Organisation 2.0 – Martin Roulleaux Dugage

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Nous recevons Martin Roulleaux Dugage pour son livre Organisation 2.0, le knowledge management nouvelle génération ; mettre en place des communautés de pratique dans l’entreprise

 

l’interview vidéo de Martin Roulleaux Dugage  :

Entretien avec Marc de Fouchécour

 

 

 » Ce qu’on appelait Knowledge management est aujourd’hui en profonde mutation. Longtemps Focalisé sur la collecte et le classement de données, l’apparition du web 2.0 et son modèle d’intelligence participative lui offre désormais de nouvelles perspectives : décloisonner le management et connecter les personnes. Véritable guide méthodologique, cet ouvrage propose des outils pour mettre en place des réseaux de savoirs et des communautés de pratique qui s’impliquent et s’approprient collectivement les objectifs de l’entreprise. Il fournit égalemment des indicateurs pour évaluer la performance de ces communautés et des exemples issus de cas d’entreprises qui appliquent ces méthodes.  »

 

Ingénieur Civil des Mines de Paris et MBA de l’INSEAD, ancien ingénieur chez Dassault Aviation et consultant chez Stratorg, Martin Roulleaux Dugage a dirigé des équipes marketing er R&D chez Schneider Electric avant de prendre la direction en 2002 du programme Knowledge Management qui a valu à Schneider Electric de recevoir le prestigieux MAKE Award en 2005. Il est actuellement Directeur et Knowledge Officer chez PricewaterhouseCoopers.

 

En bonus audio, 2  autres questions posées à Martin Roulleaux Dugage

 

Quel sera l’impact des nouvelles generations, « digital native », dans les entreprises ? Vont-elles précipiter les crises ou peuvent-elles être un vecteur de changement ? 


 

 

 

Comment survivre aujourd’hui dans des entreprises shizophrènes qui à la fois nous imposent un contrôle de plus en plus serré et analytique de nos activités et de notre temps, et nous demandent d’être de plus en plus réactifs et innovants ce qui comme vous le soulignez exige de « rendre un space de liberté aux employés ? »  


 

 

 

 

Gilles Balmisse – Vision 2007

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« De plus en plus d’entreprises s’intéressent sérieusement aux blogs, aux wikis, aux réseaux sociaux, aux folksonomies& Beaucoup sont encore au stade de la réflexion mais des expérimentations à plus ou moins grande échelle commencent à voir le jour.

« De quelle couleur fut votre 2006 dans votre domaine de compétences ? »
2006 fut une bonne année pour le knowledge management en général. Les thèmes dominants concernant notre activité de conseilGilles Balmisse ont été principalement la recherche d’information en entreprise et la collaboration. L’intérêt des entreprises pour l’amélioration ou la mise en place d’une nouvelle solution de recherche d’information est en partie lié à la maturité des technologies et au dynamisme des fournisseurs de technologies. En effet, sur ce marché aussi porteur que concurrentiel, une nouvelle génération est en train de voir le jour. Moins chères, plus ergonomiques, plus flexibles et bien moins intrusives que l’ancienne génération, ces nouvelles solutions possèdent de nombreux atouts susceptibles de séduire des entreprises qui ne souhaitent pas investir dans des chantiers trop importants d’intégration.

En ce qui concerne la collaboration, les principales demandes étaient orientées sur la mise en œuvre de communautés de pratique, intra et inter entreprise, et sur leur outillage. Sur ce dernier point, il est à noter que les blogs font bien souvent partie des demandes « standards » pour faciliter l’animation et la communication au sein des communautés !

« Comment voyez vous 2007, quelle évolutions majeures sont à attendre dans votre domaine ? »

De plus en plus d’entreprises s’intéressent sérieusement aux blogs, aux wikis, aux réseaux sociaux, aux folksonomies… Beaucoup sont encore au stade de la réflexion mais des expérimentations à plus ou moins grande échelle commencent à voir le jour. Les entreprises comprennent qu’un mouvement est en marche sur Internet et qu’il aura forcément un impact sur leur activité, mais lequel ?

2007 devrait être marqué par un nombre croissant de projets sur l’utilisation des outils de social computing et du web 2.0 en entreprise.

« Quelles sont vos espoirs et vos craintes pour l’année qui vient ? »

A l’heure actuelle la principale difficulté pour les projets de mise en place d’outils de social computing est de trouver des applications et des usages véritablement pertinents et porteurs de valeur pour les entreprises. Etant donné les expérimentations en cours, l’année 2007 sera sans doute marquée par une communication plus importante des « pionniers » sur leurs retours d’expériences. Suite aux divers succès ou échecs, de véritables usages pertinents en entreprise devraient voir le jour et se diffuser.

Par contre, continuera-t-on à parler des technologies de social computing avant de parler de leurs usages ? Je crains que oui… Pourtant un collaborateur n’a que faire de savoir s’il utilise un wiki, un blog ou un autre outil. Ce qui l’intéresse, c’est pouvoir réaliser ses activités plus vite, plus facilement, avec une meilleure reconnaissance… peu importe l’outil utilisé !

« Avez-vous des projets ou des perspectives particulières dans votre domaine dont vous souhaiteriez nous dire quelques mots ?»

En ce qui me concerne, 2007 va être riche de nouvelles activités en plus de KnowledgeConsult et du conseil.

Tout d’abord, Ali Ouni et moi-même allons lancer en début d’année un nouveau site web dédié à l’utilisation des outils de social computing et du web 2.0 en entreprise. Ce site sera alimenté par les retours d’expériences et les informations que nous avons obtenus, et que nous glanerons, au cours de l’écriture de notre prochain ouvrage sur ce sujet passionnant.

Je suis également en train de préparer avec l’aide d’un partenaire technique un annuaire des entreprises, des produits et des ressources sur le marché de la gestion de l’information et des connaissances. Cet annuaire sera disponible sur ITSpotter.com et il devrait être lancé au cours du second semestre 2007. Pour l’heure, nous testons la plateforme technologique et nous enrichissons nos données.

Enfin, j’ai récemment rejoint une jeune société qui développe un service innovant sur Internet d’accès à l’information professionnelle… Rendez-vous au second semestre 2007 !

 

Bio : Fondateur et Directeur associé de Knowledge Consult, un cabinet de conseil spécialisé dans la mise en oeuvre du knowledge management et de la veille, Gilles BALMISSE est également à l’origine de ITSpotter, un service dédié au marché des solutions de gestion de l’information et des connaissances.
Il intervient régulièrement dans des conférences et séminaires. Il est également chargé d’enseignements sur les outils du KM dans de nombreux établissements. Gilles Balmisse est l’auteur du guide des outils du Knowledge Management

Guide des outils du knowledge management : Panorama, choix et mise en oeuvre

Quelques mots de l’auteur

Denis Failly – « Gilles Balmisse, le Knowledge Management comme beaucoup de concepts (parfois pseudos concepts, simple réthorique ou habillage sémantique) fait parti de ces « mots valises » dans lesquels chacun met ce qu’il veut, pourriez – vous nous donner votre définition du Knowledge Management ou du moins celle qui vous paraît la plus explicite ? »

Gilles Balmisse La bibliothèque NextModerne, Gilles Balmisse « Il est vrai qu’il existe un grand nombre de définitions du KM. D’ailleurs, ce foisonnement n’est sans doute pas étranger à l’image négative dont le KM peut jouir auprès de certaines organisations…
Pour ma part, j’utilise la définition suivante :
« Le management des connaissances est l’organisation et la gestion d’un environnement qui encourage la création, le partage, l’apprentissage, l’amélioration, l’organisation et l’utilisation des connaissances pour le bénéfice de l’entreprise, de ses partenaires et de ses clients ».

Cet environnement repose sur 3 composantes essentielles :

  • La culture au sens des valeurs usuelles des collaborateurs au travail,
  • L’organisation au sens des dispositifs et modes de fonctionnement,
  • La technologie au sens des outils logiciels de support.

Ce qu’il me semble important de retenir dans cette définition c’est, d’une part, la « matière » sur laquelle le KM agit. Il ne s’agit pas d’information mais bien de connaissance. Or le seul « vecteur » capable de transformer l’information en connaissance, c’est l’individu. Aussi, il est important de bien comprendre que le KM met l’individu au centre de son projet de création de valeur. Son objet n’est pas de gérer des informations mais de faciliter l’assimilation de ces informations par les individus dans une perspective d’action et de décision.
D’autre part, le KM touche l’entreprise étendue, c’est-à-dire l’entreprise elle-même, mais aussi ses partenaires et ses clients. Ces derniers possèdent des connaissances qui peuvent être utiles à l’entreprise. Par exemple, Amazon incite ses clients à partager leurs connaissances en rédigeant des recommandations de livres à l’attention des visiteurs du site. Amazon tire ainsi parti des connaissances de leurs clients pour augmenter leurs ventes.
Point également très important, le KM n’est pas une fin en soi, c’est un moyen pour l’entreprise d’atteindre ses objectifs de croissance en facilitant la création de valeur. Le KM met à la disposition de l’entreprise des outils, au sens général du terme et non au sens informatique, pour valoriser son capital immatériel.

Denis Failly – « Quid du Knowledge Management et de l’Intelligence Collective, est – ce la même réalité exprimée différemment, l’un est-il une partition de l’autre, sont-ils complémentaires, pouvez – vous nous éclairer ? »

Gilles Balmisse – « De manière opérationnelle, sa mise en œuvre repose généralement sur deux approches, celle de capitalisation qui privilégie la formalisation des connaissances de manière à en constituer un stock réutilisable et celle de collaboration qui repose sur les interactions sociales entre les individus dans le but de favoriser le partage et l’apprentissage en continu.
Si l’on définit l’intelligence collective comme étant la capacité des collectivités humaines de coopérer sur le plan intellectuel pour créer et innover alors on peut considérer qu’elle a de fortes affinités avec l’approche de collaboration du KM.
Quant à savoir si le KM inclus l’intelligence collective ou bien l’inverse, je laisse ce débat à d’autres. De mon point de vue, la question importante à se poser est la manière dont le KM et l’intelligence collective peuvent être utilisés au profit d’une organisation !

Denis Failly – « Où en en sommes nous du KM dans les entreprises françaises, le Km, quand il existe, en tant que Projet, relève t-il plutôt des Opérationnels orientés Outils, ou dépend t-il en amont du « top » Management qui en expriment la dimension stratégique et les ressources à y consacrer.

Gilles Balmisse – « Aujourd’hui, même si les projets restent en grande majorité ciblés sur certaines directions fonctionnelles (R&D, Qualité, Production, RH, etc.) avec des déploiements le plus souvent locaux, les choses ont évoluées favorablement du fait même des résultats concrets obtenus. Les dirigeants s’impliquent plus et le knowledge management est entré dans une phase de maturité plus avancée : les initiatives se sont orientées vers les métiers (vente, production, R&D, etc.).
A la lumière de l’histoire et l’évolution de cette discipline au cours des dix dernières années, nous pouvons remarquer que la maturité des entreprises en matière de knowledge management coïncide avec une meilleure compréhension des concepts.
Ainsi, après une brève phase d’engouement, les entreprises commencent à passer d’une problématique d’innovation radicale à une problématique plus « classique » d’optimisation de la gestion de l’information et des connaissances ancrée sur la performance opérationnelle.
Signe d’une plus grande maturité des entreprises face à la ressource connaissance, ces projets adressent des besoins très variés : fédération de réseaux d’experts, mise en place de bases documentaires métiers, installation d’outils d’accès à l’information, mise en place de portails communautaires, etc.
Le KM devient très appliqué : il sert la performance et l’évolution de l’entreprise. Le contexte économique actuel favorise bien entendu une approche pragmatique du sujet.
En parallèle, et face à l’échec relatif des approches uniquement orientées outils, les entreprises commencent à se préoccuper des communautés et des réseaux d’individus qui créent et utilisent ces informations.
Ceci s’est récemment traduit par la création et la mise en œuvre de plus en plus fréquentes de communautés de pratique au sein des organisations. Cette approche met résolument l’accent sur la nature relationnelle, sociale et humaine de la connaissance qui avait été jusqu’ici négligée dans les premières expériences de knowledge management.

Denis Failly – « Comment positionnez vous les ORP (Objets Réticulaires Persistants, tels que les blogs, rss, wikis…) dans une démarche de Knowledge Management ? »

Pour répondre de manière précise à cette question, il est nécessaire de séparer la problématique en deux :
Quelle est la place des outils dans une démarche de knowledge management ? Et plus généralement
qu’est-ce qu’un outil de management des connaissances ?

Pour comprendre la place des outils informatiques dans une démarche de knowledge management, il faut s’intéresser à la différence entre gestion de l’information et management des connaissances, notamment au regard des technologies.
Alors que les outils de gestion de l’information se préoccupent de l’information et de leur bonne diffusion, les outils de management des connaissances vont s’atteler à faciliter l’assimilation et la compréhension des informations par les individus pour les transformer en connaissances. Ces derniers vont alors aider l’individu à agir et à prendre des décisions.
C’est bien l’individu et la place qu’il occupe dans la démarche qui différencie en premier lieu le management des connaissances de la gestion de l’information. Alors que la gestion de l’information va surtout se préoccuper de l’infrastructure, le management des connaissances va quant à lui s’intéresser aux hommes, à leurs attentes et à la place qu’ils vont pouvoir jouer dans le partage des savoirs au sein de l’entreprise.

Nous pouvons donc définir un outil de management des connaissances comme étant un outil informatique dont la vocation est de faciliter l’apprentissage en continu des individus. Pour y arriver, cet outil de management des connaissances doit répondre à quatre exigences :

  • faciliter la mise en contexte de l’information dans la mesure où une information est d’autant plus vite assimilée qu’elle est présentée dans un contexte proche de celui que l’individu connaît bien.
  • diffuser de manière intelligente l’information, c’est-à-dire que la diffusion de l’information doit être adaptée aux modes de travail de chacun des collaborateurs.
  • faciliter les interactions sociales entres les collaborateurs.
  • fournir une interface utilisateur soignée.
  • Quel rôle peuvent jouer les ORP dans cette perspective technologique du knowledge management ?

Parmi les nombreuses caractéristiques des blogs, deux me semblent particulièrement importantes pour le KM :

  • La simplicité d’utilisation

Les blogs permettent à tout un chacun de publier du contenu. Nul besoin d’être un spécialiste des technologies, la création et la publication du contenu est aujourd’hui à la portée de n’importe quel utilisateur (ou presque) et peut ainsi être décentralisée. Les interfaces utilisateurs sont de plus en plus simples et ergonomiques : il n’y a plus vraiment de barrières technologiques à la création et la dissémination de l’information dans l’organisation. Seule subsiste une barrière psychologique qui est malheureusement la plus difficile à lever.

  • La socialisation

Les blogs offrent la possibilité aux collaborateurs de donner leur avis sur le contenu mis à leur disposition. Ils peuvent ainsi très facilement ajouter leurs commentaires et de la sorte enrichir le contenu du système qui n’est plus statique mais vivant. Par ailleurs, le croisement de divers points de vues permet une validation du contenu ce qui va lui donner plus de valeur et surtout une dimension collective, pilier essentiel d’un système de gestion des connaissances.

Les blogs présentent trois des quatre caractéristiques importantes d’un outil de KM :

  • la diffusion intelligente de l’information grâce aux flux RSS qui offre aux collaborateurs un véritable contrôle de l’accès à l’information.
  • le support aux interactions sociales entres les individus, notamment au travers des commentaires et des mécanismes de trackback
  • une interface utilisateur simple et ergonomique.

En ce qui concerne la mise en contexte de l’information, les possibilités offertes par le tagging de « marquer » une information avec ses propres mots-clés me semblent être les plus intéressantes.
Si l’on s’intéresse maintenant aux wikis, force est de constater que les organisations sont en possession d’un véritable atout pour convaincre plus facilement les collaborateurs de partager leurs connaissances et de participer à la constitution de la mémoire d’entreprise.
La faible barrière technologique à l’utilisation favorise la contribution qui est également soutenu par le fait qu’il n’existe pas de hiérarchie de contributeurs comme dans les systèmes de gestion de contenu classiques (lecteur, rédacteur, responsable, etc.). Tous les visiteurs, quelles que soient leurs responsabilités dans l’entreprise, sont mis sur un pied d’égalité.

Au regard des caractéristiques importantes d’un outil de KM, les wikis se positionnent également comme un support intéressant à une démarche de KM :

  • la mise en contexte de l’information est assurée par le fait que le contenu est co-construit par les différents participants qui font forcément appel à leurs propres références.
  • la diffusion intelligente l’information se fait, tout comme pour les blogs, au travers des flux RSS.
  • les interactions sociales entres les collaborateurs sont au cœur de la philosophie d’un outil de wiki.
  • par contre, l’interface utilisateur pêche encore par le manque d’outils graphiques de mise en forme du contenu ce qui nécessite de la part des utilisateurs l’apprentissage de la syntaxe wiki.

Au final, les ORP ont tout à fait leur place dans une démarche de KM et il est vraisemblable qu’au cours du temps l’évolution des technologies et des usages amènent les ORP à prendre une place centrale dans les futures plateformes de KM. A suivre…

 

Denis Failly – Gilles Balmisse, je vous remercie

Le site de Gilles Balmisse

Bio : Fondateur et Directeur associé de KnowledgeConsult, un cabinet de conseil spécialisé dans la mise en oeuvre du knowledge management et de la veille, Gilles BALMISSE est également à l’origine de ITSpotter, un service dédié au marché des solutions de gestion de l’information et des connaissances.

Il intervient régulièrement dans des conférences et séminaires. Il est également chargé d’enseignements sur les outils du KM dans de nombreux établissements.

 


Mémoire quotidienne : Communautés et communication à l’ère des réseaux

Federico Casalegno, Collectif, PU Laval, Laboratoire de communautique appliquée , 2005
L’ouvrage s’inscrit dans le projet « Living memory » dont l’objet est « d’explorer les nouveaux paradigmes de communication avec les nouvelles technologies multimédias et interactives ».
Le rôle de la mémoire dans la communauté est donc interrogé via unE pluralité de spécialistes (sociologue, designer, prospectiviste, spécialiste de l’Intelligence Collective etc.
Dialogue avec : Joël de Rosnay, Pierre Levy, Paul Virilio, Edgar Morin, Jean Baudrillard, Howard Rheingold, Michel Maffesoli….et bien d’autres

L’Age de la Connaissance – Principes et Réflexions sur la révolution noétique au 21ème siècle

La bibliothèque NextModerne,L'Age de la Connaissance - Principes et Réflexions sur la révolution noétique au 21ème siècle, Marc Halevy interviewé par Denis Failly
de Marc Halévy, M2 Editions, 2005

Quelques mots de l’auteur

Denis Failly – « Marc Halevy , Vernadky et Teilhard de Chardin évoquèrent en leur temps la notion de noosphère, quelles en sont les principales caractéristiques en ce 21ème siècle naissant ?

Marc Halevy La bibliothèque NextModerne, Marc Halevy « Comme la biosphère est cette « couche » de vie qui entoure la lithosphère terrestre (le globe de matière inorganique), la noosphère est cette couche émergente de pensée et de connaissance qui entoure et englobe la biosphère. La naissance de cette noosphère est fort ancienne et date de l’émergence des langages au sein des espèces vivantes et donc, particulièrement, de l’espèce humaine. Sans langage, pas de pensée. Cette couche est donc aussi ancienne que l’homme mais, durant 30.000 ans, elle est restée très mince et très localisée : une fine dentelle avec d’immenses trous. Ce n’est qu’avec la révolution informatique et l’explosion de la toile que, brutalement, cette couche neuve a pu proliférer jusqu’à recouvrir la planète entière et s’épaissir de milliards de connaissance neuve. A titre d’exemple, la somme des connaissances accumulées par l’humanité entre 1950 et 2000 est supérieure à celle accumulée par l’homo sapiens depuis ses origines jusqu’en 1950. Ce qui est neuf, radicalement, c’est que les idées deviennent indépendantes des cerveaux qui les ont conçues : elles vivent leur vie propre, circulant, proliférant, s’enrichissant de cerveau en cerveau, d’ordinateur en ordinateur, de site en site. Cette autonomie des idées par rapport à leur substrat humain est vraiment symptomatique de l’émergence de la noosphère au-delà de l’humanité. Comme les arbres végétaux de la biosphère s’enracinent dans l’humus de la lithosphère mais se distinguent radicalement de lui, de même, les arbres noétiques s’enracinent dans les cerveaux humains de la biosphère, mais s’affranchissent de ceux-ci pour vivre leur vie propre. Nous ne sommes plus que le terreau de nos propres idées, de nos propres connaissances ! »

Denis Failly – « Cet âge de la connaissance dans lequel nous immergeons va consacrer notamment et de plus en plus l’alliance entre la Biosphère et l’Informatique (ce que Joël de Rosnay nomme la « biotique »), quels peuvent être selon vous les gardes fous aux possibles dérapages en terme de traçabilité, contrôle, etc ? »

Marc Halevy Il ne faut surtout pas confondre l’outil et l’œuvre. L’un des outils noétiques est effectivement l’informatique et toutes les TIC, mais ils sont loin d’être les seuls puisque la pensée s’amplifie aussi au travers de différents processus comme le simple effet « boule de neige » (une réponse induit plusieurs nouvelles questions qui demandent de nouvelles réponses, etc …) ou comme l’effet de transdisciplinarité qui, par fertilisation croisée entre domaines et territoires naguère étanchément étrangers, ouvre des espaces vierges où peuvent s’engouffrer l’imagination et l’intelligence humaines. L’explosion de la pensée et de la connaissance a été rendue possible par la révolution informatique, mais elle ne s’y ramène pas du tout. Des garde-fous ? Faut-il avoir peur de la pensée et de la connaissance ? La question est aussi vieille que la philosophie. En elles-mêmes, comme les langues d’Ésope, la pensée et la connaissance peuvent être les meilleures et les pires des choses. Rabelais disait déjà : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Le problème majeur du XXIème siècle n’est pas technologique ou économique ou politique, mais spirituel. Tant que l’homme se comportera massivement comme un sale enfant gâté, prisonnier de ses caprices hédonistes, englué dans un mercantilisme et un sensationnalisme débiles, tout est possible, surtout le pire. L’informatique ou la connaissance ne sont, comme les autres technologies ou les autres « progrès », que des amplificateurs de tendances ; en eux-mêmes, elles sont neutres. C’est ce que l’on en fait qui induit une évaluation éthique, pas les outils eux-mêmes. Ainsi, si garde-fous il doit y avoir, ce sont des barrières autour des hommes qu’il faut construire et non autour de la connaissance ou des technologies. C’est l’homme qui doit apprendre à devenir adulte. C’est lui qu’il faut éduquer, lui apprendre la patience, la frugalité, le respect de la vie et de la Terre, le sens de l’avenir à plus long terme, la découverte de la joie authentique et intérieure au-delà des plaisirs artificiels et extérieurs. Bref, en parallèle avec l’émergence de la noosphère, la sphère de l’esprit, il faut que l’homme apprenne l’esprit et entre sur le chemin de la spiritualité vécue au-delà de toutes les religions. »

Denis Failly – « Comment voyez-vous évoluer à court et moyen terme la « Webosphère » qui nourrit et se nourrit en retour de la Noosphère ? »

Marc Halevy – « Parce qu’il est très infantile et destructeur, l’homme pollue massivement tout ce qu’il touche. Il en est déjà de même pour ce que vous appeler la « webosphère » qui n’est qu’un petit sous-ensemble de la noosphère. On y dit que l’Internet inaugure une intelligence collective décuplée, une créativité humaine globale accélérée, une démocratisation positive de la connaissance, etc … Le problème est mal posé. Aujourd’hui, en fait d’intelligence collective, suite à cinq siècles de lobotomisation moderniste et à l’impasse irréductible des systèmes éducatifs publics et laïcs, il y a plutôt crétinisation collective : l’usage premier d’Internet est les jeux vidéo, « panem et circenses » (NDLR du pain et des jeux) reste l’axe de la réalité humaine, politique et sociale et les sites de sexe (Freud aura donc finalement raison) ; l’usage premier des courriels est le colportage de « blagues » ineptes et de spams (seuls 3% des courriels reçus ont, en moyenne, une utilité réelle pour celui qui les reçoit … (mais il faut parcourir les 97% restants pour les y trouver) ; l’usage premier du GSM et des SMS est la « communication » vide entre ados. L’immense majorité des sites, blogs, forums, courriels et autres sont d’une navrante imbécillité qui ne contribue en rien à l’avancement de l’humanité vers son accomplissement intellectuel et spirituel. Aujourd’hui, parce qu’Internet est accessible et « polluable » par tous, la loi de la majorité qui est la loi de la médiocrité, joue : Internet est devenu, majoritairement, une poubelle informationnelle à usage populaire. Le débat au fond n’est ni technologique, ni prospectif mais philosophique. Croire ou ne pas croire en la vertu de la majorité, du collectif, du grand nombre. Érasme affirmait : « on ne naît pas homme, on le devient » ; il n’avoua pas que très rares sont ceux qui le deviennent. Trois regards forgent trois Internets :
– le Non-Inte
rnet que l’on blâme et conspue au nom de la « morale » ou de la haine du libertaire,
– l’Internet des mondes virtuels, des jeux et des gadgets technologiques,
– et l’Internet des univers immatériels de la Connaissance et de la Pensée.
La médiocrité ambiante écrase et étouffe celui-ci sous la lourde chappe des deux autres. C’est dommage. Mais il faut se garder, en réaction, de vouloir réglementer et régenter et censurer le seul espace de réelle liberté qui reste au royaume de la pensée unique et du tout-sécuritaire. »

Denis Failly – « Merci Marc »

Bio : Ancien élève d’Ilya Prigogine, Marc Halévy est polytechnicien, ingénieur nucléaire et docteur en sciences appliquées. Président du Groupe Maran (Accompagnement stratégique et managérial) et de l’Institut Noétique Europe (prospective et économie de la connaissance), il enseigne la « théorie des systèmes complexes » à l’Institut des Hautes Études de Belgique (ULB) et dans d’autres institutions. Marc Halévy est également l’auteur de Le grand virage des managers – L’entreprise réinventée (Editions Namuroises, 2003)

Le Management de l’Intelligence Collective

La bibliothèque NextModerne, Le management de l'intelligence collective, Olivier Zara interviewé par Denis FaillyOlivier Zara, M2 Editions, 2005
Un ouvrage complet et très claire sur l’Intelligence Collective, du constat de sa nécessité, de son émergence effective aux outils d’e-management.

 

Quelques mots de l’auteur

Denis Failly – Olivier Zara, pouvez-vous nous dire ce qui a présidé à l’écriture de ce livre ?

Olivier Zara La bibliothèque NextModerne, Olivier Zara « Ce livre a au départ été écrit pour comprendre l’origine du décalage entre le discours des managers qui disent : « il faut coopérer, il faut mobiliser notre intelligence collective » et la réalité observable au quotidien dominée par la compétition interne, l’individualisme et la non coopération. En analysant en profondeur ce décalage, je me suis rendu compte que les managers n’avaient même pas conscience de ce décalage. On peut donc dire qu’il y a aujourd’hui une prise de conscience théorique, intellectuelle, rationnelle de la nécessité du management de l’intelligence collective mais que cette prise de conscience est étouffée par nos habitudes de travail et par des valeurs et des comportements de non coopération qu’on reproduit depuis des années comme des photocopieurs. Mais le management de l’intelligence collective est un des outils du développement durable dans la sphère social. Point d’intelligence collective, point de développement durable. Dans une économie de la production, la création de valeur est fondée sur le territoire, le travail et le capital. Dans une économie du savoir, la création de valeur dépend principalement des idées et de l’innovation qui se trouvent dans la tête des gens. On ne peut pas les leur prendre par la force. La performance d’une entreprise dépend donc de sa capacité à mobiliser l’intelligence collective et les connaissances. S’il faut et s’il faudra toujours savoir produire et vendre, ce n’est plus aujourd’hui un facteur suffisamment différenciateur dans la compétition internationale. Hier, l’entreprise était industrielle et commerciale, demain il faudra qu’elle soit de plus en plus une entreprise intelligente. »

Denis Failly – « Pensez vous que le terme Intelligence Collective est compris de tous et quelle en est pour vous la définition la plus éclairante.? »

Olivier Zara – « Je pense que nous avons une compréhension intuitive et implicite du concept de l’intelligence collective. Nous avons d’ailleurs peut-être aussi une conscience collective ! L’intelligence collective, c’est l’intelligence du lien, de la relation. Certains la définissent également comme intelligence connective, « global brain », homme symbiotique ou intelligence relationnelle. Le cœur de l’intelligence collective est l’harmonie dans les liens. L’intelligence collective, dans sa dimension opérationnelle, est la capacité d’une organisation, d’un collectif à se poser des questions et à chercher les réponses ensemble. Il y a beaucoup de définition de l’intelligence collective. Elles sont complémentaires les unes des autres. Il faut bien comprendre que l’intelligence collective est une science en émergence et elle est transdisciplinaire (philosophique, sociologique, informatique, artistique, management,…). Tout dépend donc de l’angle sous lequel on regarde l’intelligence collective. Dans mon livre, j’aborde ce concept uniquement sous l’angle du management et du développement organisationnel. Mon objectif est de rendre l’intelligence collective opérationnelle dans les entreprises. Pour terminer, je voudrais quand même donner une définition du management de l’intelligence collective ! Je donne la parole à Konosuke Matsushita, fondateur du conglomérat Matsushita Electric qui regroupe Panasonic et MCA Universal : « Le management, c’est l’art de mobiliser et rassembler toute cette intelligence de tous au service du projet de l’entreprise ».

Denis Failly – « Quelles sont selon vous les perspectives à court et moyen terme de l’IC tant sur le plan de la démarche que des usages professionnels voire particuliers ? »

Olivier Zara – Le management de l’intelligence collective est une innovation sociale et, comme pour toute innovation, il y aura les « Early adopters », les suiveurs et ceux qui résistent. Implanter ce nouveau mode de management est un véritable défi car cela impacte notre culture, nos croyances, nos compétences, nos systèmes d’information, notre organisation et notre fonctionnement. Cela fait beaucoup de choses à changer ! Mais c’est parce qu’il s’agit d’une innovation sociale que les choses se feront quoiqu’il arrive, quel que soit le temps que ça prendra. Les Créatifs Culturels sont les premiers porteurs de cette nouvelle culture d’intelligence collective. Ils portent déjà les politiques de développement durable et ils seront les ambassadeurs de l’intelligence collective dans toute la société. Je lance donc un appel aux personnes qui sont porteuses de cette nouvelle culture de l’intelligence collective pour créer ensemble un réseau d’échanges et de partage qui permettra d’accélérer le changement. J’aime bien cette citation de Margaret Mead : « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens déterminés puisse changer le monde. En fait, ça a toujours marché comme ça. »

Denis Failly – « Merci Olivier« 

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