WEB 2.0 LES INTERNAUTES AU POUVOIR

medium_couvweb20.jpgWeb 2.0 Les internautes au pouvoir

Blogs, Réseaux Sociaux, Partages de vidéos, Mashups, …

Jean-François Gervais,

Responsable de la filière Multimédia à la Direction de la Formation de l’INA

Interview Catherine Fournier-Montgieux, CFM Conseil pour Nextmodernity

Le succès des  sites où l’internaute partage ses centres d’intérêts avec d’autres (blogs, communautées en ligne,  .. ) montre un véritable attrait du grand public pour ce que l’on appelle aujourd’hui le phénomène Web 2.0 .  A votre avis, pourquoi un tel succès ?

Il semble toujours facile à posteriori d’analyser le succès, mais dans le cas du web 2.0, le phénomène est trop récent pour mettre en avant une hypothèse plutôt qu’une autre.
Les facteurs clés de succès s’articulent sans doute autour de deux axes, une avancée technologique et de nouveaux usages.
Les technologies du web 2.0 (xml, ajax, flash vidéo) ne sont pas si récentes, c’est leur mise en commun  qui crée la valeur ajoutée.
La seule nouveauté c’est la simplicité qui distingue les applications web 2.0.
Nul besoin d’être féru d’informatique ; là où il y a encore cinq ans il fallait apprendre le html pour publier une page sur le web ; aujourd’hui l’utilisation d’un blog est intuitive.
Ce qui est vrai pour le texte l’est aussi pour l’image. C’est une banalité de le rappeler  mais nous sommes rentrés dans une civilisation de l’image où celle-ci est omniprésente.
Mais jusqu’à présent sa production était limitée aux professionnels. Avec le numérique  la possibilité est offerte à chacun de créer des images dans un contexte économique très favorable.  La croissante ininterrompue  des  ventes d’appareils photo numériques, de caméscopes et la mutation du téléphone en « photo-vidéo-phone » nous le confirme.
Le chaînon manquant, c’était la diffusion de ces images.
Les services de partage de vidéos, tels YouTube ou Dailymotion, se sont imposés comme des canaux de diffusions crédibles et comme une alternative potentielle aux médias audiovisuels classiques. C’est la continuité logique des sites de partages photos comme Flickr, moins médiatisé mais pionner des services web 2.0.
La simplicité d’usage est là aussi au rendez vous, en quelques clics vos photos et vidéos sont en ligne.
La seconde composante du succès ce sont les usages. Ce point semble jusqu’à présent sous-estimé dans les différentes réflexions sur le « pourquoi du comment » du succès de tel ou tel service.
Le succès des sites communautaires repose à la fois sur la mise à disposition des médias personnels et sur la dimension partage de ces derniers.
Un groupe de musiciens qui utilise Myspace, pour se faire connaître utilise la plate-forme à la fois pour diffuser ses morceaux en mp3 et pour promouvoir ses concerts. Le succès de YouTube ou Dailymotion repose lui aussi sur le partage. Vous avez trouvé une vidéo qui vous plait vous pouvez la publier sur votre blog où l’envoyer facilement à un ami. Si l’on poursuit le raisonnement jusqu’au bout, nous serions tenter d’oser dire que la dimension « communauté » l’emporte sur le contenu même des sites (vidéos, photos ou texte).
Une des meilleures vidéos qui expliquent le web 2.0 est d’ailleurs l’œuvre d’un professeur d’ethnologie de l’Université du Texas, Michael Mesh. Celui-ci a mené une enquête chez les utilisateurs de YouTube à l’issue de laquelle il ressort que c’est la dimension partage qui est plébiscitée devant les autres fonctionnalités.
Les raisons du succès sont à chercher dans ces modifications sociétales.
Qui pouvait prévoir il y a cinq ans le succès des téléphones portables et des nouveaux services comme le sms.  A vrai dire personne, ce sont les utilisateurs, par leurs usages qui adhèrent ou non aux nouveaux services pour en faire des succès ou des échecs. L’internaute est aujourd’hui au centre des services, c’est une des nouvelle donne de l’économie de l’immatérielle dont les acteurs doivent prendre conscience au risque de passer à coté de cette (r)évolution.

 

Comprendre les cartes, c’est voir le monde autrement. Le Web 2.0, c’est aussi une information géographique partagée par tous, dans un espace étendu véritablement à l’échelle de la planète ; Quels sont les apports des systèmes de localisation par satellite (GPS), et plus généralement des Systèmes d’information géographiques (SIG) dans cette évolution ?

Nous n’avons sans doute pas encore pris conscience de l’impact d’applications comme Google Earth où le Géoportail de l’IGN. C’est une des raisons pour lesquelles dans mon livre, le premier chapitre leur est consacré. La première révolution c’est la mise à disposition du grand public, d’outils dont seuls les géographes et les militaires disposaient auparavant.
Avec une touche d’humour, il est possible de dire que la planète terre est un des rare dénominateurs communs à tous ses habitants ont en commun, c’est universel. Les interfaces des SIG (Systèmes d’Information Géographiques) s’appuient d’ailleurs sur le concept de « géographie naïve », nous avons tous conscience de notre environnement géographique et de la manière de si déplacer.
Un autre aspect est d’associer à la géographie des données scientifiques (comme la météo), ou bien économiques et culturelles. Avec ses outils de SIG c’est la terre qui devient le browser !
Certaines données peuvent s’afficher en temps réel : suivre la dérive des glaciers ou découvrir l’épicentre des derniers séismes n’est plus réservé aux seuls scientifiques.
La prise de conscience actuelle sur les enjeux écologiques des années à venir profite aux Google Earth et consorts. Apprécier visuellement les dégâts écologiques vaut tous les discours, le film d’Al Gore « Une vérité qui dérange » s’appuie en partie sur des animations réalisés avec Google Earth.
Une autre raison du succès, ce sont les mashups. Créer des géobiographies, inclure des modélisations en 3D de monuments historiques sont à la portée de tous.
Pour être complet il faut inclure dans la géolocalisation, le succès de vente des GPS et anticiper celui des téléphones portables comme l’Iphone d’Apple qui « embarqueront » Google Maps d’origine.

 

Pouvez-vous expliquer plus précisément le terme « mashup » et préciser le rôle des mashup dans le développement du web 2.0 ?

Mashup en anglais cela signifie mixer des éléments (en anglais la recette de la purée c’est le « mashed potatoes »).
Sans trop rentrer dans des détails techniques, les mashups ce sont de nouvelles applications créées en associant une ou plusieurs autres applications déjà existantes.

Un exemple très simple, vous mixez une application de géolocalisation (par ex Google Maps) avec une liste d’hôtels. Chacun des hôtels apparaît désormais sous la forme de « punaises » sur la carte. Pour chaque hôtel vous proposez une visite en vidéo .Dernière étape, sur
chacun d’entre eux, vous associez les commen
taires des voyageurs issus d’un autre site de référence sur le voyage comme tripadvisor, et vous obtenez www.trivop.com
Vous pouvez aussi ajouter les entrées wikipedia correspondantes à chaque lieu, les possibilités sont infinies…

Si les mashups existent c’est grâce à l’attitude d’ouverture des différents services web 2.0 qui autorisent l’interconnexion entre eux.
Les internautes curieux de découvrir les mashups peuvent consulter « programmable web » où plus de 2000 d’entre elles sont répertoriées. Les grands noms du logiciel comme Microsoft ou Adobe travaillent sur des environnements, ou demain chacun pourra développer ses propres mashups très facilement.

 

A votre avis, doit-on envisager le web 2.0 comme une zone de super liberté ou bien aussi, revers de la médaille, comme un espace potentiel de « fichage » des internautes ?

La menace d’un Big Brother est celle qui vient à l’esprit lorsque l’on balaie tout le potentiel du web 2.0, notamment lorsque l’on parle de géolocalisation. Des services (payants) existent déjà pour localiser le propriétaire d’un téléphone portable.
Il faut distinguer les données personnelles, qui incluent à la fois « ce que je dis ou fait « sur le web; mes commentaires sur un site marchand ou mon blog; mais aussi « ce que l’on dit sur moi ».
Certains experts du web n’hésitent pas à parler d’identité numérique.
Un exemple concret est la mise en garde des universités américaines envers leurs étudiants par rapport à leurs comportements sur les réseaux sociaux comme Myspace ou Facebook.
Nombreux sont les étudiants qui publient des photos de soirées parfois arrosées. Que penserons leurs futurs employeurs, qui auront « googlelisé » leurs noms et découvriront ces photos dans deux ans à la fin de leurs études et dont les auteurs auront oublié l’existence !

La validité des données est aussi l’objet de débat, faut-il dévoiler l’identité des contributeurs de Wikipédia et mettre en place des circuits de validation identiques à ceux du monde universitaire pour assurer une meilleure véracité des propos ?
Enfin il ne fait pas oublier que nous sommes nous aussi des Big Brother en puissance, témoins potentiels d’évènements nous pouvons le capturer avec nos téléphones portables et le relayer sur le web, en mettant, en avant, parfois sans nous en rendre compte, l’identité d’autrui.

 

A propos de l’auteur

Jean-François Gervais est Doctorant en médias numériques à la Sorbonne et titulaire d’un DEA en multimédia. Il est responsable de la filière Multimédia à la Direction de la Formation de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel). Il scrute le Web depuis 1994. Il est également coauteur avec Jean-Nöel Gouyet du livre » Gestion des médias numériques » (Dunod, 2006)
Son blog : http://www.web2-lelivre.com