Alain Delort : Les jeux libres

ccc31cf31f9f2e43494dbc8db87024c7.jpgLes jeux libres, bienvenue dans le monde merveilleux du dopage

par Alain Delort, auteur et homme d’affaire

Editions M21 

lire en ce coeur d’été, ce petit roman d’actualité nous mène à travers un univers sportif sans plus de règles… Exploration d’un monde fictif, qui résonne pourtant de manière familière.

 

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Au lieu de sans cesse tenter de lutter contre le dopage, et si au contraire celui-ci était autorisé, voir encouragé, si à la place des jeux olympiques on organisait des « jeux libres » ? 

C’est l’idée de départ de mon roman. Elle vient à un homme d’affaires à la morale douteuse, Pierre de Say en 2024. A cette époque là, le mouvement olympique vient de mettre au point un contrôle antidopage génétique 100 % fiable. On vit dans l’enthousiasme d’un nouveau départ. Fin de la tricherie. Retour à la pureté originale du sport. Tous les athlètes à nouveau à égalité… Les premiers JO qui suivent la mise en place de ces tests antidopage de nouvelle génération suscitent une attente énorme. Cette attente est douchée par la dure réalité des résultats. Sans leur béquille chimique, les sportifs courent moins vite, sautent moins haut et sont tout simplement moins forts. Les compétitions sont remportées par de parfaits inconnus dans des temps très ordinaires. L’ennui guette dans les stades. C’est à ce moment là que Pierre de Say décide de créer une compétition où le dopage sera accepté et même largement encouragé : Les Jeux Libres. Libres de se préparer au mieux des capacités de l’industrie pharmaceutique, les athlètes vont assurer un spectacle sans égal et battre record sur record.

Est-ce le « sport spectacle » qui est en train de tuer les sportifs ?


C’est certain ! Rappelons-nous de quelques exemples très emblématiques des risques que prennent les sportifs pour assurer le spectacle. En 1967, un champion cycliste hors pair, Tom Simpson, meurt pendant le Tour De France en pleine ascension du Mont Ventoux. A 29 ans, il avait un palmarès impressionnant avec, entre autres, des médailles olympiques et un titre de champion du monde sur route. Il avait aussi les poches bourrées de boîtes d’amphétamines, un produit très répandu dans le peloton à l’époque pour pouvoir courir le Tour et assurer le spectacle.  Les fans d’athlétisme se rappelleront pour leur part de Florence Griffith-Joyner. Intouchable sur les épreuves de sprint lors des Jeux Olympiques de Séoul, elle y a établi des records qui semblent aujourd’hui encore parfaitement inaccessibles.  Elle est morte à 38 ans de problèmes de santé que beaucoup considèrent comme une conséquence directe des produits dopants qu’elle a consommés lorsqu’elle était athlète. Dans d’autres sport on voit aussi des champions qui meurent à vouloir faire trop de spectacle : Ayrton Senna ou Gilles Villeneuve en Formule 1, Choi Yo-sam, boxeur sud-coréen mort sur le ring…

 

Sport et compétition ont cependant toujours été de pair ; comment fixer les bonnes limites, où se situe l’acceptable, ou commence la transgression ?


C’est une question difficile. Etablir cette frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas est extraordinairement complexe. Jacques Anquetil, alors au sommet de son art a déclaré une fois en privé : “ Je préfère me faire une piqûre de caféine que de boire trois tasses de café qui, elles, me font mal au foie… ”. Dans ce cas précis y a-t-il dopage ou non ? Ca me fait aussi penser au discours d’ouverture des premier Jeux Libres qui se trouve au début de mon roman : “ Et puis qu’est-ce que le dopage ? Quoi de plus difficile à définir ? Sûr de lui, un dictionnaire nous assène qu’il s’agit de l’ emploi d’une substance destinée à accroître artificiellement et provisoirement les capacités physiques de quelqu’un. Est-ce à dire que prendre une tasse de café pour ne pas s’endormir après le déjeuner c’est se doper ? Devrions-nous bannir de nos cuisines le thé, le chocolat, le sucre et tous les aliments qui donnent un coup de fouet parfois salutaire ? ”. Si l’on réfléchit sérieusement et sans à priori à la question, on se rend compte qu’elle se révèle d’une étonnante difficulté. C’est l’un des arguments utilisé par Pierre de Say pour lancer son slogan : “ Libéralisons le dopage ! ”
Alain Delort  a été directeur financier d’un laboratoire pharmaceutique avant de diriger la filiale française d’une multinationale allemande, produisant et commercialisant des implants oculaires. Il est actuellement gestionnaire d’un fonds de capital-risque spécialisé dans le monde de la santé.