Paranofictions, Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction

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Paranofictions

Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction
Ariel Kyrou

Interview en forme de conversation entre deux amis qui explore depuis toujours les nouveaux territoires de la connaissance et des technologies, Ariel Kyrou qui vient de publier , Paranofictions, Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction, Climats (2007) et Richard Collin, Directeur associé de Nextmodernirty.

Richard Collin : Paranofictions se veut un « traité de savoir-vivre pour une époque de science-fiction », un traité pour un temps où, selon vous, les frontières entre le réel et le virtuel, la réalité et la fiction tendent à se fondre… Pourquoi donc avoir écrit ce livre ?
Ariel Kyrou : Trop souvent, nous analysons le monde selon des catégories classiques sans chercher à les réactualiser. Or, telles quelles, ces catégories fonctionnent de moins en moins bien. L’idée d’une réalité objective, clairement séparée des fictions qui naissent de notre imaginaire, me semble tout particulièrement dépassée. Plus encore qu’un roman, qu’un film ou qu’une œuvre d’art, les jeux vidéo et surtout les mondes virtuels au sein desquels nous passons de plus en plus de temps ne sont pas de purs fantasmes. Ce sont des peurs et des rêves qui se concrétisent au cœur même de notre réel. Au sens littéral, ils prennent forme, même si cette forme est de nature numérique. L’immatériel de nos pensées devient visible au travers de nos écrans. Avec un ordinateur ou pour être plus futuriste des capteurs en tous genres, l’humain agit directement sur ces matérialisations de nos fantasmes. Il vit non seulement avec, mais au dedans même de ces nouveaux territoires nés de nos cerveaux, à la façon des internautes qui peuplent Second Life de leurs avatars. Plus largement, à l’ère des médias, ladite réalité n’a jamais été autant qu’aujourd’hui pénétrée, imbibée, perfusée de fictions. L’exemple est bien connu, mais je reste sidéré par l’idée que l’État le plus peuplé des USA, la Californie, est gouverné par Terminator, ou si vous préférez par le héros du film Total Recall… et que Schwarzenegger a été élu, justement, par une procédure qu’on appelle le « recall », c’est-à-dire la destitution du précédent gouverneur… Sur un autre registre, la technoscience a désormais le pouvoir de créer des chimères, des hybrides hommes machines par exemple, qui n’auraient pu exister il y a des siècles que sous la forme de mythes. Pour toutes ces raisons et bien d’autres, il me semble urgent de repenser notre vision de la réalité. Sauf à perdre l’esprit, il nous faut réinventer des repères à la place de nos anciennes références collectives, désormais caduques. Nous devons façonner les bouées intellectuelles qui vont nous permettre de nous y retrouver dans ce nouvel océan de données, de personnages fictionnels et d’objets fantasmatiques.


Mais pourquoi ce terme, « Traité de savoir vivre », pour un livre qui navigue entre l’essai philosophique et le récit personnel, voire parfois le pamphlet ?

D’abord, l’expression est un clin d’œil à l’ancien Situationniste Raoul Vaneigem et à son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de 1967. D’où, sans doute, la manière dont parfois je m’enflamme, sans masquer mes sentiments. Ensuite, je crois à la valeur d’une philosophie en actes, s’incarnant dans des choix de vie. Vous l’aurez peut-être remarqué : je n’ai pas mis de trait d’union entre « savoir » et « vivre ». Enfin, vous avez raison : je réfléchis à partir de mes propres références, de mon histoire, de mes désespoirs et coups de gueule. Acteur des médias depuis plus de vingt ans, et du Net depuis plus de dix ans comme vous le savez, j’espère que bien des internautes, et pas seulement les gens connectés, se retrouveront peu ou prou dans mes interrogations, mes analyses mais aussi mes colères et mes espoirs.


Vous illustrez votre vision par des histoires et anecdotes très révélatrices de la puissance des médias, de la publicité, mais aussi des univers qui naissent des nouvelles technologies. Sous ce regard, Paranofictions est une fresque parfois effrayante de la paranoïa et plus encore des « crevasses schizophréniques » où nous risquons sans  cesse de tomber. N’y a-t-il pas chez vous la recherche presque désespérée d’une vérité adaptée à cette nouvelle donne ?

Bernard Stiegler, dans l’un de ses livres, explique que la montée en puissance de la technoscience suppose désormais de savoir « distinguer les bonnes et les mauvaises fictions, et d’apprendre à penser une vérité qui ne serait pas l’opposé de la fiction, mais composée de fictions. » Ce propos lumineux, non seulement je l’adopte, mais j’en élargis le champ à toute notre vie urbaine… et connectée ! Sans tomber dans la leçon de morale, je suis persuadé qu’il existe de bonnes fictions, qui laissent la liberté, favorisent l’ouverture et l’interprétation, et de mauvaises fictions, univoques même quand elles se prétendent interactives, qui ne laissent aucun choix, emprisonnent, appauvrissent l’esprit. Nous avons besoin de mots, de sons ou d’images d’hier, d’aujourd’hui et de demain contre la misère spirituelle des fictions imposées, notamment par la télévision. C’est tout l’enjeu d’œuvres d’artistes du numérique comme Kolkoz ou Ultralab, et c’est aussi pourquoi j’aime à relire les livres et nouvelles visionnaires de grands de la science-fiction comme J.G. Ballard ou Philip K. Dick. Il y a des œuvres qui, par leur lucidité parfois jubilatoire, libèrent de la Machine à décerveler et à atrophier nos affects. Qu’elles s’incarnent dans des livres, des blogs ou des expositions d’art contemporain, ce sont des fictions consistantes, souvent nourries de vies bien réelles,. Sous ce regard, et c’est là où je rejoins la notion de vérité à laquelle vous faites allusion, toutes les fictions ne se valent pas. Si la croyance en une unique Vérité avec un grand V aboutit à différentes formes de totalitarisme politique, religieux ou même culturel, le relativisme absolu est le degré zéro de la pensée. Je suis né sous le signe de ce relativisme-là, et j’essaye de m’en échapper pour trouver une vérité qui ne puisse être réduite au dogme de quelque ayatollah.


Sur le versant philosophique, vous citez non seulement Stiegler, mais aussi Virilio ou Baudrillard, qui sont comme le pendant « réel » des auteurs de science-fiction dont les romans ou nouvelles vous servent à éclairer notre présent… Pourquoi cette double présence ?

Quelqu’un comme Jean Baudrillard, dont le décès le 6 mars dernier m’a beaucoup touché, a toujours assumé l’influence de Dick ou de Ballard, notamment dans son œuvre prémonitoire de 1981 : Simulacres et simulation. Il y a quelque chose de l’ordre de la littérature d’anticipation dans ses textes comme dans ceux de Paul Virilio. Car ils extrapolent à partir de ce qu’ils voient et entendent… Ils exagèrent tout comme George Orwell, Aldous Huxley, William Gibson, Philip K. Dick ou J.G. Ballard
ont toujours utilisé le ressort de l’exagération pour dessiner à partir de leur réalité telle ou telle vision d’un futur plus proche qu’on ne l’imagine. Tandis que ces penseurs auscultent un réel devenu selon leurs lubies une sorte de science-fiction, les auteurs de science-fiction se coltinent le réel pour mieux anticiper le futur qu’ils mettent en scène. Et au final, tous nous parlent de notre présent et de notre avenir immédiat.


Mais alors, qu’apportez-vous de plus que Virilio ou Baudrillard ?

Tous deux m’ont beaucoup apporté, mais je crois que leur message ne passe plus auprès des générations qui ont grandi avec Internet et les jeux vidéos. Aussi pertinentes et impertinentes qu’aient été leurs analyses, ils ont critiqué ce monde numérique depuis une position extérieure, comme s’il n’était constitué que d’un bloc. Comme s’il n’avait pas ses bugs ou ses pirates, capables de creuser des trous dans le mur de la « réalité intégrale ». Je crois à la nécessité d’un travail critique sur notre aujourd’hui, mais je pense qu’il nous manque pour ce faire des penseurs connaissant de l’intérieur ces univers numériques. Autrement dit : jamais Virilio ou Baudrillard ne toucheront mon fils aîné, qui passe trop de temps entre MSN et surtout World of Warcraft. Ou en tout cas, ils n’arriveront jamais à lui directement. Ce que j’ai essayé de réaliser, c’est donc une critique en empathie avec les univers de mon grand garçon, qui sont en partie également les miens. Mon espoir, c’est que de telles démarches se multiplient dans les arts, prenant acte de ces nouveaux mondes issus du numérique pour mieux en expliquer les limites, et donner envie de les détourner, d’y creuser des failles !


Certes, mais l’ambiance générale de votre ouvrage reste tout de même assez pessimiste, y compris lorsque vous affirmez de fort belle façon que, « dans les mondes virtuels, la guérilla pour le réel ne fait que commencer ». L’irréalité humaine, les machines vivantes, les apocalypses mentales, les simulacres ou les réalités inventées que vous décrivez ont de quoi inquiéter, non ?

Ce pessimisme que vous ressentez vient peut-être de l’usage que je fais des anticipations les plus paranoïaques de mes auteurs de science-fiction fétiches. Leurs fictions me permettent en effet de décrypter l’horreur d’idées comme la guerre préventive de Bush ou les dangers d’une fuite totale dans des mondes de pure virtualité. Mais il ne s’agit par pour autant de pessimisme, et bien moins encore, évidemment, d’optimisme. Pour moi qui suis né dans un environnement marqué par Dada et le surréalisme, l’idée d’une vérité qui serait composée de fictions n’a rien d’effrayant. Cela remet en cause notre appréhension classique de la réalité, certes, mais pourquoi serions-nous incapable de transformer notre appréhension de la réalité ? Pourquoi ne serait-il pas possible de réinventer une vérité sans absolutisme ? La lucidité peut être jubilatoire, à condition bien sûr qu’elle se marie à l’action créatrice. C’est tout le sens de l’expression que vous citez quant à la guérilla pour le réel dans les mondes virtuels, véritable appel au détournement et à la création de liens nouveaux entre réalité et fiction.


En conclusion, après avoir éclairé d’un coté « la nouvelle religion de l’information et des flux numériques » et de l’autre « le réveil du crétinisme religieux sous ses formes les plus absolutistes », vous donnez quelques pistes pour avancer dans ce monde « où l’on navigue au risque de la folie afin de se vacciner, de s’immuniser contre le grand nihil planétaire ». Quelles sont ces voies d’espoir ?

Elles vivent d’abord dans la façon dont des artistes et performeurs réussissent aujourd’hui à retourner la réalité vérolée que nous imposent les pouvoirs ou la « bien pensance ». Je pense par exemple aux impostures des Yes Men, ou encore à des œuvres d’artistes vidéo peu connus comme Mounir Fatmi, qui, dans un film comme Dieu me pardonne, rejette les deux pestes de l’imaginaire que vous décrivez, à savoir la machine à décerveler occidentale et son pendant religieux tel qu’il se réveille du côté de l’Orient… Car, au-delà du rejet, se dessine là les contours d’une spiritualité, d’une intelligence nouvelle, enfin débarrassées des oukases du marché dévorant comme des institutions fatiguées. Autre chemin, que j’ai développé dans mon ouvrage sur l’histoire des musiques électroniques, Techno Rebelle : l’apparition d’une nouvelle éthique du détournement et du travail collectif, avec les démarches du logiciel libre et des licences de propriété intellectuelle comme Creative Commons ou Copyleft. J’y reviendrai dans un prochain livre. Ce ne sont pour l’instant que des démarches isolées, mais j’espère qu’elles vont maintenant se consolider les unes les autres. Elles ouvrent un autre champ de possibilités, qu’il nous appartient de saisir, à nous qui sauront nous débarrasser de notre peau de « consommateur » pour devenir ou redevenir de vrais amateurs au sens d’aimer. Toute l’œuvre de Philip K. Dick tourne autour de ça : pour résister à notre devenir machine, il n’y a que l’amour, l’empathie… y compris vis-à-vis de nos machines les plus inutiles, qui sont tout de même bien plus extraordinaires que nos trop rentables mécaniques, non ?

 


Ariel Kyrou, Paranofictions, Traité de savoir vivre pour une époque de science-fiction, Climats (2007). Ariel Kyrou est selon les moments professeur d’histoire critique des cultures actuelles, arts et nouvelles technologies, conseiller à la rédaction du mensuel Chronic’art ou directeur associé de l’entreprise qu’il a montée en 1987 avec Henry-Hubert Godfroy et qui lui a permis de créer dès 1995 quelques-uns des premiers sites Web culturels en France (notamment le Virgin Megaweb) : Moderne Multimédias. Outre Paranofictions, il a écrit notamment Techno Rebelle, Un siècle de musiques électroniques  (Denoël, 2002).

Émergence des valeurs féminines dans l’entreprise – Une révolution en marche

medium_valeursfeminines.jpgÉmergence des valeurs féminines dans l’entreprise
Une révolution en marche

Mike Burke & Pierre Sarda

Interview Catherine Fournier-Montgieux, CFM Conseil pour Nextmodernity

N’y a-t-il pas une provocation à parler de valeurs féminines dans le monde du travail ?
Mike Burke : Si une révolution dans les façons de gérer l’entreprise est une provocation pour certains, oui c’en est une !
Mais si on se tourne aujourd’hui vers les valeurs féminines c’est parce que les entreprises ont elles mêmes changées radicalement, structurellement et fonctionnellement. Le recul de l’économie industrielle (charbon,acier, textiles, ..) incarnée par les entreprises comme Le Creusot, Berliet, Boussac etc. et la montée inexorable de l ‘économie de services (informatique, télécommunications, tourisme) représentée par des entreprises comme Google, Amazon, E-Bay, etc… ont non seulement transformé les façons dont les entreprises vivent,agissent et gagnent leur vie mais aussi tend à  convertir les valeurs d’autrefois qui dominaient, en celles plus adaptées aux nouveaux environnements de travail. Produire des choses quantitativement requiert d’autres valeurs que celles qui géraient la satisfaction des individus-clients. C’est évident.

Quels sont, d’après vous,  les mythes ou malentendus associés aux valeurs féminines ?
Mike Burke : Les valeurs féminines ne sont pas l’antithèse des valeurs masculines mais simplement différentes. Cependant, puisque les valeurs masculines tendent vers le binaire (noir ou blanc; vrai ou faux) une opposition s’est créée, et comme les deuxièmes dominaient nos sociétés, les premières, dans ce système, étaient dépréciées. Les valeurs féminines étaient ainsi souvent dépréciées pour les mêmes raisons (balourdes) que les femmes elles-mêmes ; la  compassion critiquable devant la faiblesse ; l’incompétence par rapport aux conflits ; une sensibilité qui freine l’action ; la complexité opposé au simple. Penelope par rapport à Agamemnon !

L’entreprise en réseau conduit-t-elle à modifier nos systèmes de valeur ?
Mike Burke : L’entreprise en réseau est par définition hétérogène, composée d’unités à caractère disparates réunies par des objectivés différentes, partenaires mais indépendants. Cette union offre des
avantages de grande flexibilité, rapidité de réactions, des larges réservoirs de compétences pour mieux affronter des environnements professionnels imprévisibles, mais à grand potentiel de profit. Cependant les organisations qui composent le réseau n’ont souvent rien en commun, par métier où par culture, avec les autres partenaires sauf un projet qui les lient. Ainsi, donner des ordres aux autres qui ne sont même pas dans la même entreprise est moins constructif que des valeurs de persuasion ,séduction ou influence oblique, toutes plus féminines qu’un ordre hiérarchique, clairement
plus masculin. Dans un réseau, les valeurs psychologiques sont nettement plus efficaces que les valeurs de volonté têtue, intransigeance sur les règles et attitudes dominatrices.
Les valeurs féminines peuvent être décisives dans leurs  compétences face à  l’ambigu, aux  paradoxes, dans leurs manières à faire face à l’imprévisible. C’est clair.

Beaucoup de personnalités de premier plan, citées dans votre ouvrage,  témoignent de l’intégration de valeurs féminines dans leur mode de management quotidien ; est-ce que cela veut dire que les valeurs féminines sont finalement beaucoup mieux intégrées qu’on ne le pense ?
Mike Burke : Parmi les interviews que nous avons menés pour le livre, certains comme Antoine de Broglie, président du STAM (SCC Transinvest Asset Management) estiment que les valeurs féminines sont utiles seulement en doses homéopathiques ; d’autres, comme Maurice Lippens président du Groupe belge Fortis explique qu’il a basé en grande partie sa stratégie d’acquisition et intégration sur ces valeurs. Notre Ministre du Commerce Extérieur, Christine Lagarde  nous a confirmé qu’elle pensait que les nouveaux environnements de l’entreprise exigent, de plus en plus, une approche qui privilégie les valeurs féminines. Comme on peut le constater, le niveau d’intégration des valeurs féminines dépend largement  du métier que l’on exerce et du degré d’instabilité de l’environnement  professionnel ; plus celui-ci est mouvant,  plus on fait appel aux valeurs féminines.  Ma conclusion est que la résistance des valeurs masculines dans nos entreprises ne doit pas être sous-estimée, mais  pour les entreprises organisées en réseau, depuis quelques années dèja, on a dû appliquer, comme Monsieur Jourdain, les valeurs féminines, sans le  savoir, parce que c’était, empiriquement, ce qui marchait le mieux…

Pouvez-vous expliquer ce que, d’après vous, on entend par « Intelligence émotionnelle » et en quoi celle-ci se distingue des valeurs féminines ?
Mike Burke : L’intelligence émotionnelle comme toutes autres formes d’intelligence (intelligence mathématique, mécanique, linguistique etc.) est un talent  que posséde un individu, une donnée intrinsèque et spécifique à cette personne, une compétence singulière à réussir dans un domaine. On
l’a, ou on ne l’a pas.Si on l’a, on peut la développer comme un talent, mais si on ne  l’a pas, il n’y a rien à faire.
En revanche, les valeurs sont, en quelque sorte, des règles que la société nous apprend comme étant un comportement ou attitude convenable ou pas. En général, des valeurs représentent un consensus  adopté par une une majorité de la population et signifiant que « ceci est bien, ça ce n’est pas bien ». Les valeurs servent à  harmoniser les comportements. Sans  valeurs, une société n’existe pas car elle se trouve en état d’anarchie. Les valeurs féminines sont donc ce que notre société nous enseigne comme  étant un « comportement féminin  » parce que un consensus commun dans le passé pensait ainsi. Et comme les valeurs masculines étaient  dominantes, et depuis longtemps, les valeurs féminines étaient laissées en friche pour tout ce qui concerne les manettes du pouvoir et la gestion des entreprises.
Le problème des valeurs est que la société qui les créent évolue, se transforme par l’économie, la technologie, par l’innovation sociale et par le simple passage du temps. Le corollaire de ceci est évident, et le changement semble être en cours.

Ont notamment participé à cet ouvrage : Peter Brabeck-Letmathe, administrateur délégué de Nestlé S.A (Suisse), Etienne Davignon, ministre d’État, vice-président de Suez-Tractebel (Belgique), Maurice Lévy, président du directoire de Publicis Groupe (France), Maurice Lippens, président de Fortis (Belgique), Dominique Reiniche, présidente de Coca-Cola Enterprises – Groupe Europe -, Juan Antonio Samaranch Torelló, président du Comité international olympique (CIO), président honoraire de La Caixa (Espagne).  

Mike Burke
Cofondateur du Centre de Communication Avancée, le CCA, qui est, au sein du groupe Havas, la cellule de prospective et de stratégie. On compte notammen
t à son actif les premières analyses de « Styles de vie » en France et en Europe, ainsi que l’établissement de « FORSEEN », un observatoire axé sur l’évolution des tendances sociales et de leur influence sur le marketing, le management et la politique. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de management dont Les Styles de pouvoir, À chacun son style d’Entreprise, Valeurs féminines, le pouvoir demain…

Pierre Sarda
Pierre Sarda, consultant en France et à l’international, est spécialisé dans le conseil stratégique aux dirigeants d’entreprises. Il intervient notamment dans le montage de projets industriels internationaux qui font appel à différentes cultures d’entreprise. Dans ce cadre, il a accumulé une expérience des cultures d’industrie ainsi que de la sociologie et de la psychologie du management.

L’urgence de la métamorphose

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Laurence Baranski
Jacques Robin

Editions Des idées et des Hommes
Collection Convictions Croisées – 2007

A qui s’adresse votre livre en priorité ?
Nous avons voulu nous adresser au plus grand nombre de citoyens, à toutes celles et ceux que les dérives du monde actuel inquiètent, et qui se demandent de quelle façon nous pouvons agir pour redresser la barre, s’il en est encore temps.


Va-t-on devoir, pour changer les choses, renoncer comme vous le dites à l’économie de marché ?

L’économie de marché est devenue un poison mortel, l’arme par laquelle nous nous auto-détruisons. Orientée vers la recherche d’une Croissance exclusivement quantitative (mesurée par le PIB), elle développe le culte de l’argent-roi. Pour elle, seule compte la réalisation de profits financiers immédiats. Au nom de cet objectif – parfois déguisé en intentions louables – elle asservit toutes les autres activités humaines, politiques, sociales et culturelles. Au moins deux raisons vont nous obliger à y renoncer :
– la première raison est notre responsabilité écologique : plus la recherche de la croissance quantitative contamine les différents pays du monde, plus les transformations climatiques et les pollutions globales se multiplient et empoisonnent l’atmosphère. L’économie de marché est une incroyable et inacceptable pollueuse. Parce qu’elle s’inscrit dans une logique de court terme, elle est incompatible avec la logique du « développement écologique et humain durable » qui, elle, se situe sur le long terme.
– la deuxième raison relève de notre compréhension lucide de la trajectoire des sociétés humaines : nous proposons de décoder l’évolution de l’humain à l’aide de à la grille de lecture des trois ères. Pendant la première ère dite de la survie et de l’adaptation  (300 000 à 500 000 ans) l’Homo Sapiens apprend à s’adapter à un environnement souvent difficile. Puis s’ouvre l’ère de l’énergie, il y a environ 12 000 ans : nos ancêtres développent progressivement leurs capacités à maîtriser ce même environnement par la maîtrise des énergies (charbon, électricité, plus récemment nucléaire). L’économie de marché est née au cours de cette ère, à une époque où les biens et les richesses étaient difficilement reproductibles, et où leur possession et ce qu’on a nommé « le capital » ont structuré l’organisation sociale, à grand renfort de hiérarchies pyramidales. Or nous commençons à faire nos premiers pas dans l’ère de l’information. Nous vivons aujourd’hui à l’heure du numérique, des nano et des bio-technologies… Ce qu’il faut comprendre c’est que notre capacité à capter l’information, à l’utiliser, la computer, transforme radicalement nos possibilités de production des biens et des richesses, de leur diffusion, de leur redistribution. A l’aube de cette nouvelle ère, c’est donc tous nos systèmes d’économie et de gestion qu’il faut remettre à plat.


La pauvreté en France et dans les pays dit « développés » est-elle devenue un sujet tabou ?

Cette question reste liée à celle de l’incompatibilité entre la société de marché et l’ère de l’information. A titre d’exemple : ce que nous sommes capables de faire grâce à notre maîtrise de l’information, c’est créer des logiciels dits « libres », aussi performants que ceux produits et commercialisés par des multinationales puissantes cotées en bourse. La production et la diffusion de ces logiciels échappent totalement aux logiques marchandes. Ils se créent, se perfectionnent et se diffusent grâce à la mise en interactions d’intelligences individuelles d’informaticiens passionnés, grâce à l’émulation, dans une logique de réciprocité et de gratuité. Ces nouveaux modes de partage et d’intelligence collective pourraient, s’il y avait une véritable volonté politique, être étendus à de nombreux autres domaines, que ce soit la santé, l’éducation, la culture.  On entre là, et c’est à portée de nos mains, dans une société de la gratuité, du don, voire de l’abondance. Car il y a abondance d’intelligence dans nos sociétés. Il faut la réveiller, la laisser s’exprimer.
Or, que voyons-nous aujourd’hui ? L’économie de marché ne cesse de créer de la rareté. Elle nous pousse dans une course toujours insatisfaite au « toujours plus ». A l’échelle planétaire cela provoque les déséquilibres Nord/Sud que l’on sait. En Occident, en France, c’est la précarité et la pauvreté qui augmentent. Mais il n’est pas de bon ton, au sein de l’intelligentsia  politique, de mettre en avant ce type de discours et de vision. De fait, c’est toutes les structures actuelles du pouvoir qui se trouveraient ainsi mises en porte-à-faux, qui devraient être remises en question. Car la société de l’information est celle du réseau, de l’animation plus que de l’ordre, de la confiance plus que du contrôle. Tout le monde n’a pas envie de favoriser ces nouvelles dynamiques. Alors, on s’entête à préserver l’ancien système. Et on cache ou maquille la pauvreté plutôt que d’affronter les grandes transformations sociétales qui se profilent. Et nous-mêmes, les citoyens, nous nous laissons anesthésier. .

Mais que pourrait signifier le verbe « entreprendre » dans une économie de la gratuité ?
Il existe des mots pièges, des mots qui se chargent d’un sens ambigu. C’est selon nous le cas du mot entreprendre, tellement il s’est fondu dans l’économie de marché. Nous proposons de le revitaliser en lui donnant la définition suivante : « entreprendre, c’est mettre notre curiosité en action. » L’entreprise de demain, dans une économie de la gratuité telle que nous venons de l’évoquer, devient un système de régulation du pouvoir et des connaissances. Un système qui permet de tirer le meilleur de cette curiosité agissante, et de la créativité des humains. De nombreuses approches, aujourd’hui en phase de conceptualisation ou d’expérimentation, en signent les prémices : l’intelligence collective et sociale, l’organisation apprenante, les échanges réciproques de savoir, les scop en tant que tentative de démocratisation de la gouvernance entrepreneriale…
Mais ces approches ne peuvent pas se généraliser dans l’environnement ultra-compétitif d’aujourd’hui. Elles se heurtent à un mur. La transformation de l’entreprise ne pourra pas se faire sans une transformation radicale de nos systèmes économiques et de notre conception de la richesse. C’est là un grand chantier, à la fois politique, économique et anthropologique. Qu’est-ce qu’une entreprise dans une société qui se caractérise par une culture de l’émulation et de la coopération ? Que signifie « entreprendre » à l’heure où l’information est elle-même démultiplicatrice de richesses ? Comment utiliser ces richesses alors que de moins en moins de travail humain est nécessaire pour les produire et que nous allons disposer de plus en plus de temps libre ?  Que signifie « entreprendre » dans une société où le lien devient plus important que le bien, l’être que l’avoir ?
Tant que les questions ne seront pas posées en ces termes, notre capacité véritable d’entreprendre restera bloquée.

Pou
vez-vous donner quelques pistes pour réussir cette transformation ?

Nous sommes optimistes, et convaincus que nous parviendrons à développer un nouvel art de vivre ensemble sur cette Planète. De nombreux courants transformateurs allant dans ce sens sont déjà à l’œuvre. Mais transformer radicalement l’organisation des sociétés et des rapports humains au service d’un tel projet, d’une écologie politique et humaine, ne se fera pas simplement et facilement. La première étape de cette transformation est « la transition ». Elle doit être réaliste mais ne permettre aucun retour en arrière.
Concrètement, nous proposons au niveau économique – et ce n’est pas une utopie – de renoncer à l’économie de marché pour nous engager vers une économie plurielle mise au service de l’humain et non l’inverse. Cela passe prioritairement par l’intégration dans nos comptabilités nationales et locales d’indicateurs qualitatifs liées à la santé, l’éducation, l’environnement, la qualité de vie… ; cela nécessite parallèlement la création de monnaies de proximité ou de monnaies affectées à des activités spécifiques.
Cette « autre » économie peut s’appuyer dès maintenant sur les multiples expériences alternatives tentées partout sur le Globe (le micro-crédit, le commerce équitable, les monnaies locales…) et sur les nombreuses réflexions en cours (revenu citoyen minimum, revenus maximums, décroissance sélective, démocratie participative, réflexion sur ce qu’est « la richesse »…). Il faut creuser, relier, promouvoir ces pistes de renouveau, les dégager du piège de l’actuel fondamentalisme marchand qui les bloque, puis de leur donner les moyens de prendre leur « envol ».
D’un point de vue culturel, il s’agit de créer les conditions d’une culture du respect, de l’altérité, du brassage et du métissage en lieu et place de celle de la compétition : respect des humains les uns à l’égard des autres, à l’égard des autres cultures, de la nature, pour fonder une solidarité vivante entre les vivants. Etre meilleurs « avec » les autres, pas « contre ».
Enfin, nous avons à déployer de nouvelles formes de gouvernance, locales et planétaires.

Qu’entendez-vous par « métamorphose » ?
La définition que propose Edgar Morin -qui nous a fait l’amitié d’écrire la postface de notre ouvrage-  fait apparaître le caractère vivant de ce processus : « La métamorphose unit l’idée de conservation et celle de révolution. Effectivement il faut une révolution pour conserver (sauver) l’humanité, mais ce serait une révolution qui se révolutionnerait elle-même… ».
La métamorphose dans laquelle nous avons à nous engager concerne les différents domaines de la gestion des sociétés. Mais elle nous concerne avant tout nous, les humains. Nous avons à modifier nos manières de penser, à transformer le regard que nous portons sur nous-même et sur la vie, à nous réapproprier la question de la finalité de nos sociétés : que voulons-nous, individuellement et collectivement, pour notre vie ? Tout cela en développant la conscience que :
– nous sommes parties prenantes de l’aventure de l’univers  et de ses mille milliards de galaxies,
– nous sommes des êtres « de » et « dans » la nature et qu’il est suicidaire de tenter d’aller à l’encontre de cette réalité,
– notre raison, que nous pensons trop souvent infaillible, est très relative au regard du système complexe d’émotions, de sentiments et de souvenirs à partir duquel elle émerge,
– ce que nous appelons notre conscience est un territoire encore inconnu dont l’exploration, à partir d’approches qui devront être transdisciplinaires, nous promet certainement bien des surprises.
Nous devons intégrer ces différentes réalités avec lucidité et humilité. Cette métamorphose anthropologique est première. Elle engage notre responsabilité. Nous en saisir est le premier défi à relever.

Interview : Catherine Fournier Montgieux, Nextmodernity

Jacques Robin : Médecin, puis directeur général d’un groupe industriel, Jacques Robin a animé à partir de 1966 Le Groupe des Dix. En 1981, il a mis en place le CESTA (Centre d’Étude des Systèmes et des Technologies Avancées) puis a créé la revue Transversales Science Culture (http://www.grit-transversales.org/). Il est l’auteur de Changer d’ère, au Seuil en 1989.

Laurence Baranski : Consultante auprès de responsables d’entreprises et d’institutions, Laurence Baranski a initié en 2001 le projet Interactions Transformation Personnelle – Transformation Sociale (http://www.interactions-tpts.net/), au sein du réseau Transversales Science Culture. Elle a publié Le manager éclairé. Comment piloter le changement, aux Éditions d’Organisation en 2001 (http://www.slbconseil.com/)

Une brève histoire de l’avenir – Jacques Attali

Jacques Attali nous reçoit  ce lundi, pour un entretien autour de son dernier ouvrage : « une brève histoire de l’avenir » (éditions Fayard)

Merci encore à Luc Legay qui a filmé l’interview (retrouvez son blog ici)

Bio : Essayiste, Economiste , ancien conseiller spécial de François Mitterand, Jacques Attali a occupé de multiples responsabilités (voir ici)
il  préside aujourdhui PlanetFinance association internationale qu’il a crée en 1998 et qui est spécialisée dans le microcrédit.
Enfin Jacques Attali est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrage dont le dernier est donc une « brève histoire de l’avenir »

Le cinquième pouvoir. Comment Internet bouleverse la politique


Présentation de l’éditeur
Les Français auraient déserté la politique. La démocratie serait en crise. Les intellectuels n’auraient plus d’impact. Le cinquième pouvoir va à l’encontre de ces idées reçues. Grâce à internet, il devient possible de faire de la politique autrement. Après la révolte citoyenne lors du référendum européen de 2005, nos personnalités politiques l’ont compris. Sans son site Désirs d’avenir, Ségolène Royal n’aurait jamais emporté les primaires socialistes en novembre 2006. Internet a joué un rôle clé dans la campagne pour la présidentielle 2007. Et ce n’est qu’un début. Après les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire et médiatique, les citoyens fédérés grâce aux technologies de communication récentes forment un nouveau pouvoir : le cinquième pouvoir. Alors que les pessimistes se plaignent que rien ne change, ce sont les fondements de notre société eux-mêmes qui sont réinventés, à commencer par les règles qui régissent nos démocraties.

Dédicace et extraits de la présentation par l’auteur Thierry Crouzet

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Bio: Auteur du « peuple des connecteurs » Thierry Crouzet est Ingénieur de formation, journaliste, ancien rédacteur en chef et fondateur des magazines PC Direct et PC Expert, il à publié d’autres ouvrages chez MicrosoftPress puis chez First. Il est également éditeur de bonWeb.com, version électronique de son « Guide des meilleurs sites Web ».


Génération Participation

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 Thierry Maillet, M2 Editions, 2006

Denis Failly«Thierry Maillet, pourriez-vous nous dresser les contours clés de cette génération Participation (émergence, développement, devenir) ? »
 

Thierry Maillet –
« La Génération Participation est issue d’un double phénomène : un constat et un vecteur.medium_Thierry_maillet.jpg

1. Le constat est la prise en compte d’une lassitude à l’égard de la société de consommation elle-même nourrie par les phénomènes de saturation des marchés et de banalisation des produits. La société de consommation formatée depuis les années d’après-guerre et notre modèle de société apporte tout sauf l’essentiel, le bonheur comme le rappelait si bien The Economist dans son numéro double de fin d’année et justement titré : Happiness. Cet hebdomadaire, peu suspect de gauchisme énonce : « Capitalism can make a society rich and keep it free. Don’t ask it to make you happy as well ».Si le capitalisme ne peut rendre heureux alors tâchons d’y arriver par nous-même nous disent les membres de cette Génération Participation.

2. Les nouvelles technologies sont le vecteur de cette mobilisation en réseau qui viendrait conforter les hypothèses les plus rebelles des années 60/70 avec ce titre emblématique de Fred Turner, Professeur à Stanford, “From Counter-Culture to Cyber-Culture”.

3. Le développement de cette nouvelle Génération, qui est une classe  de valeurs et non pas une classe d’âge est d’autant plus important (et souhaitable) que son alternative est ce que J Attali intitule dans son dernier livre, Une brève histoire de l’avenir, l’hyperempire et que j’appelle la privatisation des flux d’information. Si ce vivre ensemble ne s’imposait pas grâce à cette heureuse combinaison des nouvelles technologies avec les attentes différenciées des populations des pays développés, la déconstruction pourrait se poursuivre et les prochains sur la liste, deviendraient les classes moyennes. Attention danger alors. »

    Denis Failly – « En terme d’impact sur les acteurs et les process du réel (citoyen, entreprises /marques, Politiques…), jusqu’où pensez-vous que cette génération peut influer ? »

    Thierry Maillet –«  La Génération Participation a vocation à prendre le pouvoir, comme sa prédécesseur de mai 68. Encore ne faudrait-il pas qu’une fois arrivée au pouvoir, son embourgeoisement ne la détourne de ses origines pour inventer un nouveau luxe par exemple.
    L’impact de cette nouvelle Génération sur la société est déjà sensible et ne fait que croître :

    • les nouvelles technologies ne sont déjà plus nouvelles mais font évidence :

    • Selon médiamétrie, 80% des 13-24 ans ont un ordinateur et 81% sont connectés à Internet. Ces générations sont également totalement à l’aise avec le téléphone portable. Plus on est jeune, plus on utilise tous les usages du mobile. Ainsi 75% des 12-24 ans, soit six sur dix, s’en servent pour prendre des photos contre un sur dix pour les plus de 40 ans». (in Zoom sur les Générations Internet/ http://www.liberation.fr/actualite/economie/227801.FR.php)

    • Les entreprises ont déjà commencé à adopter de nouvelles méthodes de travail :

      1. vis à vis de l’externe : la communication (Cadillac, Gillette), le marketing (Lego Factory, Danone, Liebig)

      2. vis à vis de l’interne : l’emploi des wikis va profondément modifier la structure des entreprises en continuant une démarche engagée avec l’introduction de l’informatique (A Toffler, Le Choc du Futur et A Touraine, La société post-industrielle) :

        1. Une récente étude de Forrester propose : Wikis Change The Meaning Of « Groupthink »

      http://www.forrester.com/Research/Document/Excerpt/0,7211,40964,00.html

    Je citerai dès lors volontiers Véronique Richebois qui dans son article des Echos, “La Génération Participation au pouvoir”, évoque une nouvelle classe dominante. http://www.lesechos.fr/info/metiers/4519069.htm

    « La limite de son influence réside dans le maintien des équilibres actuels. Si la paix et la prospérité restent assurées aux classes moyennes des pays développés, la Génération Participation prendra effectivement le pouvoir.
    A défaut et j’y reviens, un risque de délitement n’est pas impossible et la question sera de savoir si la Génération Participation a suffisamment conscience de sa dominance pour refuser cet éclatement des classes moyennes et la privatisation des flux.
    Un excellent exemple est l’éventualité d’une privatisation/nationalisation d’internet à laquelle il faut opposer l’intérêt général. »


    Denis Failly – « Si le Web 2.0 , est un terrain privilégié d’observation et d’action de cette Génération P il existe probablement un point de bascule où les comportements, les démarches, l’état d’esprit… impulsée sur la toile tels des « Mêmes » impactent sur la vie réelle tel une vie 2.0 en quelque sorte. »
     
    Thierry Maillet – « C’est une excellente question car le risque est réel d’une privatisation d’internet.
    Je vous cite Philippe Lemoine qui a eu la gentillesse de bien vouloir préfacer mon livre :

    Plusieurs pistes sont imaginables, en arrière plan de ce constat. Dans le livre Génération P, au moins trois sont ouvertes. La première est de s’intéresser à des démarches non-programmatrices, ouvertes aux autres, comme l’illustrerait la montée de la valeur féminine dans l’analyse d’Alain Touraine à laquelle se réfère l’auteur. La seconde piste est de se détourner définitivement d’une notion de finalité et de s’inscrire ainsi inexorablement dans les dangers de ce que Friedrich Nietzsche appelait la « volonté de puissance ». C’est ce qu’évoque le livre en mentionnant cette nouvelle science passerelle qu’est la mémétique, nouvelle façon d’imaginer le vivre ensemble de demain. Approche dont un brillant livre de Jean-Michel Truong avait montré que, conjuguée à l’intelligence artificielle, elle déboucherait sur une conception de l’avenir « totalement inhumaine ». La troisième piste esquissée dans Génération P consiste à imiter le comportement modeste dont les entreprises citoyennes s’inspireront de plus en plus et à se détourner de ces enjeux du futur trop globaux et trop angoissants, pour revenir cultiver son jardin secret. C’est un peu la leçon que nous propose sans doute Thierry Maillet ….”

    La question posée ici est de savoir écarter le risque évoquer par Jean-Michel Truong et que nous renvoie clairement Second Life aujourd’hui.
    Formidable expérience comme le propose Christophe Nonnenmacher sur l’excellent blog, europeus.org ( http://www.europeus.org/archive/2007/01/11/second-life-ou-la-vraie-rupture-tranquille.html) ou premier avatar d’une privatisation accrue d’un monde virtuel qui ne sera peut-être plus celui de tous les possibles mais seulement de tous les moyens en réintroduisant une notion oubliée et pourtant essentielle qui est le risque de fracture numérique.
    Pour être franc et si vous le voulez bien je réserve ma réponse à propos de Second Life. »

     
    Denis Failly – « Génération Participation, 5ème pouvoir, Connecteurs, Bionneers, Créatifs Culturels, etc ne sont ce pas les acteurs  d’une même réalité décrite selon des dimensions ou des saillances différentes avec en commun, et à minima effectivement le facteur P (Participation) ? »
     
    Thierry Maillet –
    Vous avez tout à fait raison et je vous remercie pour votre question qui m’incite à vous proposer une analyse peut-être osée dans le temps long et que je vous demanderais de bien vouloir contredire :

    1. Le Nouveau est apparu à la fin du XIX° siècle car come le précise l’historien François Caron dans Les deux révolutions industrielles du XX° siècle  : « les années 1880 – 1914 ont fondé le XX° siècle. L’ensemble du système technique a basculé vers un nouveau modèle d’organisation de la recherche et des entreprises …. Le dynamisme de l’industrie américaine entre 1870 et 1929 était le résultat de la multiplication et de la diversification des produits offerts au consommateur final.

    2. Le Moderne succède au Nouveau et je ne peux résister à citer un auteur qui vous est cher, Edgar Morin dans l’Esprit du Temps (1962, Grasset) :
      « La culture de masse, dès les années 1920 et 1930, a fonctionné comme agent d’accélération dans le dépérissement des valeurs traditionalistes et rigoristes, elle a désagrégé les formes de comportement héritées du passé en proposant de nouveaux idéaux, de nouveaux styles de vie fondés sur l’accomplissement intime, le divertissement, la consommation, l’amour. Au travers  des stars et de l’érotisme, des sports et de la presse féminine, des jeux et des variétés, la culture de masse a exalté la vie de loisir, le bonheur et le bien-être individuels, elle a promu une éthique ludique et consommative de la vie».


    3. La Technocratie a commencé après-guerre (James Burnham), L’ère des organisateurs (1947, Calmann-Lévy) et dont Alvin Toffler envisageait l’épuisement dès 1970 :
      “Le prospectiviste américain évoquait l’épuisement du modèle technocratique : (il) se cache l’idée que les ambitions nationales concernant l’avenir de la société doivent être formulées au sommet. Ce postulat technocratique reflète à merveille les vieilles formes d’organisation bureaucratique qui séparaient dirigeants et exécutants et répartissaient en deux groupes au sein d’une hiérarchie rigide et antidémocratique, gouvernants et gouvernés, administrateurs et administrés, planificateurs et victimes de la planification. Pourtant les objectifs réels d’une société en marche vers le super-individualisme, (…) sont déjà trop éphémères et trop liés pour qu’on puisse les isoler et les définir aisément. (…) Il nous faut affronter ce problème dans une perspective nouvelle et révolutionnaire ».


    4. L’Individualisme des années 80 serait peut-être aussi en voie d’épuisement comme je le suggère à travers l’idée d’un Hypermonde qui n’est peut-être rien d’autre qu’”une difficulté à penser demain autrement que comme un prolongement extrême et dramatique du monde actuel”. (p.105)

      “La situation postérieure à la guerre froide est celle des « temps hypermodernes »[1]. Cette période a ouvert la voie à l’hyper-puissance[2] américaine dénommée aussi hyper-empire par J Attali  et qui a consolidé un hyper-capitalisme[3], peuplé d’hyper-salariés[4] et qui est le théâtre d’une hyper-compétitivité[5]. L’individu hypermoderne[6]  de cette période devint un hyper-consommateur[7] sollicité par l’hyper-choix. Cet hyperactif soumis à une obligation d’hyper-contacts[8] est maintenant menacé par l’hyper-terrorisme[9] ou l’hyperconflit selon J Attali et qui pourrait causer rien de moins que la fin de l’Occident [sic]. Et quand Galliano passe dans l’hyper-Dior à l’occasion des collections Haute Couture Automne Hiver 2006-2007[10] , il est temps de se demander si nous ne serons pas tous « hyper quelque chose » prochainement”.

      [1]  Gilles Lipovetsky, Les Temps hyper-modernes, Paris, Grasset, 2004.
      [2]  Hubert Védrine, Face à l’hyperpuissance : textes et discours, 1995 – 2003, Fayard, Paris, 2003.
      [3]  André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?, op.cit.
      [4]  Jean-Pierre de La Roque et Sylvie Hattemer-Lefèvre « Les super-profits font les super-salariés », Challenges, 23 février 2006.
      [5]  Jean-François Rischard, op.cit.
      [6] Nicole Aubert, L’Individu hypermoderne, Paris, Éditions Érès, 2004.
      [7]  Gilles Lipovetsky Le Bonheur paradoxal, op.cit.
      [8] Marcel Rufo, Détache-moi, Paris, Anne Carrière, 2005.
      [9]  François Heisbourg, La fin de l’Occident, Paris, Odile Jacob, 2005.
      [10] « Galliano passe dans l’hyper-Dior », Libération, 6 juillet 2006. »

    5. La Génération Internet (la génération participation)
      ( p. 222) “La perspective nouvelle envisagée par Alvin Toffler en 1970 pourrait-elle être le cinquième pouvoir suggéré par Thierry Crouzet en 2006. « Le cinquième pouvoir, c’est nous, les citoyens fédérés par les nouvelles technologies. Nous sommes en train de réinventer la démocratie et je veux savoir ce qu’en pensent les politiciens. À leurs yeux, le cinquième pouvoir existe-t-il ? Va-t-il peser dans la vie politique ? N’est-il pas une chimère né dans la tête de quelques technophiles … ?[2] »

      [1] Alvin Toffler, Le Choc du futur, op.cit, p. 529.
      [2] http://blog.tcrouzet.com/2006/09/28/pourquoi-bayrou-est-il-venu/

    Denis Failly – «Quels sont où pourraient être les modèles (économiques pour les uns et sociétaux pour d’autres) qui émergent où pourraient émerger d’une part et lesquels vous semblent les plus viables à terme ? »

    Thierry Maillet – « Je crois que deux modèles de société s’affrontent actuellement :

    1. Le modèle de la maximisation des ressources disponibles et que d’aucuns appellent (ultra-libéralisme, modèle égoïsto-individualisme) et qui est représenté par les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et dans une moindre mesure l’Espagne.

    2. Le modèle de croissance intelligente et que d’aucuns appellent (social-démocratie) et qui est représenté par les trois pays scandinaves plus peut-être la Suisse.

    3. La France, l’Allemagne, l’Italie et dans la foulée le Bénélux hésitent, au même titre que la Corée du Sud et le Japon, sur le modèle à suivre.

    4. Parmi les pays développés, la Russie est attirée par le modèle américain, quand bien même elle s

    Les utopies posthumaines : Contre-culture, cyberculture, culture du chaos

    Quelques mots de l’auteur

    Denis Failly – « Rémi Sussan vous retracez les petites histoires qui façonnent l’alter histoire en quelque sorte, les acteurs et moments de cette contre – culture furent propice à l’expérimentation, l’innovation, la création, l’audace dans moult domaines (sciences, informatique, psychologie, communication…) qui impactent encore aujourd’hui, pouvez – vous nous donnez quelques pièces clés pour comprendre ce puzzle ? « 

    Rémi Sussan medium_sussanremi.jpg « Dans mon livre, j’essaie de décrire un courant culturel mal connu, « underground » qui s’est manifesté tout le long de la deuxième moitié du XXe siècle. L’idée de base propre à ce mouvement est que la technologie, notre environnement matériel, est capable d’agir profondément sur nos perceptions, notre compréhension du monde et même sur notre nature profonde, si tant est qu’elle existe.
    L’autre idée que je cherche à développer c’est qu’avec la multiplication des technologies et l’accélération de leurs découvertes, il devient impossible pour la société d’intégrer ces changements psychologiques vécus par chacun ; d’où l’apparition de phénomènes sociaux bizarres, incompréhensibles par les institutions en place : les « contre-cultures » dont LA contre-culture des années 60 est l’archétype.
    Tout monde connaît aujourd’hui les connexions historiques entre le mouvement des années 60 et la cyberculture de la fin du siècle : il s’agit cependant de se demander les raisons de cette filiation. Outre le rôle fondamental joué par des gens comme Steward Brand ou Timothy Leary, c’est bien l’idée d’une réorganisation de l’homme par la technologie qui est au cœur de cette histoire. Que ce soit le LSD, le rock n’roll, l’ordinateur, le réseau ou, demain, les implants cérébraux ou les manipulations génétiques, c’est ce projet de re-création qui anime ceux qui participent de ce courant culturel. »

    Denis Failly – « Cette contre culture trouve notamment ses origines dans les expériences psychédéliques et hallucinogènes de quelques fameux représentants dans leur domaine de recherche et de connaissance (Leary, Burrough, Mac Kenna…) le substrat serait-il dans la substance, les expériences interdites, inédites, on retrouve le thème du chaos, de la destruction créatrice (?) »

    Rémi Sussan « John Lilly, un chercheur des années 60 qui fit le lien entre les spécialistes de la cybernétique et les premiers expérimentateurs psychédéliques, avait écrit un livre au titre significatif : « programmation et métaprogrammation du bio -ordinateur humain », dans lequel il affirmait que le LSD était une substance « reprogrammante ».
    L’analogie avec l’ordinateur se trouve bien aux racines de l’histoire du psychédélisme, et pas seulement à la fin.
    Dans son « caisson d’isolation » John Lilly tentait déjà de « reprogrammer ses croyances ». La notion de « chaos » est toujours présente en contrepoint de celle de programme. Si, à l’instar de des hommes de la caverne de Platon, nous sommes limités dans notre intelligence et notre action par des « modèles » issus du langage et de notre culture matérielle, toute tentative de faire tomber ces modèles implique un retour, au moins provisoire, à un état de « chaos », dans lequel les différents postulats que nous considérons comme sûrs au sujet du monde sont suspendus. C’est pourquoi, le terme de « contre-culture » m’apparaît personnellement très intéressant : il ne s’agit pas d’être contre une culture donnée mais de relativiser toutes les cultures, de proposer une possibilité de sortie de la culture, vue comme un programme, un modèle particulier avec ses beautés mais aussi ses limites. Toute culture est fondamentalement une réalité virtuelle : une construction mentale basée sur un certain nombre de postulats. Il n’existe pas de « vérité vraie » car c’est le rôle du cerveau que de construire des modèles, des simulations ; mais du coup, le désordre de la pensée, l’aléatoire, le délire, la « destruction de toute pensée rationnelle » comme dirait Burroughs, devient la condition de la création, la racine du développement de nouveaux ordres, de nouveaux modèles. La déesse Eris, maîtresse du chaos, de la discorde de la confusion, devient du coup la patronne tutélaire de la moderne contre-culture.
    Ce qui peut paraître paradoxal, mais ne l’est pas du tout, c’est l’émergence d’un culte du désordre parmi ceux qui, justement, se consacrent avec un tel zèle à l’organisation d’informations, les tenants de la haute technologie. Mais pour élaborer de nouveaux ordres, on est obligé de considérer avec respect ce qui se trouve derrière les modèles eux-mêmes, ce qui conditionne leur existence et les transcende tous : le chaos lui-même. »


    Denis Failly – « Le Web 2.0 aujourd’hui dans la remise en cause de modèles existants ne puise t-il pas lointainement ses origines dans ces mouvements contre-culturels qui débutèrent dès les années 50 ? »

    Rémi Sussan« En fait le Web 2.0, pour ce que j’en comprend ;-), me semble plutôt un retour en arrière, mais dans le bon sens ! Si l’on reprend justement l’histoire de la contre-culture, on s’aperçoit que le but de ses expérimentateurs était justement de pouvoir recréer leur réalité (et donc eux même, puisque l’interface définit la personnalité), d’abord pour eux-mêmes, puis ensuite avec leur « tribu ». On commença par imaginer des communautés rurales, puis des cités spatiales comme le firent le Jefferson Starship ou Timothy Leary. C’est ce dernier qui remplacera ensuite l’idée des cités spatiales par celle des réalités virtuelles ou des îles au sein du réseau.
    L’âge d’or de la cyberculture, environ 1992, n’est pas celui du Web.
    C’est celui des forums, des services en ligne comme le Well. Le réseau est alors un gigante
    sque regroupement de communautés virtuelles.
    Le Web, dans sa première mouture, inverse le mouvement. Malgré la formidable avancée démocratique que représente la possibilité offerte à chacun de publier son contenu, le Web reste un moyen de communication unidirectionnel : il y a des sites qui publient des informations, auxquels se connectent des postes clients qui les consultent. Dans « Coercion », l’un des pionniers de la « cyberculture », Douglas Rushkoff, se montre d’ailleurs très méfiant vis à vis du Web.
    Avec toutes ses techniques collaboratives, le Web 2.0 est donc un retour au Réseau des premiers jours. Les gens discutent via des blogs, collaborent à la création de liens sur delicious, partagent photos et vidéos sur flicker ou you tube… Il devient même possible de boucler communautés virtuelles et vie réelle avec des systèmes comme meetup ou frappr. »

    Denis Failly – « Vous abordez dans votre livre deux notions qui peuvent susciter espoir et angoisse à la fois : transhumanisme et extropie, pouvez vous nous éclairer sur ces notions ? »

    Rémi Sussan« Le transhumanisme c’est tout simplement l’idée que la technologie donne à l’homme les moyens de s’affranchir de la plupart des limitations qui lui ont été imposées par l’évolution, la mort étant la première d’entre elles. A terme, on pourrait voir naître, au-delà du posthumain, les premières créatures postbiologiques : soit des intelligences artificielles succédant à leurs géniteurs humains, soit les hommes eux-mêmes, fusionnés avec la machine jusqu’à être méconnaissables.
    Les « extropiens » sont une branche des transhumanistes, historiquement la première sans doute à se revendiquer comme telle. Il n’existe pas de grandes différences entre extropie et transhumanisme, sinon peut-être que les extropiens se recrutaient essentiellement, du moins au début, dans les milieux ultra-libéraux et anarcho-capitalistes. Aujourd’hui, l’Extropy Institute n’existe plus, et l’aspect libertarien s’est fortement adouci avec le temps.
    En tout cas, il ne faut pas imaginer que les transhumanistes font l’apologie d’un monde basé sur l’idéologie de l’amélioration de la race, quelque part entre Gattacca ou Le Meilleur des mondes. Au contraire, ils sont passionnés par les désirs d’auto transformation et les multiples possibilités de l’adaptation humaine : certains sont proches des mouvements « queer » ou transsexuels, ou pour les droits des handicapés, par exemple. En tout cas, le choix individuel d’évolution personnelle est pour eux central par rapport à un rêve de société idéale. Il y a toujours un souffle libertaire dans le transhumanisme, que ce soit le « libertarianisme » anarcho-capitaliste ou au contraire un libertarisme beaucoup plus à gauche, soucieux des minorités. Jamais, en tout cas, l’idéologie d’une société bien huilée. Les idées transhumanistes sont anciennes, mais elles circulaient jusqu’ici de manière souterraine, d’où leur appartenance à certaines formes de « contre-culture ». C’est l’apport principal des transhumanistes que d’avoir « formaté » ces idées pour les rendre présentes sur le débat public, parfois aux dépens d’une certaine souplesse d’esprit et de créativité.
    Il faut comprendre que le transhumanisme est un mouvement spécifique, avec son histoire, ses codes, son évolution propre ; dans ce cadre, se développent des idées qui peuvent enthousiasmer, faire sourire, irriter, apeurer…
    Mais il ne faut pas confondre tel ou tel groupement avec des lames de fond qui affectent la société dans son entier. Les idées défendues par le mouvement transhumaniste sont bien plus répandues, et comme je le disais plus anciennes, que le mouvement lui-même.
    Aujourd’hui, l’idée de vaincre la mort, par exemple, est la conséquence directe de ce qu’on sait sur la place de l’homme dans l’univers : on ne croit plus gère aux mythes religieux sur une survie de l’âme. Et on se doute bien que le vieillissement et la mort pourraient bien n’être que des problèmes d’ingénierie, même s’ils sont extraordinairement compliqués. Pareil pour le voyage spatial : aujourd’hui, des milliers de gosses nourris au lait de la science fiction regardent les étoiles, et se disent « un jour j’irai là-bas ». Pas la peine d’avoir lu la littérature transhumaniste pour cela. Quant à la modification de soi, non seulement sa possibilité est rendue implicite par notre environnement technologique, mais en plus il s’agit d’un désir profond ancré dans l’homme, ce qui fait du transhumanisme une part de la nature humaine !
    Donc, quand quelqu’un comme Stephen Hawking affirme que l’homme devra se modifier pour survivre à la concurrence des machines ou que la survie de l’homme est dans l’espace, il ne rejoint pas pour autant le mouvement transhumaniste : sans doute n’en a-t-il même jamais entendu parler ! Il tire simplement les conséquences de notre place dans le cosmos, telle que nous la comprenons. Beaucoup de critiques du transhumanisme manquent leur cible en attaquant le « mouvement » (dépourvu sur bien des points de maturité et qui constitue donc une cible facile) en traitant le problème comme s’il s’agissait d’un débat idéologique classique, susceptible d’être réduit aux catégories actuelles de la pensée politique : par exemple « le transhumanisme est une conséquence de la pensée libérale » ou « c’est la réactivation moderne d’une idée religieuse », « c’est une mentalité californienne », etc., mais ils manquent les questions réelles, celles qui concernent la « lame de fond » : à quoi ressemblera l’humanité dans 50, 100, 1000 ans ? On aura, à cette époque, oublié le libéralisme, et probablement la Californie. Mais quid des vraies interrogations ? Peut-on réellement croire que l’homme ne se transformera jamais, alors même que la technologie nous en offre la possibilité ? Croire qu’il suffira de quelques interdictions et d’une morale, religieuse ou laïque pour remettre le diable dans la boîte est de loin, la plus utopiste des réponses. Maintenant, il existe de nombreux futurs très négatifs, et il est nécessaire de leur faire face, pour trouver des solutions. Cela impliquera, de toutes façons, d’énormes changements. Mais s’imaginer que les choses bougeront à peine au cours des prochaines décennies revient vraiment à se mettre la tête dans le sable, à mon avis »

    Denis Failly – « Transhumanisme et extropie ne sont-ils pas quelque part une réactualisation de cette structure anthropologique de l’imaginaire (utopie pour certain) qu’est le mythe prométhéen de la quête infinie du progrès et du bonheur certain que sont censées nous apporter les sciences (nano, neuro, bio…) les technologies …? »

    Rémi Sussan – « Bon nombre d’adeptes du mouvement transhumanistes vous répondront qu’ils se situent dans la tradition des Lumières, et qu’ils considèrent le progrès comme quelque chose de très sérieux, et blâmeront la pensée « post moderne » pour avoir introduit un doute sur la valeur de la rationalité et de la pensée occidentale. D’un autre côté, un observateur extérieur ne peut s’empêcher de remarquer les éléments mythiques de la pensée transhumaniste ; quelqu’un comme Erik Davis a magnifiquement écrit dessus par exemple.
    En ce qui me
    concerne, je ne nie certainement pas la structure religieuse ou mythique de ce genre d’idée, mais je tends à inverser la question : et si les mythes de l’ancien temps, ceux d’Icare, ceux de Gilgamesh, ceux de la Jérusalem céleste n’étaient au contraire que des brouillons, des approximations, des manières primitives d’exprimer des tendances, des désirs susceptibles de se réaliser par la suite via la technologie ? Icare est un mythe, mais ce caractère mythique n’empêche pas, aujourd’hui, aux avions d’exister bel et bien. »

    Denis Failly – « merci Rémi »

    Sa page perso

    Bio : Rémi Sussan est journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies. Il s’intéresse notamment aux retombées sociologiques de l’usage des techniques, ainsi qu’aux mouvements parallèles et alternatifs qui en découlent. Rémi Sussa écrit pour de nombreux journaux et magazines, dont Internet ActuTechnikart, PC Magazine, Computer Arts, Science et vie High Tech, etc.Il est auteur aussi pour Internet Actu

    Ce que intelligence économique veut dire

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    Damien Bruté de Rémur, Editions d’Organisation, 2006

    Quelques mots de l’auteur

    Denis Failly – « Afin d’éviter les amalgames et autres idées reçues pourriez – vous nous dire Damien Bruté de Rémur ce que n’est pas l’Intelligence économique d’une part et que recouvre t-elle (centre et périphèrie du domaine) » ?

    Damien Bruté de Rémur medium_damienrutederemur.jpg« Ce qu’elle n’est pas est plus facile à dire : ça n’est pas la transposition à l’entreprise, ou à l’économie en général, des activités de « renseignement » (intelligence) telles qu’on les connaît dans les domaines militaire et policier. L’erreur vient en général du fait que nombre de spécialistes de la discipline viennent effectivement de ce cercle et que parmi ceux ci (généralement compétents), nombreux sont ceux qui restent de purs spécialistes du renseignement, voire de la déstabilisation informationnelle. Une récente affaire illustre ceci. C’est pourquoi les questions de déontologie sont primordiales.
    Pour dire maintenant ce que recouvre aujourd’hui l’IE, la question est plus délicate puisque la discipline est en émergence et ses contours restent encore à préciser. Au centre nous avons l’idée qu’il faut maintenant porter notre regard, non seulement sur les objets à gérer (technologie, stratégie, finance…) avec l’aide de l’information les concernant ; mais de plus en plus sur l’information elle même comme lieu de la création de valeur. Dès lors on comprend que viennent au centre les activités de collecte (renseignement notamment), et de travail sur l’information elle même : il ne s’agit plus de la stocker en tentant de la rendre disponible en cas de besoin ; mais de la partager, de mettre en lumière les relations (analyse) qui produiront les réponses aux questionnements, ciblés ou non, des décideurs et de l’ensemble des acteurs. Les nouveaux outils technologiques sur l’information rendent possible à faible coût toute une activité qui en fait une véritable énergie pour l’entreprise et la matière première de ses projets. En périphérie, mais essentielles, nous avons bien sur toutes les démarches d’influence et contre influence, de veille et de protection de l’information technologique et stratégique. Reste le concept de patriotisme économique difficile, voire impossible à définir en contexte de mondialisation : exemple : le groupe Total est il français (siège social), européen (plus pertinent compte tenu de la taille du marché…) ou mondial…. ? A l’évidence les trois à la fois !
    « 

    Denis Failly – « Dans un monde multiple, incertain et flou pourriez vous nous dire ce que l’Intelligence économique « peut dire » aux décideurs aujourd’hui, en un mot pour les béotiens, que peut apporter concrètement l’IE »

    Damien Bruté de Rémur – « De nombreux exemples, qui fonctionnent bien, d’entreprises ayant mis l’information au centre de leurs préoccupations de management et de gouvernance sont là pour montrer que nous changeons réellement de paradigme dans les sciences sociales, principalement économie et gestion. Ces entreprises voient leurs performances fortement accrues et leurs positions concurrentielles en nette amélioration.
    Plus le monde est flou et incertain ; plus il est donc risqué, plus, paradoxalement, il recèle d’opportunités positives : c’est le vieux principe de la médaille et de son revers. Pour limiter les risques, au lieu d’adopter une attitude malthusienne de limitation, il faut au contraire ouvrir davantage : dans la multiplicité des situations, des environnements et au milieu des turbulences, il y a aussi une croissance des opportunités de progrès. Les situations et les évènements sont de plus en plus liés et interdépendants et les enchaînements sont de plus en plus rapides. Pour saisir ces opportunités et « tirer son épingle du jeu » à chaque fois, il faut inventer et mettre en œuvre de nouvelles méthodes et surtout de nouveaux comportements : c’est tout le but de l’Intelligence Economique que de forger ces méthodes et de définir ces comportements. Il s’agit beaucoup moins d’outils rigides que de méthodes qui permettent une adaptation au cas par cas : l’IE est un domaine où n’existe que le « sur mesure ». On dit aussi souvent que c’est davantage une culture qu’une discipline à proprement parler.
    Les méthodes créatives et leurs « raccourcis logiques », qui existent et fonctionnent déjà depuis un bon demi siècle, comme les progrès de l’heuristique, ouvrent des perspectives très prometteuses.
    Une propriété remarquable des systèmes complexes (entreprises, territoires…) que nous voyons évoluer avec l’œil de l’IE est aussi une capacité certaine à s’auto équilibrer par eux mêmes à travers des mécanismes naturels de compensation. En s’appuyant sur ces potentialités on peut en tirer des principes de management très performants.
    Au fond, pour résumer, on peut dire que l’IE va donner une réelle capacité d’adaptation et permettre d’acquérir la « longueur d’avance » qui est nécessaire à l’entreprise pour sa survie et son développement. »

    Denis Failly – Puisque nous sommes dans les fondamentaux, et la confusion étant souvent faite, rappelez nous brièvement la différence et la logique d’intégration voire de rétro-action entre :Données – Information – Connaissance ?

    Damien Bruté de Rémur – « La donnée est le résultat de l’application d’une mesure (via un outil et une échelle) sur un événement, une situation : l’exemple le plus clair est celui du thermomètre : on a un chiffre correspondant à un état de température. En lui même ce chiffre est objectif et neutre. Il faut avoir une échelle de mesure standard et un outil en bon état et performant.
    L’information est l’interprétation de cette donnée : il fait chaud ou froid ou tiède. Cette interprétation est le fait d’une personne. Celle ci va apprécier le chiffre en fonction d’elle même (frileuse ou non…) du contexte comme la saison ou la région (15° Celsius en hiver et en France c’est chaud, en été c’est frais, 0° au Groenland c’est chaud, etc. …) , de l’activité projetée (sortir ou pas) de l’état de santé de la personne etc. Notons au passage que l’information est en général suivie d’une action.
    La connaissance est le résultat de l’accumulation dans le temps des expériences apprises ou acquises (processus d’apprentissage individuel ou collectif) qui permet à la personne ou au groupe de se comporter en s’adaptant au contexte et en décidant de manière « écl
    airée » au fur et à mesure de la lecture des données : c’est un processus continu et cumulatif. La connaissance, combinée aux caractéristiques de la personne ou du groupe, conduit à une évolution constante des capacités de lecture et d’interprétation et, par là, à l’action qui nourrit elle même le processus d’apprentissage : c’est une boucle récursive.
    C’est pourquoi, dans ce cycle d’actions (résultant d’une information dans un contexte de connaissance), chaque action produisant à son tour de l’information, les enchaînements sont infinis et infiniment variables (actions, réactions, rétro-actions….), produisant de la variété à l’infini. C’est le domaine de la complexité au sens où chaque état d’un système, chaque événement le concernant provoquant des situations et des contextes nouveaux, la réalité n’est en aucun cas réductible à une expression simple du type « cause à effet ». Il faut donc dépasser les approches positivistes et linéaires. C’est le développement du « post modernisme » avec l’émergence du « holisme » (seule la totalité a du sens). Au fur et à mesure que se construit la connaissance d’une personne ou d’un groupe, dans le mécanisme d’apprentissage, la lecture des données devient de plus en plus riche et par suite l’information et ainsi de suite….
    L’art (ou pourrait dire l’intelligence !) du management que j’aime à appeler « management PAR l’information et non plus management DE l’information, consiste, non pas à optimiser (ce serait un retour au paradigme positiviste) mais à rechercher toujours de meilleures conditions au fonctionnement de ce cycle récursif de l’information. »

    Denis Failly – « Au vu de la dimension multiple, transversale, d’interdépendance des objets auxquels peut s’intéresser l’IE, ne pensez- vous pas que le terme économique est partial et partiel puisqu’il ne reflète pas par exemple les aspects sociaux, sociétaux…du domaine , après tout ce sont les hommes qui font l’IE et non pas des agrégats économiques.« 

    Damien Bruté de Rémur – « Je préfère en effet l’expression « Intelligence Informationnelle ». Robert GUILLAUMOT, le père de l’IE en France (fondateur de l’académie du même nom), homme d’entreprise, avoue facilement lui même qu’il est plus approprié. Les questions économiques étant extrêmement prégnantes et sensibles aujourd’hui, cela explique le succès de l’appellation actuelle. Gardons là mais gardons nous d’une vision étroite !
    Je pense aussi que le développement de ces nouvelles approches passe par une remise au centre de l’humain effectivement. L’information prend de la valeur par le partage et la notion de « bien être » peut retrouver du crédit dans un système où la motivation des acteurs individuels, leurs comportements (par exemple sur la question de la sécurité de l’information, devenue primordiale), sont de plus en plus la condition du bon fonctionnement de l’entreprise. Le développement de l’IE doit conduire à un profond bouleversement social et sociétal.
    Les travaux et les expérimentations commencent à peine à ce sujet. Si l’IE est une notion à connotation culturelle, cela veut dire que ses progrès dans les organisations vont être lents. Il est aisé de comprendre que, si nous sommes effectivement à un tournant significatif de la pensée en sciences sociales, cela ne peut être que progressif pour éviter les « dérapages » ! Les résistances sont d’ailleurs nombreuses dans un contexte où le conservatisme domine souvent notamment dans les institutions et par les statuts. C’est pourquoi la pensée avance plus rapidement dans les pays anglo-saxons ; mais, une fois de plus, le contexte culturel est essentiel, et nous devons « inventer » peu à peu l’Intelligence Economique « à la française ».
    Il est clair de toute façon que la révolution de l’information par les TIC est à son commencement. Nous n’avons qu’à voir comment et à quelle vitesse se répandent les technologies de la communication pour comprendre que toute la société dans son ensemble est concernée. Le travail à distance, les vitesses de connexion, les questions de propriété intellectuelle, les arts et les spectacles, les voyages, le « e-business »…. C’est l’ensemble des relations humaines qui va être touché. »

    Denis Failly – « Peut –on parler de plusieurs écoles ou disons divers pôles de pensée de l’IE, en effet je suis frappé du caractère disons orthodoxe, voire colbertiste d’une frange des auteurs de l’IE qui, de rapports en ouvrages sont semblent t-ils assez nombreux à être issus du sérail politico-militaro-Etatique, et un pôle disons plus ancré sur le paradigme de la complexité, du constructivisme (Morin, Le Moigne , Watzalavick…) que vous abordez vous-même dans votre ouvrage, bref une typologie de l’IE se dégage t-elle ? »

    Damien Bruté de Rémur – « On voit clairement en effet la séparation entre les aspects externes qui concernent le champ de la « guerre de l’information » et les aspects internes, mode de gouvernance ou de management. Les premiers concernent les stratégies concurrentielles et les politiques de compétitivité. Les seconds concernent le champ de l’organisation et de management des hommes.
    Pourtant je dois dire que pour moi c’est la même problématique au fond. Les différences résultent probablement des différences de cadrage. La « systémique » nous fait regarder l’entreprise comme un système, c’est à dire comme un ensemble d’éléments réunis par une téléologie, autrement dit orientés vers une finalité. L’analyse modulaire de cet, ou de ces ensembles nous permet de faire varier le cadre du plus petit (échelon individuel à la limite) au plus grand (échelon mondial). Sans nier les spécificités propres à chacun des cadres, la prise en considération de l’information en elle même, au delà de l’objet sur lequel elle porte, rend cohérente et homogène la chaîne complète des systèmes qui s’emboîtent comme dans une poupée russe. Le tracé du cadre fixe le champ auquel on va attribuer la finalité qui donne cohérence à la totalité du système étudié. Les boucles récursives « donnée-information-connaissance » se déclinent à travers toute l’organisation en fonction des cadrages opérés.
    Par contre l’étude des aspects particuliers suppose, pour être performante, un cadre restreint et nous voyons effectivement s’opérer des spécialisations relatives dans le domaine. Ce mouvement est classique dans les disciplines émergentes. Si on se souvient du marketing par exemple, auquel personne ne croyait au début (années 60), on voit aujourd’hui cette discipline reine de la gestion éclatée en de multiples facettes toutes aussi passionnantes et autonomes.
    Aujourd’hui j’identifie deux « courants » clairs qui sont effectivement ceux que vous dites : externe d’un côté et interne de l’autre. Et tous les auteurs sérieux sont d’accord avec moi la dessus. »

    Denis Failly – « Comment l’IE intègre t-elle les nouveaux usages d’internet et du Web2.0 qui modifie la donne dans la recherche et la génération de connaissances qui sont par exemple auto produites elles -mêmes par les internautes et diffusées via le net ? »

    Damien Bruté de Rémur – « Une des difficultés qui arrive de manière très rapide est celle de la qualification des sources ! Par contre, la croissance exponentielle du volume d’informations disponibles n’est pas un problème à mon avis : il ne faut surtout pas chercher l’ex
    haustivité et c’est maintenant d’ailleurs impossible … ! C’est la qualité de l’information qui compte, qualité qui s’entend à la fois de sa source et de sa valeur au regard des besoins de l’entreprise. L’essentiel est de « creuser l’ignorance » ! Un chef d’entreprise à qui je disais que ce qui m’intéresse c’est « ce que je ne sais pas » (et non pas ce que je connais déjà…), me rétorquait que lui s’intéresse à ce que « il ne sait pas qu’il l’ignore ». Si vous réfléchissez à cette phrase apparemment de non sens, vous avez le fond du « management PAR l’information » !
    Il reste évidemment tous les aspects classiques en IE qui sont notamment les fonctions de veille et de gestion des flux informationnels. Pour cela, encore une fois c’est la source qui est importante et la traçabilité des flux informationnels est un aspect incontournable des progrès en la matière dans les prochaines années. On parle d’ailleurs de plus en plus des perspectives de certification à partir de normes spécifiques à l’IE. On peut aussi facilement parler de l’information comme de l’eau et des propositions de recherche en ce sens sont en cours d’études : sources, réservoirs, traitements, canaux, distribution, usages…. Reste le prix : sans doute la plus grande question théorique qui devrait conduire à revisiter de fond en comble toute la théorie économique.
    Les développements des usages du web vont aussi conduire sans doute au développement de l’usage de l’information comme arme stratégique et tactique, en même temps que cela fragilise les entreprises en assurant une plus grande transparence du marché. Les cartes sont donc en cours de redistribution. La « pro-activité » (mieux que la « réactivité » !) des entreprises est essentielle ici ! Les activités de prospective sont aussi en pleine mutation étant donnée la multiplication des scénarii possibles ou plausibles dans le cadre du foisonnement mondial.
    Plus se développent les TIC plus l’IE devient à la fois performante et indispensable ! C’est évidemment vrai du web. »

     

    Denis Failly – « Damien Bruté de Rémur je vous remercie« 

    Vidéocasts d’auteurs 2/2

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    Eunika Mercer Laurent
    Knowledge Economics,
    3 tomes
    , Tartu University Press – 2005

    Jean Michek Penalva
    Intelligence collective – Rencontres 2006
    Mines paris, Les Presses – 2006

    Bernard Buisson, co écrit avec Jean Yves Prax, Philippe Silberzahn
    Objectif Innovation…
    Dunod – 2006

    Stephen Boucher, Martine Royo
    Think tanks, les cerveaux de la guerre des idées
    Editions du Félin – 2006

    La grande mutation des marques high tech, pour une nouvelle posture marketing

     medium_mutationmarquehightech.jpg

     François Laurent, Village Mondial, 2005

     Quelques mots de l’auteur

     

     

    Denis Failly – « François Laurent, le Marketing est en crise et le sous titre de votre livre « la mutation des marques high tech » est « Pour une nouvelle posture marketing » vous gérer aussi un blog dont le nom est plus que signifiant : marketingisdead.com, quel est donc dans un premier temps votre diagnostique de la situation ? »


    François Laurent
    medium_Laurent_Golf.jpgNous basculons d’une civilisation taillée aux mesures des marketers et des publicitaires à une autre où les consommateurs sont en train de s’emparer du pouvoir. Une petite décennie aura suffit ! La Nouvelle Économie apportait l’espoir d’un monde meilleur à un monde occidental souffrant de crises récurrentes, notamment incarnées en France par le spectre de taux de chômage à deux chiffres : c’était l’illusion du Village Planétaire. Gourous de la Nouvelle Économie, Les Bobos dénoncent alors les valeurs obsolètes d’une Société de Consommation moribonde, retrouvant des ac-cents post soixante-huitards assez surprenants dans la bouche de ces nouveaux leaders économiques !
    Et quand s’effondre la Nouvelle Économie, ne restent que des citoyens déboussolés – après avoir été éblouis par tant de promesses non tenues. Des consommateurs désabusés qui ne croient plus vraiment aux modèles traditionnels de consommation.
    Mais surtout des consommateurs pour qui le marketing n’a plus de secrets et qui utilisent avec aisance Web et nouvelles technologies tant pour se distraire et s’informer que faire pression sur les prix… tout en se méfiant de plus en plus des marques.
    Un empowered consumer est né, qui glisse soudain entre les doigts des marketers. Un empowered consumer en train d’inventer un nouveau monde : à nous d’inventer un nouveau marketing qui va avec !

    Denis Failly – « Appelez – vous à une revisite quasi épistémologique des fondements du marketing, héritage d’un corpus de thèorie et de pratique quasiment demi séculaire ou s’agit t-il pour vous d’un aggiornamento de circonstance ? »

    François Laurent – Le marketing est né de, et avec, la société de consommation. Aujourd’hui, c’est avec elle qu’il s’effondre ! Quand j’intitule mon blog Marketingisdead, il ne s’agit pas d’une posture esthétique – un coup de pub – mais plutôt d’un avertissement !
    Le marketing court à sa perte s’il ne prend pas la mesure de la société qui est en train de naître sur les cendres de la société de consommation : à quoi vous sert l’élaborer patiemment des contenus d’image sophistiqués mais purement virtuels quand vos clients souhaitent plus simplement des produits honnêtes, efficaces…
    Le marketing doit avant tout se montrer capable aujourd’hui de replacer l’individu au cœur de la démarche ; de le saisir dans la globalité de son quotidien. C’est cette approche nouvelle que j’ai appelée Consumer In-sight.
    Aujourd’hui, tout interagit sur tout : le nomadisme des jeunes influe tant sur leur modes de locomotion que d’alimentation ou d’habillement ; dans le budget de la ménagère, le téléphone portable apparaît aussi prioritaire que la nourriture. Et comme son budget n’est pas extensible, ses arbi-trages se révéleront souvent « sauvages ».
    Le Consumer Insight, c’est tout simplement arrêter d’observer les gens par le petit bout de la lorgnette, comme consommateurs, ou pire : shop-pers, conducteurs, etc. La vie réelle offre plus d’épaisseur !

    Denis Failly – « Parlons des marques (high tech notamment) maintenant, à quelles types de mutations sont –elles appelées dans des contextes de marché, de comportements, … de plus en plus complexe, flous et incertains ? »

    François Laurent – A l’origine, la marque ne constituait que la signature d’un produit, d’un fabricant ; les premiers théoriciens publicitaires – Dichter, Joannis – ont enseigné comment s’appuyer sur les motivations pour en enrichir l’image et amener les consommateurs à la préférer à ses concurrentes : acquérir une Peugeot, c’est choisir la robustesse, une Austin, la maniabilité.
    C’est partir des années soixante que se constata la lente dérive de la marque garante de qualité vers la marque prestige : je n’achète plus une BMW parce que plus fiable, plus puissante, mais parce synonyme de distinction – dérive dénoncée par un sociologue comme Baudrillard.
    Séguéla évoquait alors « la nécessité pour toute campagne de faire de son produit une star » : la valeur ajoutée des marques ne reposait plus sur leurs valeurs tangibles mais sur leurs attributs immatériels.
    Le problème aujourd’hui, c’est que les consommateurs ont bien compris qu’à caractéristiques techniques égales, toutes les marques se valent peu ou prou – « tout sort des mêmes usines en Chine » – et qu’ils refusent de plus en plus de payer quelque prime que ce soit au seul prestige.
    Par contre, ils se révèlent inversement de plus en plus déterminés à boycotter une marque à la déontologie douteuse – après Nike, la presse an-glaise dénonçait encore les conditions scandaleuses dans lesquelles les produits Apple sont fabriqués en Chine.
    Aujourd’hui, une marque se doit d’être citoyenne – éthique, adepte du développement durable – et de ne se valoriser qu’au travers d’une offre claire et fiable… sans ajouts inutiles ! Bref, d’en revenir aux fondamentaux même de la notion de marque.

    Denis Failly – « Pour vous lire sur la toile, je sais que vous êtes un observateur attentif du Web dit 2.0, comment voyez – vous ce magma bouillonnant entre réthorique, vision, réalité pratique et opérationnelle ?

    François Laurent – Je vous livre ma définition personnelle : Web 2.0, c’est le nouveau Web tel que le créent aujourd’hui les citoyens au travers de leurs pra-tiques quotidiennes. Bien sûr, Web 2.0 ne serait rien sans Ajax et autres flux RSS ; mais Web 2.0 ne serait rien non plus avec seulement Ajax, etc.
    Dans tout cela, la théorie ne m’intéresse que très peu… et je dirais même que les gourous m’agacent ! Ce qui me passionne, c’est la vigueur avec laquelle des millions de gens anonymes de par le monde, se saisissent aujourd’hui d’Internet pour construire une nouvelle civilisation – n’ayons pas peur des mots ! Juste un exemple : la musique.
    La musique, hier c’était des majors qui boostaient quelques artistes au travers de vastes opérations de promotion – et la chasse aux sorcières des pirates du P2P ; aujourd