déconnectée de l’humain, ne fait plus vendre. Parallèlement, une innovation qui ne serait que tirée par le marché (market driven) est insuffisante car trop orientée vers le court-terme. Pour « fabriquer le futur », la solution qui marche est de (re)mettre le consommateur au coeur du processus d’innovation. Pour cela, il ne faut pas tant l’interroger par des enquêtes traditionnelles qui fonctionnent de moins en moins. Il faut surtout l’observer, et cela dans toutes ses dimensions, pas uniquement comme consommateur, mais aussi comme être humain et comme citoyen. Un des meilleurs moyens pour cela est de créer de la reliance, de l’empathie avec lui, d’entrer en résonance avec son imaginaire, ses désirs, ses rêves. »

Denis Failly« Quelles sont les perspectives envisageables ou les raisons d’être optimiste ? »

Eric Seulliet « Les raisons d’être optimiste est que le consommateur devient de plus en plus « Consom’acteur », empreint de nouvelles valeurs qui à leur tour induisent des comportements plus responsables et ouverts aux autres. En prenant en compte ses évolutions, les entreprises doivent revoir leur offre et même leur fonctionnement dans un sens plus éthique, plus citoyen, plus solidaire. Chacun comprend que les cartes de l’avenir sont entre ses mains et que oui, vraiment, le futur n’est pas prédéterminé et inéluctable mais qu’il peut vraiment se fabriquer… en commençant ici et maintenant. »

Denis Failly – « Je vous remercie »

Le blog d’Eric Seulliet

L’émergence des créatifs culturels

La bibliothèque NextModerne, L'émergnece des Créatifs culturels,Paul henri, interview de Yves Michel l'éditeur par Denis FaillyPaul H. Ray, Sherry Ruth Anderson, Editeur Yves Michel, 2001

Quelques mots de l’éditeur français,
Yves Michel

Denis Failly – « Yves Michel, vous êtes l’éditeur pour la France de « L’émergence des créatifs culturels », pouvez-vous nous dire ce qui a présidé à l’écriture de ce livre ?

Yves Michel La bibliothèque NextModerne, Yves Michel Les deux auteurs, Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson, conduisaient une étude sur les valeurs aux USA. Ils ont découvert, à côté, et historiquement après, les deux courants sociologiques principaux, les « traditionalistes » et les « modernes », un troisième courant porteurs de valeurs transversales qu’ils ont nommé les « créatifs culturels ». Ils ont eu envie de faire connaître ce concept au-delà des cercles sociologiques.
Lorsque j’ai eu connaissance de cette étude, à travers le mensuel québécois Le Guide Ressources, j’ai fait un bond : voilà réunies plusieurs de mes valeurs et des facettes de ma vie ! J’ai ressenti le même enthousiasme qui a contaminé les auteurs (du reste, ça leur a été reproché par les français, habitués à rester dans une attitude prétendument « neutre »).

Denis Failly – L’étude qui a donné lieu à l’ouvrage nous révèlent l’existence aux USA de 25 % de Créatifs Culturels, quels sont les 3 ou 4 caractéristiques de leur profil ?

Yves Michel –
Changement de société à l’horizon
Beaucoup d’entre nous pressentent un changement social en cours. Pour ceux qui oeuvrent à leur échelle en ce sens et se sentent souvent isolés, ce livre sera une clé.
Les préoccupations de femmes et d’hommes se cristallisent à vitesse accélérée. Des tendances et des mouvements qui, pendant des décennies n’avaient pas su évoluer en SYNERGIE, se conjuguent et convergent autour de quatre axes :

  • valeurs féminines ;
  • développement personnel, psycho-spiritualité ;
  • écologie, alimentation bio, méthodes naturelles de santé, médecines douces ;
  • implication personnelle dans la société, engagement solidaire.
– Créatifs Culturels : des citoyens exemplaires
Donner un sens à la quête de sens : la solidarité
Celui qui fait du progrès personnel un but en soi reste insatisfait dans son cœur. Les créatifs culturels quittent les bulles de l’indifférence (donc ne pas confondre avec les bobos). L’expérience, le vécu et la pratique sont essentiels. Les créatifs culturels vivent leurs valeurs au quotidien. Ils sont porteurs d’authenticité, ouverts et optimistes.

Par la valeur de l’exemple, les créatifs culturels éveillent les consciences :
C’est toute une population qui prend ses distances vis-à-vis de valeurs auxquelles elle a cessé de croire, en matière de réussite, d’argent, de consommation, de logiques économiques, de mondialisation, de technologie ; qui pense globalement et agit localement.

Denis Failly – Quid des Créatifs culturels en France, une population anecdotique, une créature médiatique ou un raz de marée qui s’annonce au vu des transitions et des changements de paradigmes de ce nouveau siècle…?

Yves Michel – D’après mon expérience et mes rencontres nombreuses, c’est une sensibilité largement répandue, mais ces personnes se cachent, pour échapper aux représailles du « politiquement correct » qui sévit hélas en France, générant une peur certaine. Ce n’est pas une création médiatique, mais le fruit d’une vaste enquête sociologique précise qui dura des années. C’est plutôt un phénomène de fond, qui prendra la place de certaines représentations archaïques de notre paysage culturel et social. Ces gens sont plus ouverts au changement et s’adapteront plus facilement aux profonds virages qui s’annoncent.
Nous menons actuellement en France la même enquête, en coordination avec l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie, la Hollande et la Norvège.

Denis Failly – Je vous remercie

Site de l’éditeur

Site de l’auteur

La méthode, La connaissance de la connaissance, tome 3

Edgar Morin, Seuil, 1992
Edgar Morin nous dit : « Il y a inadéquation de plus en plus ample, profonde et grave entre nos savoirs disjoints, morcelés, compartimentés entre disciplines, et d’autre part des réalités ou problèmes de plus en plus polydisciplinaires, transversaux, multidimensionnels, transnationaux, globaux, planétaires. « 
« La carence profonde de l’activité scientifique, c’est non pas l’absence de pensée, c’est l’absence d’une pensée sur elle-même »
La méthode Morinienne loin du caractère prescripteur voire Impératif de la méthode Cartésienne (applicable seulement au Sciences) se veut elle indicatrice, en doute constant sur elle même et s’appliquant au fait même de connaitre et au delà même du domaine des sciences: il s’agit d’une démarge anthropologique pour explorer la Connaissance de la Connaissance