Mobilités.net

La bibliothèque NextModerne, Mobilités.Net, Daniel Kaplan interviewé par Denis FaillyFING -RATP sous la Direction de Daniel Kaplan et Hubert Lafont, 2004, L.G.D.J.

Fruit de 18 mois de travail et de la contribution de 72 auteurs, dont des technologues, sociologues, entrepreneurs, chercheurs, gestionnaires, créateurs, designers… l’ouvrage explore les mobilités d’aujourd’hui, facilitées par les technologies mais impactant fortement sur les valeurs, les perceptions, les territoires, les objets….

 

Quelques mots de Daniel Kaplan

 

Denis Failly – « Daniel Kaplan, pouvez-vous nous dire ce qui à suscité l’écriture de ce livre ?

Daniel Kaplan La bibliothèque NextModerne, Daniel Kaplan– « Evolutions des déplacements des personnes et des marchandises, transformation des entreprises, métamorphose des villes, essor des communications mobiles… : ces phénomènes sont liés et doivent se penser ensemble. Les « nouvelles mobilités » s’expriment autant dans les déplacements que dans l’articulation entre lieux de vie, de travail, de consommation, de loisirs. Les réseaux engendrent et organisent cette mobilité : le déplacement virtuel est une forme de mobilité, tandis que le « bureau nomade » est une manière de recréer le confort d’un lieu fixe en tout endroit ; les transports s’enrichissent en services pour cesser d’être des temps morts entre deux lieux ; les services se déplacent vers leurs usagers autant que l’inverse…
Mobilités.net, projet lancé en 2003 par la Fing et la RATP, conclu fin 2004, avait pour objectif de confronter les réflexions, les points de vue, les stratégies et les projets des acteurs de la ville (sociologues, urbanistes, géographes…), des transports (transporteurs, constructeurs automobiles…) et des technologies (constructeurs, opérateurs, fournisseurs de services…) autour du thème des « nouvelles mobilités urbaines ».
Ces acteurs travaillent sur le même objet, ils s’adressent aux mêmes personnes et aux mêmes univers de besoins. Or ils s’ignorent trop fréquemment. Chacun d’eux traite séparément des questions qui ne se résoudront qu’ensemble. Le livre « Mobilités.net » est le produit de leur rencontre.

Denis Failly – Quel est la thèse principale de l’ouvrage ?

Le numérique et les réseaux étaient censés substituer au bruit et à la fureur des villes (et des usines) la fluidité, l’infinie légèreté des mondes virtuels. Déplacées à la campagne, les villes redevenaient villages, chacun dans son chez soi attendant la prochaine livraison tout en télétravaillant. Mais rien ne s’est déroulé comme prévu.

C’est en effet tout le contraire que nous décrit cet ouvrage : un monde mobile, toujours plus mobile, un monde de toutes les mobilités. Un monde où plus on bouge, plus on télécommunique ; où l’on est mobile même chez soi et comme chez soi dans les transports ; où la mobilité transforme et mélange le temps, la distance, l’espace ; où le réel et le virtuel s’entremêlent à se confondre ; où le travail, le commerce, la valeur, la ville, la guerre, l’amitié, la famille – bref, la société – se réinventent autour de la mobilité.

Les technologies dites « mobiles » sont l’emblème, le carrefour de cette nouvelle mobilité. Mais on ne peut pas les considérer seules, ni de manière statique. D’une part, ces technologies mutent rapidement : aujourd’hui incarnées dans le téléphone portable et quelques autres appareils, elles se disséminent partout, dans les objets, l’environnement, sur les corps, une « intelligence ambiante », comme l’air que l’on respire. D’autre part, ces technologies traduisent la transformation de nos modes de vie et de nos économies, autant qu’elles les favorisent. On ne peut plus s’intéresser aux technologies et à leurs usages sans observer ce que deviennent les villes, les territoires, les transports, l’entreprise. La technologie est le produit autant que le catalyseur de la « mobilisation générale » de nos sociétés.

Denis Failly – Quels sont les évolutions envisageables dans l’univers de la mobilité ?

Daniel Kaplan La communication entre les acteurs de la ville, des transports et des réseaux demeure difficile, mais elle s’améliore. Certains transporteurs, dont la RATP, affichent désormais des stratégies très ambitieuses en matière de réseaux et de services mobiles et « ambiants ». Le domaine de « transports intelligents » progresse, doucement mais sûrement. Les villes sont de plus en plus couvertes et recouvertes de réseaux, de services, d’usages liant mobilité physique et numérique. Toutefois, chacun (à l’exception peut-être des transporteurs) continue de regarder vers l’avenir comme s’il agissait seul. Or les transformations à venir concerneront tout le monde. Un monde où la connexion est permanente et où la déconnexion devient un acte volontaire, un monde peuplé de puces et de capteurs, est assez différent du monde d’aujourd’hui. Le potentiel d’innovation et de transformation est immense ; les risques aussi. Il est important que l’échange que nous avons engagé avec Mobilités.net se poursuive. »

Denis Failly – « Merci Daniel »