Canopée, la revue de Nature & Découvertes

Pour une écologie de la Terre, du corps et de l’esprit

160 pages d’évasion, de récits, de photos…

sous la Direction et François et Françoise Lemarchand

Voir le site de la revue

« Cette revue est un recueil d’articles passionnants pour tous ceux qui s’intéressent à la NextModernité. L’occasion de découvrir par exemple qui sont les Bioneers, ou ce qu’est une AMAP. Canopée présente des solutions, ouvre de nouveaux possibles, donne la parole à ceux qui en ce moment participent à la construction d’un monde basé sur la solidarité, l’ouverture, la découverte, l’humanisme, le respect de la nature, l’épanouissement plutôt que sur la peur et le repli sur soi.
Les photos sont également superbes. Le tout bien sûr imprimé sur du papier issu de forêts durablement gérées
. A lire et à faire lire autour de soi ! » Yves Duron

Le peuple des connecteurs : Ils ne votent pas, ils n’étudient pas, ils ne travaillent pas… mais ils changent le monde

La bibliothèque NextModerne, Le peuple des connecteurs, Thierry Crouzet interviwé par Denis FaillyThierry Crouzet, Bourin Editeur, 2006

Quelques mots de l’auteur

Denis Failly – « Thierry Crouzet, ils ne votent pas, n’étudient pas, ne travaillent pas et en plus ils changent le monde, pourquoi cette présentation des connecteurs par ce qu’ils ne sont ou ne font pas plutôt que l’inverse? Peut-on les définir ou sont-ils symptomatiques du caractère mouvant, multidimensionnel, voire insaisissable ou flou du « monde qui vient « ?

Thierry Crouzet La bibliothèque NextModerne, Thierry Crouzet
Comment parler des connecteurs aux gens qui ne sont pas connecteurs ? Je ne pouvais pas titrer : les connecteurs s’auto-organisent, ils engendrent des structures émergentes et jouent avec les états critiques. J’ai un passé de journaliste, j’aime les formules chocs. Pour me faire comprendre, j’ai donc choisi de me référer à ce que tout le monde connaît et j’ai essayé de montrer que les connecteurs remettent tout cela en question. Quand je dis « Ne pas voter », il faut entendre « Ne pas voter comme nous avons l’habitude de le faire ». Et ainsi de suite. Dans le livre, j’espère être beaucoup plus positif. Les connecteurs changent les règles du jeu chacun dans leur coin, mais ces coins se rejoignent peu à peu et engendrent une nouvelle société. Quant à définir les connecteurs, c’est assez difficile. Je m’y suis essayé plusieurs fois, dans le livre, puis sur mon blog. Le post http://blog.tcrouzet.com/?l=35474 me convient pour le moment. Les connecteurs sont des gens de tout âge, de tout horizon, qui ont pris conscience que notre société était en train d’atteindre une complexité qui rend les anciens modes de Management inopérants. Bien sûr, grâce aux nouveaux outils de communication, les connecteurs contribuent grandement à la complexification de la société. Ils la transforment en un réseau hautement interconnecté. J’en reviens alors à Ne pas voter. Pourquoi mettre au pouvoir des gens qui ne peuvent contrôler la complexité ? Et ils ne le peuvent pas parce que la complexité n’est pas contrôlable. J’aime comparer la société à un tas de sable qui a atteint un état critique. À ce moment, quand vous lâchez un grain de sable sur le tas, vous êtes incapable de prévoir ce qui va se produire : rien, une petite avalanche, un cataclysme… Si notre société est dans un état critique, ce qui est très probable, elle est ingouvernable. Par chance, nous savons que cette situation ne mène pas au chaos. Il y a une voie de sortie, adoptée d’ailleurs par la nature : l’auto-organisation. Les décisions prises au niveau local remontent peu à peu. C’est exactement de cette façon qu’Internet s’est construit et continue de se développer. Je crois que l’ensemble de la société humaine, sous l’impulsion des connecteurs, prendra le même chemin. Être connecteur, c’est donc croire que nous pouvons nous auto-organiser. On peut être connecteur sans jamais avoir utilisé Internet. Voilà pourquoi mon livre parle de découvertes scientifiques tout autant que d’Internet.

Denis Failly -« A la lecture de l’ouvrage, j’ai eu de suite le sentiment de me reconnaître dans le portrait des connecteurs, et je me suis demandé si « peuple de connecteurs et peuple du Web 2.0 égale même combat »; A la condition peut-être de ne pas réduire le Web 2.0 à des outils et des fonctionnalités, n’y a t-il pas des dimensions supplémentaires à développer pour être un connecteur (transversalité, élasticité cognitive,…) ?

Thierry Crouzet – J’ai collaboré à Europe Online en 1996, j’ai écrit mon premier livre au sujet d’Internet en 1997, j’ai créé bonWeb.com en 1998 et je ne sais pas ce que c’est le Web 2.0. Et le Web 1.0 ? C’est quoi ? Techniquement, j’ai une vague idée, le Web 2.0 c’est une tentative de normalisation. Je crois qu’il ne peut rien arriver de pire au Web. Certains sites en sont encore au HTML des origines, d’autres ne jurent que par XML ou AJAX. Tout cela cohabite. Des gens innovent, certaines innovations retiennent l’attention et elles se généralisent parfois. Le Web est une sorte d’organisme vivant, plutôt une biosphère où l’évolution se jouerait à une vitesse démente. Des morceaux du Web en sont déjà à la version 3.0, d’autres à la version 1.0. Le Web ne ressemble pas à un logiciel mais à un être vivant. On ne peut pas lui appliquer de version. Ça c’est bon pour les produits pensés de haut en bas, méthodiquement, archaïquement. Au contraire, le Web pousse comme une plante. Personne ne le dirige, personne n’en fixe les spécifications. Il en ira de même pour la société des connecteurs. Elle n’est pas dirigée d’en haut mais par sa base qui en constitue la totalité. Je sais qu’on peut présenter le Web 2.0 moins techniquement. Même si je désapprouve totalement ce nom de Web 2.0, j’ai ma petite idée à son sujet. Je le vois comme une troisième couche. Il y a le réseau Internet, l’infrastructure qui dessine un réseau en étoile hautement décentralisé. Au-dessus, sans que personne ne l’ait prémédité, s’est créé le Web et, lui aussi, il a dessiné le même type de réseau, mais avec une plus grande densité de liens. Maintenant apparaît un nouveau réseau. Il ne lie plus des pages Web mais des informations. Et ces liens ne sont pas unidirectionnels comme les liens hypertextes traditionnels. Ils vont dans les deux sens (le fameux trackbacks des blogs, et ce n’est qu’un début). Ce réseau ressemble de plus en plus à celui des neurones de notre cerveau. Grâce au tracback, le réseau deviendra capable d’apprendre (les connexions vont se renforcer). Peut-être que la première IA (NDLR : Intelligence artificielle) ne va pas tarder à naître, si elle n’est pas déjà née. Les connecteurs participent à l’émergence de ce nouveau réseau. En termes de complexité, une étape décisive est en train d’être franchie, sans doute celle qui nous permettra de nous auto-organiser avec une grande facilité. Le Web 2.0 serait cet espace propice à l’auto-organisation, ce monde à travers lequel les connecteurs vont interagir. Il reste à lui trouver un véritable nom.

Denis Failly – « Créatifs Culturels » pour les uns (Paul H.Ray), « Coopérateurs ludiques » pour d’autres (Patrick Viveret), une majorité silencieuse (au sens : moins officielle ou non médiatique) de connecteurs n’est-elle pas en train de travailler souterrainement la société parallèlement aux acteurs en place (politique, médiatique, économique…), qui eux ne semblent pas avoir encore compris les changements de paradigmes en cours… à quand le « point de bascule »?

Thierry Crouzet – Tous les entrepreneurs du Web, tous les bloggeurs, vous, moi, nous tous qui interagissons sur le Web ne respectons plus vraiment les anciennes règles du jeu. Nous avons court-circuité les chemins de communication traditionnels. Pour me contacter, il vous a suffit d’ouvrir mon livre, d’y voir l’adresse de mon site, d’y trouver mon mail. Vous n’ave
z eu besoin de personne d’autre, surtout pas de mon éditeur. Peut-être Google vous a même mené directement à moi. Le réseau des connecteurs diminue les intermédiaires, voire les supprime. Nous communiquons d’égal à égal. Cette nouvelle société hautement interconnectée ne peut plus fonctionner comme l’ancienne. Elle obéit à de nouveaux principes, par nécessité logique. Nous autres connecteurs n’agissons pas dans la clandestinité, encore moins souterrainement, la volonté de transparence nous anime. Malheureusement, nous allons rencontrer de farouches ennemis. Le pouvoir installé va-t-il accepter de disparaître ? Les hommes politiques vont-ils quitter leurs sièges ? Les journalistes des grands médias vont-ils continuer de s’émerveiller des blogs ? Je ne le sais pas. Je pense déjà que les meilleurs journalistes d’aujourd’hui sont les bloggeurs. Lemeur dit tout le temps qu’il n’est pas journaliste. Il se trompe : il est en train d’inventer le journalisme de demain. Les hommes politiques courent chez lui parce qu’ils l’ont compris. Mais vont-ils pousser le raisonnement jusqu’à ses conséquences ultimes ? Je crois qu’ils vont finir par freiner des quatre fers. Nous le voyons bien avec leurs tentatives de légiférer le P2P. Ils ne pensent qu’en termes de contrôle. Ils sont incapables de pousser vers la décentralisation qui, peu à peu, les priverait de pouvoir. Ils ne scieront pas facilement la branche sur laquelle ils sont assis. Mais ils ne pourront pas résister éternellement. La complexité de la société des connecteurs finira par les submerger. Quand ? Je crois que personne ne peut le savoir. Mais peut-être plus vite que la plupart des gens ne le pense. Dix ans, quinze ans tout au plus. À moins que la voie répressive adoptée par la Chine ne prenne le dessus. Je ne veux même pas envisager cette possibilité.

Denis Failly -« Dans la description de cette intelligence « connective » en gestation via les connecteurs, vous semblez vous inscrire dans la rhétorique d’Edgar Morin, Jean Louis Le Moigne ou Joël de Rosnay… qui nous invitent à « penser la pensée complexe », à relier les connaissances et les êtres, à intégrer la logique systémique et organique dans l’observation des faits humains. Ces auteurs vous ont-ils inspirés ou tout cela a t-il germé en vous comme une évidence ?

Thierry Crouzet – Je crois que je n’ai jamais lu un livre de sociologie. Je suis un scientifique, mes sources sont scientifiques, voire philosophiques ou artistiques. En plus, j’ai la fâcheuse habitude de ne lire presque que des auteurs anglo-saxons. Des auteurs comme Strogatz, Barabási ou Wolfram ne sont pas traduits en français alors qu’ils pensent la modernité. Tout au long de mon livre, je me suis appuyé sur des découvertes objectives : auto-organisation, état critique, intelligence en essaim, topologie des réseaux… J’ai raisonné comme un scientifique jusqu’au moment où j’extrapole certains résultats. Mais c’est encore une position scientifique car mes extrapolations peuvent être infirmées. Ça me fait plaisir de rejoindre les auteurs que vous citez et que je n’ai pas lus. Ça m’enthousiasme même ! Nous avons pris des chemins opposés et pourtant nous sommes en accord. C’est bien la preuve qu’il se passe quelque chose, qu’un mouvement de fond est en train de naître. Nous escaladons tous la même montagne mais pas par la même face. Nous nous rejoindrons au sommet.

Denis Failly – Thierry je vous remercie

 
 
Bio : Ingénieur de formation, journaliste, ancien rédacteur en chef et fondateur des magazines PC Direct et PC Expert, Thierry Crouzet à publié d’autres ouvrages chez MicrosoftPress puis chez First. Il est également éditeur de bonWeb.com, version électronique de son « Guide des meilleurs sites Web ».
 

Comment changer le monde : Les entrepreneurs sociaux et le pouvoir des idées nouvelles



Oxford University Press, 2004

Denis Failly – « David Bornstein, may you talk to us about the birth of your book ? »

David Bornstein – « My interest in social entrepreneurs began with Mohammed Yunus of the Grameen Bank, who was the subject of my first book, “The Price of a Dream”. I realized that there was a whole world of amazing and innovative agents of social change out there, unreported and unknown. I was lucky to be introduced to Bill Drayton in 1996 – the social entrepreneur who founded the organization Ashoka, that identifies and channels support to social entrepreneurs globally – and thus “How to Change the World: Social Entrepreneurs and the Power of New Ideas” was born. »

Denis Failly – « Which are the common points between social entrepreneurs ? »

Peter Drucker said, “Whenever anything is being accomplished, it is being done…by a monomaniac with a mission.” Social entrepreneurs have unceasing drive, energy and focus to implement their vision of wide systemic change in society, and will not rest until they have achieved it. They are innovative and willing to break out from established structures, adaptable in their environment, have an ability to bring people on board and a strong ethical fiber. Unlike business entrepreneurs, their success is measured not in money, but in social impact. »


Denis Failly – « Do you think that just an idea can change the world and which are the main conditions of achievement ? »

« The idea is a comparably small part of systemic social change, and the idea itself may be fluid and subject to many mutations as it is implemented. Achievement really begins with a single entrepreneurial author: one obsessive individual who sees a problem and envisions a new solution, who gathers resources and builds organizations to protect and market that vision, who provides the energy and sustained focus to overcome the inevitable resistance, and who – decade after decade – keeps improving, strengthening, and broadening that vision until what was once a marginal idea has become a new norm. »

Denis Failly – « Facing governments’ inability to change deeply the world don’t we go towards a progressive transfer of initiatives, competences, from politics to people, don’t you think a reverse sovereignty (people empowerment) is emerging ? »

Citizens are increasingly empowered by society-wide recognition that they can create and implement more effective, innovative programs for their communities than the government. This in turn, results in a movement towards empowerment of the individuals or groups they serve.

This recognition, however, needs to be broadened and acted-upon by all sectors of society in collaboration. The increasingly powerful private sector and multi-national corporations need to realign their vision and ethics with the communities they do business in, the government still has an important place in society and needs to continue to push towards finding and rewarding innovative, effective programs, and academia needs to actively participate and ensure that the next generation of leaders are educated with a bigger-picture perception of social change and responsibility, entrepreneurial spirit and cross-sector partnerships. Collaboration and understanding between leaders and people from the public, private, academic and citizen sectors needs to occur for true empowerment of the people to emerge.

Denis Failly – « Thank you David »

Récits d’Humanisme

Michel Serres, Editions Le pommier, 2006

Présentation de l’éditeur
Michel Serres raconte l’un des plus longs récits du monde, où des femmes et des hommes, sortis jadis d’Afrique, se retrouvent aujourd’hui, des dizaines de milliers d’années après leur séparation. Il raconte ensuite comment il ne put lui-même traverser à pied l’immense continent-berceau ; et pourquoi nous ne croyons plus à l’histoire des patries et des nations. Il raconte aussi pourquoi Orphée perdit, au dernier moment, son amie Eurydice ; à quel travail indispensable s’évertuent les neuf Muses ; comment des matelots devinrent volontiers lions et moucherons ; pourquoi les fétiches assyriens mélangent ailes et sabots comme les dieux aztèques mêlent plumes et poils ; pourquoi Eve, au paradis, désobéit. En somme, il raconte comment nous réussissons ou
échouons à devenir humains. Faute de pouvoir définir l’homme, il le raconte. Ces mille et un récits dessinent, en mosaïque, un nouvel humanisme. Mythes ou histoires, ces récits s’approchent de ce que nous disent, aujourd’hui, les sciences, Darwin par exemple.
L’humanisme, alors, célèbre les noces des contes et du savoir.