Philippe Axel : La Révolution Musicale

26b191c291463cfce8214ec51b0b3d8d.jpgLa Révolution Musicale
Liberté, égalité, gratuité

par Philippe Axel, auteur et musicien

Editions Pearson, Village Mondial

Interview Catherine Fournier-Montgieux, CFM Conseil pour Nextmodernity

 « La musique est au coeur de toutes les révolutions. C’est par elle que tout commence.» a déclaré Jacques Attali dans votre préface.
C’est par la musique, que commence la révolution qui se joue aujourd’hui avec Internet ?

Oui, en effet, Jacques Attali, qui a eu la gentillesse d’écrire la préface de mon livre, n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe sur cette question. Il y travaille depuis la fin des années 70 et la parution d’un livre référence sur le sujet : Bruits. Dans ce livre, remis à jour régulièrement  depuis,  il explique en effet pourquoi la musique a toujours été à l’avant-garde des grandes révolutions économiques et politiques. Il prévoyait l’avènement des objets nomades et puis surtout, il expliquait déjà magnifiquement pourquoi la musique échappe aux règles de l’économie classique car elle détient des valeurs autres qu’économiques.

Pour moi la révolution qui s’annonce par la question des échanges de musique sur Internet, est double : Une révolution économique et une révolution politique. La révolution économique passera par la gratuité de tous les fichiers numériques, et cela touchera donc tous les modèles économiques actuels des productions culturelles, informatiques, du jeu vidéo etc. La révolution politique passera par la construction, par Internet, d’une démocratie internationale. Cela commencera par la constitution d’une identité collective mondiale, et ensuite cela se concrétisera par de nouvelles formes de démocratie directe ; par ceux que Michel Serres appellent : les citoiliens (ceux qui voteront par la toile). Pour cela, il faudra que les symboles culturels puissent s’échanger librement, et donc en premier lieu, la musique. Et il faudra des logiciels libres et ouverts pour contrôler les suffrages.

Vous faites une analyse très approfondie des techniques marketings mises en œuvre par les industriels du disque pour vendre la musique ; ces techniques sont tellement poussées que l’on ne sait plus en réalité si on achète l’oeuvre d’un artiste ou celle d’un expert en marketing ; comment en est-on arrivé là ?

A force de tout vouloir rationaliser pour des objectifs économiques. Il n’y a pas de question de morale là dedans. Des gens sont payés pour faire de l’argent avec de la musique, à très court terme, ils sont tentés d’utiliser pour cela des ficelles marketing extrêmes, qui vont jusqu’au conditionnement. Nous avons peur à juste titre d’une dictature culturelle de l’état, mais nous sommes assez proche d’une dictature du marketing. Moi-même, je suis conditionné. Je fais parti des ces « foules artificielles » que l’on crée par la télévision et par la radio, par ce que l’on appelle : les partenariats croisés [NDLR : Ex, en 2003, la première version de la Star Academy bénéficie du partenariat croisé TF1, Universal, NRJ]. Se battre contre cela c’est une « écologie de l’esprit » comme le souligne très justement Bernard Stiegler par exemple. Et le pire c’est que cela vise nos enfants qui perdent leur libre arbitre et qui sont ciblés comme des lapins.

D’après vous ce ne sont pas les artistes qui perdent le plus au téléchargement gratuit sur internet mais essentiellement les majors du disque ; pouvez-vous dire pourquoi ?

Nous sortons d’une ère de gestion de la rareté pour entrer dans une ère de gestion de l’abondance musicale. Pour un artiste désormais, il faudra d’abord gagner de l’attention dans la masse des œuvres produites, et la seule manière ce sera la gratuité de l’écoute. Songez qu’il y a 50 millions de pianistes en Chine, plus proche de nous, il y a quand même 130 000 auteurs répertoriés à la SACEM en France. Si l’on veut que subsiste un professionnalisme musical, il faudra ensuite opérer une sélection des meilleurs comme dans le sport ou dans l’artisanat et braquer les projecteurs sur eux pour leur permettre de gagner de l’argent. Les maisons de disques vont perdre leur pouvoir de sélection au profit des musiciens eux-mêmes et des internautes. Elles deviendront probablement des « maisons de musique » se mettant au service des meilleurs pour les aider à gérer le business des produits dérivés, éditions et autres tournées. C’est très bien parce que les maisons de disques étaient  devenues arrogantes, jusqu’à vouloir créer elles-mêmes des chanteurs in-vitro, cela va les replacer dans une logique de service. Elles vont se replacer sur le parvis du temple et sortir de l’intérieur pour reprendre une métaphore biblique.

Ces mêmes maisons de disques font valoir que la musique marketing a toujours existé et que grâce à cela, il est possible de financer la qualité. Vous n’êtes pas d’accord …

C’est le colonel Parker qui a expérimenté le marketing sur Elvis Presley et donc, ce n’est pas nouveau. Je ne suis pas d’accord avec la logique qui consiste à attribuer tous les moyens à de la faible qualité ultra-médiatique, dans l’objectif, soi-disant, de financer de la grande qualité confidentielle. C’est une logique porteuse à court terme, mais désastreuse à long terme. A force de tirer sur la libido du consommateur, on la ruine. Il vaut mieux lui prendre la main et le tirer vers le haut, ensuite il devient passionné et collectionneur d’objets dérivés. Il y a deux options du marketing qui s’affrontent là.

Comment définir en fait la musique et la culture au sens large ; doit-on les considérer comme des biens comme les autres ?

Je suis allé au fond des choses, par moment ce n’est pas mal de regarder un dictionnaire et de lire, par exemple, la définition du mot « culture ». Il n’y a aucune référence au marché, au commerce, dans cette définition aussi bien lexicale, qu’étymologique. La culture, cela vient du mot « culte ». il y a des cultes religieux, mais aussi laïques et athéistes. Ce sont des échanges symboliques dans des cadres rituels. La chanson est un cadre rituel. Le but de tout cela est de créer des identités collectives, des « nous ». Nous sommes français, parce que nous avons Trenet et Barbara en commun par exemple. Donc, il faut bien faire la distinction entre la culture, dont le but final est sans doute la paix, et les produits et services dérivés culturels. De fait, le ministère de la culture devrait tirer vers la gratuité et le ministère de l’industrie vers le payant.

La question du modèle économique doit quand même se poser à un moment ; comment financer la musique : par le marché, la collectivité ?

La gratuité n’est pas un problème pour la culture, au contraire, mais c’est un problème pour les productions culturelles ambitieuses où tout le monde est payé. On nous dit, soit c’est le marché, soit c’est l’état stalinien ! Ben voyons ! Et l’équilibre alors ? Ce n’est pas possible l’équilibre, la mixité des financements ? Devons-nous choisir entre un conditionnement marketing et un conditionnement de l’état ? Je pense qu’il faut l’équilibre. Il faut le marché, et il fau
t le collectif. L’un alimente l’autre d’ailleurs. Ils ne s’opposent pas. Pour moi le modèle de demain sur Internet, s’inspirera fortement de ce que l’on appelle les Creative Commons Non Commercial. C’est-à-dire la gratuité des échanges et du partage dans le cadre non lucratif, et la perception des droits dans les usages lucratifs. D’ailleurs c’est totalement dans l’esprit des combats de Beaumarchais et de Victor Hugo notamment.

Vous donnez dans votre livre, d’ailleurs, de nombreuses pistes de business models innovants ; pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Dans la musique par exemple, le système de financement de la production est basé essentiellement sur la vente d’un objet dérivé : le CD. Cet objet n’apporte plus de valeur ajoutée à ce que l’on trouve gratuitement sur Internet. Donc il faut le remplacer. Deux pistes pour lui redonner de la valeur : l’interactivité et une connexion directe au spectacle vivant. C’est pourquoi j’appelle son successeur : le CD Musical Interactif.
Ensuite, il faudra appliquer des licences légales (et non pas une licence globale), sur toutes les sociétés qui réalisent des bénéfices commerciaux par l’utilisation des œuvres, au-delà d’un seuil de bénéfice définis par la loi.
Et puis, je propose aussi dans mon livre la création d’une redevance modique sur l’abonnement Internet, payée cette fois-ci par l’internaute, et permettant, un peu à la manière du minitel, de financer des contenus agréés par d’autres voies que la Pub. Parce que je pense que la pub a ses limites dans le financement des contenus. Et qu’il faudra rechercher un équilibre entre marché et collectif.
Enfin, je pense qu’il n’y aura d’économie de la musique demain, que s’il y a des sélections.  Je ne dis pas qu’il faut exclure des musiques. Tout le monde peut s’exprimer sur la toile, c’est génial, c’est acquis. Mais si l’on veut qu’il reste des pros, alors il faudra labéliser, il faudra adouber les meilleurs, par des procédés démocratiques. Les mêmes qui serviront plus tard à bâtir une gouvernance mondiale.
Philippe Axel, auteur et musicien
http://www.philaxel.com/

 

Paranofictions, Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction

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Paranofictions

Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction
Ariel Kyrou

Interview en forme de conversation entre deux amis qui explore depuis toujours les nouveaux territoires de la connaissance et des technologies, Ariel Kyrou qui vient de publier , Paranofictions, Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction, Climats (2007) et Richard Collin, Directeur associé de Nextmodernirty.

Richard Collin : Paranofictions se veut un « traité de savoir-vivre pour une époque de science-fiction », un traité pour un temps où, selon vous, les frontières entre le réel et le virtuel, la réalité et la fiction tendent à se fondre… Pourquoi donc avoir écrit ce livre ?
Ariel Kyrou : Trop souvent, nous analysons le monde selon des catégories classiques sans chercher à les réactualiser. Or, telles quelles, ces catégories fonctionnent de moins en moins bien. L’idée d’une réalité objective, clairement séparée des fictions qui naissent de notre imaginaire, me semble tout particulièrement dépassée. Plus encore qu’un roman, qu’un film ou qu’une œuvre d’art, les jeux vidéo et surtout les mondes virtuels au sein desquels nous passons de plus en plus de temps ne sont pas de purs fantasmes. Ce sont des peurs et des rêves qui se concrétisent au cœur même de notre réel. Au sens littéral, ils prennent forme, même si cette forme est de nature numérique. L’immatériel de nos pensées devient visible au travers de nos écrans. Avec un ordinateur ou pour être plus futuriste des capteurs en tous genres, l’humain agit directement sur ces matérialisations de nos fantasmes. Il vit non seulement avec, mais au dedans même de ces nouveaux territoires nés de nos cerveaux, à la façon des internautes qui peuplent Second Life de leurs avatars. Plus largement, à l’ère des médias, ladite réalité n’a jamais été autant qu’aujourd’hui pénétrée, imbibée, perfusée de fictions. L’exemple est bien connu, mais je reste sidéré par l’idée que l’État le plus peuplé des USA, la Californie, est gouverné par Terminator, ou si vous préférez par le héros du film Total Recall… et que Schwarzenegger a été élu, justement, par une procédure qu’on appelle le « recall », c’est-à-dire la destitution du précédent gouverneur… Sur un autre registre, la technoscience a désormais le pouvoir de créer des chimères, des hybrides hommes machines par exemple, qui n’auraient pu exister il y a des siècles que sous la forme de mythes. Pour toutes ces raisons et bien d’autres, il me semble urgent de repenser notre vision de la réalité. Sauf à perdre l’esprit, il nous faut réinventer des repères à la place de nos anciennes références collectives, désormais caduques. Nous devons façonner les bouées intellectuelles qui vont nous permettre de nous y retrouver dans ce nouvel océan de données, de personnages fictionnels et d’objets fantasmatiques.


Mais pourquoi ce terme, « Traité de savoir vivre », pour un livre qui navigue entre l’essai philosophique et le récit personnel, voire parfois le pamphlet ?

D’abord, l’expression est un clin d’œil à l’ancien Situationniste Raoul Vaneigem et à son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de 1967. D’où, sans doute, la manière dont parfois je m’enflamme, sans masquer mes sentiments. Ensuite, je crois à la valeur d’une philosophie en actes, s’incarnant dans des choix de vie. Vous l’aurez peut-être remarqué : je n’ai pas mis de trait d’union entre « savoir » et « vivre ». Enfin, vous avez raison : je réfléchis à partir de mes propres références, de mon histoire, de mes désespoirs et coups de gueule. Acteur des médias depuis plus de vingt ans, et du Net depuis plus de dix ans comme vous le savez, j’espère que bien des internautes, et pas seulement les gens connectés, se retrouveront peu ou prou dans mes interrogations, mes analyses mais aussi mes colères et mes espoirs.


Vous illustrez votre vision par des histoires et anecdotes très révélatrices de la puissance des médias, de la publicité, mais aussi des univers qui naissent des nouvelles technologies. Sous ce regard, Paranofictions est une fresque parfois effrayante de la paranoïa et plus encore des « crevasses schizophréniques » où nous risquons sans  cesse de tomber. N’y a-t-il pas chez vous la recherche presque désespérée d’une vérité adaptée à cette nouvelle donne ?

Bernard Stiegler, dans l’un de ses livres, explique que la montée en puissance de la technoscience suppose désormais de savoir « distinguer les bonnes et les mauvaises fictions, et d’apprendre à penser une vérité qui ne serait pas l’opposé de la fiction, mais composée de fictions. » Ce propos lumineux, non seulement je l’adopte, mais j’en élargis le champ à toute notre vie urbaine… et connectée ! Sans tomber dans la leçon de morale, je suis persuadé qu’il existe de bonnes fictions, qui laissent la liberté, favorisent l’ouverture et l’interprétation, et de mauvaises fictions, univoques même quand elles se prétendent interactives, qui ne laissent aucun choix, emprisonnent, appauvrissent l’esprit. Nous avons besoin de mots, de sons ou d’images d’hier, d’aujourd’hui et de demain contre la misère spirituelle des fictions imposées, notamment par la télévision. C’est tout l’enjeu d’œuvres d’artistes du numérique comme Kolkoz ou Ultralab, et c’est aussi pourquoi j’aime à relire les livres et nouvelles visionnaires de grands de la science-fiction comme J.G. Ballard ou Philip K. Dick. Il y a des œuvres qui, par leur lucidité parfois jubilatoire, libèrent de la Machine à décerveler et à atrophier nos affects. Qu’elles s’incarnent dans des livres, des blogs ou des expositions d’art contemporain, ce sont des fictions consistantes, souvent nourries de vies bien réelles,. Sous ce regard, et c’est là où je rejoins la notion de vérité à laquelle vous faites allusion, toutes les fictions ne se valent pas. Si la croyance en une unique Vérité avec un grand V aboutit à différentes formes de totalitarisme politique, religieux ou même culturel, le relativisme absolu est le degré zéro de la pensée. Je suis né sous le signe de ce relativisme-là, et j’essaye de m’en échapper pour trouver une vérité qui ne puisse être réduite au dogme de quelque ayatollah.


Sur le versant philosophique, vous citez non seulement Stiegler, mais aussi Virilio ou Baudrillard, qui sont comme le pendant « réel » des auteurs de science-fiction dont les romans ou nouvelles vous servent à éclairer notre présent… Pourquoi cette double présence ?

Quelqu’un comme Jean Baudrillard, dont le décès le 6 mars dernier m’a beaucoup touché, a toujours assumé l’influence de Dick ou de Ballard, notamment dans son œuvre prémonitoire de 1981 : Simulacres et simulation. Il y a quelque chose de l’ordre de la littérature d’anticipation dans ses textes comme dans ceux de Paul Virilio. Car ils extrapolent à partir de ce qu’ils voient et entendent… Ils exagèrent tout comme George Orwell, Aldous Huxley, William Gibson, Philip K. Dick ou J.G. Ballard
ont toujours utilisé le ressort de l’exagération pour dessiner à partir de leur réalité telle ou telle vision d’un futur plus proche qu’on ne l’imagine. Tandis que ces penseurs auscultent un réel devenu selon leurs lubies une sorte de science-fiction, les auteurs de science-fiction se coltinent le réel pour mieux anticiper le futur qu’ils mettent en scène. Et au final, tous nous parlent de notre présent et de notre avenir immédiat.


Mais alors, qu’apportez-vous de plus que Virilio ou Baudrillard ?

Tous deux m’ont beaucoup apporté, mais je crois que leur message ne passe plus auprès des générations qui ont grandi avec Internet et les jeux vidéos. Aussi pertinentes et impertinentes qu’aient été leurs analyses, ils ont critiqué ce monde numérique depuis une position extérieure, comme s’il n’était constitué que d’un bloc. Comme s’il n’avait pas ses bugs ou ses pirates, capables de creuser des trous dans le mur de la « réalité intégrale ». Je crois à la nécessité d’un travail critique sur notre aujourd’hui, mais je pense qu’il nous manque pour ce faire des penseurs connaissant de l’intérieur ces univers numériques. Autrement dit : jamais Virilio ou Baudrillard ne toucheront mon fils aîné, qui passe trop de temps entre MSN et surtout World of Warcraft. Ou en tout cas, ils n’arriveront jamais à lui directement. Ce que j’ai essayé de réaliser, c’est donc une critique en empathie avec les univers de mon grand garçon, qui sont en partie également les miens. Mon espoir, c’est que de telles démarches se multiplient dans les arts, prenant acte de ces nouveaux mondes issus du numérique pour mieux en expliquer les limites, et donner envie de les détourner, d’y creuser des failles !


Certes, mais l’ambiance générale de votre ouvrage reste tout de même assez pessimiste, y compris lorsque vous affirmez de fort belle façon que, « dans les mondes virtuels, la guérilla pour le réel ne fait que commencer ». L’irréalité humaine, les machines vivantes, les apocalypses mentales, les simulacres ou les réalités inventées que vous décrivez ont de quoi inquiéter, non ?

Ce pessimisme que vous ressentez vient peut-être de l’usage que je fais des anticipations les plus paranoïaques de mes auteurs de science-fiction fétiches. Leurs fictions me permettent en effet de décrypter l’horreur d’idées comme la guerre préventive de Bush ou les dangers d’une fuite totale dans des mondes de pure virtualité. Mais il ne s’agit par pour autant de pessimisme, et bien moins encore, évidemment, d’optimisme. Pour moi qui suis né dans un environnement marqué par Dada et le surréalisme, l’idée d’une vérité qui serait composée de fictions n’a rien d’effrayant. Cela remet en cause notre appréhension classique de la réalité, certes, mais pourquoi serions-nous incapable de transformer notre appréhension de la réalité ? Pourquoi ne serait-il pas possible de réinventer une vérité sans absolutisme ? La lucidité peut être jubilatoire, à condition bien sûr qu’elle se marie à l’action créatrice. C’est tout le sens de l’expression que vous citez quant à la guérilla pour le réel dans les mondes virtuels, véritable appel au détournement et à la création de liens nouveaux entre réalité et fiction.


En conclusion, après avoir éclairé d’un coté « la nouvelle religion de l’information et des flux numériques » et de l’autre « le réveil du crétinisme religieux sous ses formes les plus absolutistes », vous donnez quelques pistes pour avancer dans ce monde « où l’on navigue au risque de la folie afin de se vacciner, de s’immuniser contre le grand nihil planétaire ». Quelles sont ces voies d’espoir ?

Elles vivent d’abord dans la façon dont des artistes et performeurs réussissent aujourd’hui à retourner la réalité vérolée que nous imposent les pouvoirs ou la « bien pensance ». Je pense par exemple aux impostures des Yes Men, ou encore à des œuvres d’artistes vidéo peu connus comme Mounir Fatmi, qui, dans un film comme Dieu me pardonne, rejette les deux pestes de l’imaginaire que vous décrivez, à savoir la machine à décerveler occidentale et son pendant religieux tel qu’il se réveille du côté de l’Orient… Car, au-delà du rejet, se dessine là les contours d’une spiritualité, d’une intelligence nouvelle, enfin débarrassées des oukases du marché dévorant comme des institutions fatiguées. Autre chemin, que j’ai développé dans mon ouvrage sur l’histoire des musiques électroniques, Techno Rebelle : l’apparition d’une nouvelle éthique du détournement et du travail collectif, avec les démarches du logiciel libre et des licences de propriété intellectuelle comme Creative Commons ou Copyleft. J’y reviendrai dans un prochain livre. Ce ne sont pour l’instant que des démarches isolées, mais j’espère qu’elles vont maintenant se consolider les unes les autres. Elles ouvrent un autre champ de possibilités, qu’il nous appartient de saisir, à nous qui sauront nous débarrasser de notre peau de « consommateur » pour devenir ou redevenir de vrais amateurs au sens d’aimer. Toute l’œuvre de Philip K. Dick tourne autour de ça : pour résister à notre devenir machine, il n’y a que l’amour, l’empathie… y compris vis-à-vis de nos machines les plus inutiles, qui sont tout de même bien plus extraordinaires que nos trop rentables mécaniques, non ?

 


Ariel Kyrou, Paranofictions, Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction, Climats (2007). Ariel Kyrou est selon les moments professeur d’histoire critique des cultures actuelles, arts et nouvelles technologies, conseiller à la rédaction du mensuel Chronic’art ou directeur associé de l’entreprise qu’il a montée en 1987 avec Henry-Hubert Godfroy et qui lui a permis de créer dès 1995 quelques-uns des premiers sites Web culturels en France (notamment le Virgin Megaweb) : Moderne Multimédias. Outre Paranofictions, il a écrit notamment Techno Rebelle, Un siècle de musiques électroniques  (Denoël, 2002).

Les utopies posthumaines : Contre-culture, cyberculture, culture du chaos

Quelques mots de l’auteur

Denis Failly – « Rémi Sussan vous retracez les petites histoires qui façonnent l’alter histoire en quelque sorte, les acteurs et moments de cette contre – culture furent propice à l’expérimentation, l’innovation, la création, l’audace dans moult domaines (sciences, informatique, psychologie, communication…) qui impactent encore aujourd’hui, pouvez – vous nous donnez quelques pièces clés pour comprendre ce puzzle ? « 

Rémi Sussan medium_sussanremi.jpg « Dans mon livre, j’essaie de décrire un courant culturel mal connu, « underground » qui s’est manifesté tout le long de la deuxième moitié du XXe siècle. L’idée de base propre à ce mouvement est que la technologie, notre environnement matériel, est capable d’agir profondément sur nos perceptions, notre compréhension du monde et même sur notre nature profonde, si tant est qu’elle existe.
L’autre idée que je cherche à développer c’est qu’avec la multiplication des technologies et l’accélération de leurs découvertes, il devient impossible pour la société d’intégrer ces changements psychologiques vécus par chacun ; d’où l’apparition de phénomènes sociaux bizarres, incompréhensibles par les institutions en place : les « contre-cultures » dont LA contre-culture des années 60 est l’archétype.
Tout monde connaît aujourd’hui les connexions historiques entre le mouvement des années 60 et la cyberculture de la fin du siècle : il s’agit cependant de se demander les raisons de cette filiation. Outre le rôle fondamental joué par des gens comme Steward Brand ou Timothy Leary, c’est bien l’idée d’une réorganisation de l’homme par la technologie qui est au cœur de cette histoire. Que ce soit le LSD, le rock n’roll, l’ordinateur, le réseau ou, demain, les implants cérébraux ou les manipulations génétiques, c’est ce projet de re-création qui anime ceux qui participent de ce courant culturel. »

Denis Failly – « Cette contre culture trouve notamment ses origines dans les expériences psychédéliques et hallucinogènes de quelques fameux représentants dans leur domaine de recherche et de connaissance (Leary, Burrough, Mac Kenna…) le substrat serait-il dans la substance, les expériences interdites, inédites, on retrouve le thème du chaos, de la destruction créatrice (?) »

Rémi Sussan « John Lilly, un chercheur des années 60 qui fit le lien entre les spécialistes de la cybernétique et les premiers expérimentateurs psychédéliques, avait écrit un livre au titre significatif : « programmation et métaprogrammation du bio -ordinateur humain », dans lequel il affirmait que le LSD était une substance « reprogrammante ».
L’analogie avec l’ordinateur se trouve bien aux racines de l’histoire du psychédélisme, et pas seulement à la fin.
Dans son « caisson d’isolation » John Lilly tentait déjà de « reprogrammer ses croyances ». La notion de « chaos » est toujours présente en contrepoint de celle de programme. Si, à l’instar de des hommes de la caverne de Platon, nous sommes limités dans notre intelligence et notre action par des « modèles » issus du langage et de notre culture matérielle, toute tentative de faire tomber ces modèles implique un retour, au moins provisoire, à un état de « chaos », dans lequel les différents postulats que nous considérons comme sûrs au sujet du monde sont suspendus. C’est pourquoi, le terme de « contre-culture » m’apparaît personnellement très intéressant : il ne s’agit pas d’être contre une culture donnée mais de relativiser toutes les cultures, de proposer une possibilité de sortie de la culture, vue comme un programme, un modèle particulier avec ses beautés mais aussi ses limites. Toute culture est fondamentalement une réalité virtuelle : une construction mentale basée sur un certain nombre de postulats. Il n’existe pas de « vérité vraie » car c’est le rôle du cerveau que de construire des modèles, des simulations ; mais du coup, le désordre de la pensée, l’aléatoire, le délire, la « destruction de toute pensée rationnelle » comme dirait Burroughs, devient la condition de la création, la racine du développement de nouveaux ordres, de nouveaux modèles. La déesse Eris, maîtresse du chaos, de la discorde de la confusion, devient du coup la patronne tutélaire de la moderne contre-culture.
Ce qui peut paraître paradoxal, mais ne l’est pas du tout, c’est l’émergence d’un culte du désordre parmi ceux qui, justement, se consacrent avec un tel zèle à l’organisation d’informations, les tenants de la haute technologie. Mais pour élaborer de nouveaux ordres, on est obligé de considérer avec respect ce qui se trouve derrière les modèles eux-mêmes, ce qui conditionne leur existence et les transcende tous : le chaos lui-même. »


Denis Failly – « Le Web 2.0 aujourd’hui dans la remise en cause de modèles existants ne puise t-il pas lointainement ses origines dans ces mouvements contre-culturels qui débutèrent dès les années 50 ? »

Rémi Sussan« En fait le Web 2.0, pour ce que j’en comprend ;-), me semble plutôt un retour en arrière, mais dans le bon sens ! Si l’on reprend justement l’histoire de la contre-culture, on s’aperçoit que le but de ses expérimentateurs était justement de pouvoir recréer leur réalité (et donc eux même, puisque l’interface définit la personnalité), d’abord pour eux-mêmes, puis ensuite avec leur « tribu ». On commença par imaginer des communautés rurales, puis des cités spatiales comme le firent le Jefferson Starship ou Timothy Leary. C’est ce dernier qui remplacera ensuite l’idée des cités spatiales par celle des réalités virtuelles ou des îles au sein du réseau.
L’âge d’or de la cyberculture, environ 1992, n’est pas celui du Web.
C’est celui des forums, des services en ligne comme le Well. Le réseau est alors un gigante
sque regroupement de communautés virtuelles.
Le Web, dans sa première mouture, inverse le mouvement. Malgré la formidable avancée démocratique que représente la possibilité offerte à chacun de publier son contenu, le Web reste un moyen de communication unidirectionnel : il y a des sites qui publient des informations, auxquels se connectent des postes clients qui les consultent. Dans « Coercion », l’un des pionniers de la « cyberculture », Douglas Rushkoff, se montre d’ailleurs très méfiant vis à vis du Web.
Avec toutes ses techniques collaboratives, le Web 2.0 est donc un retour au Réseau des premiers jours. Les gens discutent via des blogs, collaborent à la création de liens sur delicious, partagent photos et vidéos sur flicker ou you tube… Il devient même possible de boucler communautés virtuelles et vie réelle avec des systèmes comme meetup ou frappr. »

Denis Failly – « Vous abordez dans votre livre deux notions qui peuvent susciter espoir et angoisse à la fois : transhumanisme et extropie, pouvez vous nous éclairer sur ces notions ? »

Rémi Sussan« Le transhumanisme c’est tout simplement l’idée que la technologie donne à l’homme les moyens de s’affranchir de la plupart des limitations qui lui ont été imposées par l’évolution, la mort étant la première d’entre elles. A terme, on pourrait voir naître, au-delà du posthumain, les premières créatures postbiologiques : soit des intelligences artificielles succédant à leurs géniteurs humains, soit les hommes eux-mêmes, fusionnés avec la machine jusqu’à être méconnaissables.
Les « extropiens » sont une branche des transhumanistes, historiquement la première sans doute à se revendiquer comme telle. Il n’existe pas de grandes différences entre extropie et transhumanisme, sinon peut-être que les extropiens se recrutaient essentiellement, du moins au début, dans les milieux ultra-libéraux et anarcho-capitalistes. Aujourd’hui, l’Extropy Institute n’existe plus, et l’aspect libertarien s’est fortement adouci avec le temps.
En tout cas, il ne faut pas imaginer que les transhumanistes font l’apologie d’un monde basé sur l’idéologie de l’amélioration de la race, quelque part entre Gattacca ou Le Meilleur des mondes. Au contraire, ils sont passionnés par les désirs d’auto transformation et les multiples possibilités de l’adaptation humaine : certains sont proches des mouvements « queer » ou transsexuels, ou pour les droits des handicapés, par exemple. En tout cas, le choix individuel d’évolution personnelle est pour eux central par rapport à un rêve de société idéale. Il y a toujours un souffle libertaire dans le transhumanisme, que ce soit le « libertarianisme » anarcho-capitaliste ou au contraire un libertarisme beaucoup plus à gauche, soucieux des minorités. Jamais, en tout cas, l’idéologie d’une société bien huilée. Les idées transhumanistes sont anciennes, mais elles circulaient jusqu’ici de manière souterraine, d’où leur appartenance à certaines formes de « contre-culture ». C’est l’apport principal des transhumanistes que d’avoir « formaté » ces idées pour les rendre présentes sur le débat public, parfois aux dépens d’une certaine souplesse d’esprit et de créativité.
Il faut comprendre que le transhumanisme est un mouvement spécifique, avec son histoire, ses codes, son évolution propre ; dans ce cadre, se développent des idées qui peuvent enthousiasmer, faire sourire, irriter, apeurer…
Mais il ne faut pas confondre tel ou tel groupement avec des lames de fond qui affectent la société dans son entier. Les idées défendues par le mouvement transhumaniste sont bien plus répandues, et comme je le disais plus anciennes, que le mouvement lui-même.
Aujourd’hui, l’idée de vaincre la mort, par exemple, est la conséquence directe de ce qu’on sait sur la place de l’homme dans l’univers : on ne croit plus gère aux mythes religieux sur une survie de l’âme. Et on se doute bien que le vieillissement et la mort pourraient bien n’être que des problèmes d’ingénierie, même s’ils sont extraordinairement compliqués. Pareil pour le voyage spatial : aujourd’hui, des milliers de gosses nourris au lait de la science fiction regardent les étoiles, et se disent « un jour j’irai là-bas ». Pas la peine d’avoir lu la littérature transhumaniste pour cela. Quant à la modification de soi, non seulement sa possibilité est rendue implicite par notre environnement technologique, mais en plus il s’agit d’un désir profond ancré dans l’homme, ce qui fait du transhumanisme une part de la nature humaine !
Donc, quand quelqu’un comme Stephen Hawking affirme que l’homme devra se modifier pour survivre à la concurrence des machines ou que la survie de l’homme est dans l’espace, il ne rejoint pas pour autant le mouvement transhumaniste : sans doute n’en a-t-il même jamais entendu parler ! Il tire simplement les conséquences de notre place dans le cosmos, telle que nous la comprenons. Beaucoup de critiques du transhumanisme manquent leur cible en attaquant le « mouvement » (dépourvu sur bien des points de maturité et qui constitue donc une cible facile) en traitant le problème comme s’il s’agissait d’un débat idéologique classique, susceptible d’être réduit aux catégories actuelles de la pensée politique : par exemple « le transhumanisme est une conséquence de la pensée libérale » ou « c’est la réactivation moderne d’une idée religieuse », « c’est une mentalité californienne », etc., mais ils manquent les questions réelles, celles qui concernent la « lame de fond » : à quoi ressemblera l’humanité dans 50, 100, 1000 ans ? On aura, à cette époque, oublié le libéralisme, et probablement la Californie. Mais quid des vraies interrogations ? Peut-on réellement croire que l’homme ne se transformera jamais, alors même que la technologie nous en offre la possibilité ? Croire qu’il suffira de quelques interdictions et d’une morale, religieuse ou laïque pour remettre le diable dans la boîte est de loin, la plus utopiste des réponses. Maintenant, il existe de nombreux futurs très négatifs, et il est nécessaire de leur faire face, pour trouver des solutions. Cela impliquera, de toutes façons, d’énormes changements. Mais s’imaginer que les choses bougeront à peine au cours des prochaines décennies revient vraiment à se mettre la tête dans le sable, à mon avis »

Denis Failly – « Transhumanisme et extropie ne sont-ils pas quelque part une réactualisation de cette structure anthropologique de l’imaginaire (utopie pour certain) qu’est le mythe prométhéen de la quête infinie du progrès et du bonheur certain que sont censées nous apporter les sciences (nano, neuro, bio…) les technologies …? »

Rémi Sussan – « Bon nombre d’adeptes du mouvement transhumanistes vous répondront qu’ils se situent dans la tradition des Lumières, et qu’ils considèrent le progrès comme quelque chose de très sérieux, et blâmeront la pensée « post moderne » pour avoir introduit un doute sur la valeur de la rationalité et de la pensée occidentale. D’un autre côté, un observateur extérieur ne peut s’empêcher de remarquer les éléments mythiques de la pensée transhumaniste ; quelqu’un comme Erik Davis a magnifiquement écrit dessus par exemple.
En ce qui me
concerne, je ne nie certainement pas la structure religieuse ou mythique de ce genre d’idée, mais je tends à inverser la question : et si les mythes de l’ancien temps, ceux d’Icare, ceux de Gilgamesh, ceux de la Jérusalem céleste n’étaient au contraire que des brouillons, des approximations, des manières primitives d’exprimer des tendances, des désirs susceptibles de se réaliser par la suite via la technologie ? Icare est un mythe, mais ce caractère mythique n’empêche pas, aujourd’hui, aux avions d’exister bel et bien. »

Denis Failly – « merci Rémi »

Sa page perso

Bio : Rémi Sussan est journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies. Il s’intéresse notamment aux retombées sociologiques de l’usage des techniques, ainsi qu’aux mouvements parallèles et alternatifs qui en découlent. Rémi Sussa écrit pour de nombreux journaux et magazines, dont Internet ActuTechnikart, PC Magazine, Computer Arts, Science et vie High Tech, etc.Il est auteur aussi pour Internet Actu

La théorie des mèmes : Pourquoi nous nous imitons les uns les autres.

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La version française
(traduction de B. Thomass et préface de
Richard Dawkins) de :
« The Meme Machine »

Quelques mots de Susan Blackmore

 

Denis Failly – « Susan Blackmore, could you remind us shortly the basics of Memetics and Meme ? »

Susan Blackmore – medium_susanblackmore_copie.2.jpg« The term ‘meme’ was coined by Richard Dawkins in his 1976 book The Selfish Gene. Memes are habits, skills, songs, stories, or any kind of behaviour that is passed from person to person by imitation. Like genes, memes are replicators. That is, they are information that is copied with variation and selection. While genes compete to get copied when plants and animals reproduce, memes compete to get stored in our memories (or in our computeres or phones) and passed on again to someone else.
On this view our minds and culture are designed by the competition between memes, just as the biological world has been designed by natural selection acting on genes. Familiar memes include words, stories, TV and radio programmes, chess, Soduko and computer games, glorious symphonies and mindless jingles, the habit of driving on the left (or the right), eating with a knife

and fork, wearing clothes, and shaking hands. These are all information that has successfully
been copied from person to person. Without them we would not be fully human.
In my view our large human brains were forced to grow by the pressure of memes, and have been sculpted by a process of « memetic drive » to be ever better machines for selecting, copying, and storing meme. That is why we talk, draw and paint, and like music – because those memes thrived and caused brains to get better at copying them. So we humans are meme machines, and our nature reflects the history of past memetic competition. »

Denis Failly – « How birth and spread of the ideas, are there any specific emerging conditions for a Meme, a kind of life cycle ? »

Susan Blackmore – « Any meme that can get copied will get copied. So the world is full of the successful memes – the rest having simply died away. There are countless ways in which memes can emerge. Every time you speak a new sentence that is a potential meme that might, or might not, get passed on. Your brain is a vast melting pot for memes and can easily put together old memes in new combinations to make new ones. This means that there is constantly a creative evolutionary process going on inside your head and between you and the people you communicate with.
Some memes have long life-cycles. Plato’s Republic is a memeplex (group of memes that get passed on together) that first emerged thousands of years ago, was widely circulated, then nearly died out, and was later revived many times. Then it was translated into different languages and spread all over the world by modern technological meme machines.
Other memes have short life cycles. A piece of gossip you heard and passed on to your neighbour may go no further and simply die out there. »

Denis Failly – « I suppose that Internet (and specifically blogs, wikis, tchat…) is a wonderfull channel of Memetics transmission, what do you think about and do you focus on that topics for your research ?

Susan Blackmore – « The Internet is heaven for memes. Computers store information much more accurately than human brains, and can copy that information to vast numbers of other computers very quickly. This means a new process of memetic drive is going on in which the increase in available memes drives an increase in the machines for copying them, and so on. The result is not only the Internet but mobile phones, CD players, MP3 players, DVDs, video phones, and much more.
We biological meme machines have nearly had our day. Few people in developed societies can now hold out against getting a mobile phone. Soon they will feel they just have to get the latest implanted phone receiver, transmitter, thought enhancer, control switches and all sorts of enhancements that will turn their merely biological brains into super computers as well. They will then be able to store and transmit even more memes and the memes will go on driving the expansion of capability. We are already getting badly overloaded. »

Denis Failly – « Are Memetics a real field of knowledge (with methodology, tools, process, epistemology… ) and could Memetics be categorize as Science? »

Susan Blackmore – « Memetics has not yet developed into a mature science. There are plenty of people working on memetic topics but the whole area remains highly controversial. Critics argue that memes have not been proved to exist, cannot be identified with any chemical or physical structure as genes can, cannot be divided into meaningful units, and provide no better understanding of culture than existing theories. Others are frightened that memetics undermines the notions of free will and personal responsibility.
Proponents respond that memes obviously exist, since humans imitate widely and memes are defined as whatever they imitate. Also, the demand for a physical basis is premature. The structure of DNA was not discovered until a century after Darwin, so we may be in the equivalent of the pre-DNA phase in memetics. The question of units is tricky for genes too, and we can study memes by using whatever unit is replicated in any given situation – which may be anything from a few notes to an entire symphony, or a few words to a whole story. As for free will – there have always been people arguing that it is an illusion. Memetics provides a way of understanding how that illusion comes about.
More important is whether memetics really can provide new insights into human behaviour or culture. I am convinced that i
t can do so. A simple example is that memetics provides a far better understanding of religions, why they are so dangerous, and why people keep on falling for them. A broader one is the idea that humans have evolved as meme machines. I think language was once a meme-parasite that co-evolved to become symbiotic with us, and that culture is a vast system that is parasitic on human beings. If these ideas are right then memetics is a set of very powerful ideas and we badly need the science of memes. »

Denis Failly – Susan Blackmore, thanks a lot

Les sites de Susan Blackmore
Son site personnel : 
www.susanblackmore.co.uk
Son site sur la mémétique : www.memetics.com

 Bio : Sue Blackmore is a freelance writer, lecturer and broadcaster, and a Visiting Lecturer at the University of the West of England, Bristol. She has a degree in psychology and physiology from Oxford University (1973) and a PhD in parapsychology from the University of Surrey (1980). Her research interests include memes, evolutionary theory, consciousness, and meditation.