Génération Participation

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 Thierry Maillet, M2 Editions, 2006

Denis Failly«Thierry Maillet, pourriez-vous nous dresser les contours clés de cette génération Participation (émergence, développement, devenir) ? »
 

Thierry Maillet –
« La Génération Participation est issue d’un double phénomène : un constat et un vecteur.medium_Thierry_maillet.jpg

1. Le constat est la prise en compte d’une lassitude à l’égard de la société de consommation elle-même nourrie par les phénomènes de saturation des marchés et de banalisation des produits. La société de consommation formatée depuis les années d’après-guerre et notre modèle de société apporte tout sauf l’essentiel, le bonheur comme le rappelait si bien The Economist dans son numéro double de fin d’année et justement titré : Happiness. Cet hebdomadaire, peu suspect de gauchisme énonce : « Capitalism can make a society rich and keep it free. Don’t ask it to make you happy as well ».Si le capitalisme ne peut rendre heureux alors tâchons d’y arriver par nous-même nous disent les membres de cette Génération Participation.

2. Les nouvelles technologies sont le vecteur de cette mobilisation en réseau qui viendrait conforter les hypothèses les plus rebelles des années 60/70 avec ce titre emblématique de Fred Turner, Professeur à Stanford, “From Counter-Culture to Cyber-Culture”.

3. Le développement de cette nouvelle Génération, qui est une classe  de valeurs et non pas une classe d’âge est d’autant plus important (et souhaitable) que son alternative est ce que J Attali intitule dans son dernier livre, Une brève histoire de l’avenir, l’hyperempire et que j’appelle la privatisation des flux d’information. Si ce vivre ensemble ne s’imposait pas grâce à cette heureuse combinaison des nouvelles technologies avec les attentes différenciées des populations des pays développés, la déconstruction pourrait se poursuivre et les prochains sur la liste, deviendraient les classes moyennes. Attention danger alors. »

    Denis Failly – « En terme d’impact sur les acteurs et les process du réel (citoyen, entreprises /marques, Politiques…), jusqu’où pensez-vous que cette génération peut influer ? »

    Thierry Maillet –«  La Génération Participation a vocation à prendre le pouvoir, comme sa prédécesseur de mai 68. Encore ne faudrait-il pas qu’une fois arrivée au pouvoir, son embourgeoisement ne la détourne de ses origines pour inventer un nouveau luxe par exemple.
    L’impact de cette nouvelle Génération sur la société est déjà sensible et ne fait que croître :

    • les nouvelles technologies ne sont déjà plus nouvelles mais font évidence :

    • Selon médiamétrie, 80% des 13-24 ans ont un ordinateur et 81% sont connectés à Internet. Ces générations sont également totalement à l’aise avec le téléphone portable. Plus on est jeune, plus on utilise tous les usages du mobile. Ainsi 75% des 12-24 ans, soit six sur dix, s’en servent pour prendre des photos contre un sur dix pour les plus de 40 ans». (in Zoom sur les Générations Internet/ http://www.liberation.fr/actualite/economie/227801.FR.php)

    • Les entreprises ont déjà commencé à adopter de nouvelles méthodes de travail :

      1. vis à vis de l’externe : la communication (Cadillac, Gillette), le marketing (Lego Factory, Danone, Liebig)

      2. vis à vis de l’interne : l’emploi des wikis va profondément modifier la structure des entreprises en continuant une démarche engagée avec l’introduction de l’informatique (A Toffler, Le Choc du Futur et A Touraine, La société post-industrielle) :

        1. Une récente étude de Forrester propose : Wikis Change The Meaning Of « Groupthink »

      http://www.forrester.com/Research/Document/Excerpt/0,7211,40964,00.html

    Je citerai dès lors volontiers Véronique Richebois qui dans son article des Echos, “La Génération Participation au pouvoir”, évoque une nouvelle classe dominante. http://www.lesechos.fr/info/metiers/4519069.htm

    « La limite de son influence réside dans le maintien des équilibres actuels. Si la paix et la prospérité restent assurées aux classes moyennes des pays développés, la Génération Participation prendra effectivement le pouvoir.
    A défaut et j’y reviens, un risque de délitement n’est pas impossible et la question sera de savoir si la Génération Participation a suffisamment conscience de sa dominance pour refuser cet éclatement des classes moyennes et la privatisation des flux.
    Un excellent exemple est l’éventualité d’une privatisation/nationalisation d’internet à laquelle il faut opposer l’intérêt général. »


    Denis Failly – « Si le Web 2.0 , est un terrain privilégié d’observation et d’action de cette Génération P il existe probablement un point de bascule où les comportements, les démarches, l’état d’esprit… impulsée sur la toile tels des « Mêmes » impactent sur la vie réelle tel une vie 2.0 en quelque sorte. »
     
    Thierry Maillet – « C’est une excellente question car le risque est réel d’une privatisation d’internet.
    Je vous cite Philippe Lemoine qui a eu la gentillesse de bien vouloir préfacer mon livre :

    Plusieurs pistes sont imaginables, en arrière plan de ce constat. Dans le livre Génération P, au moins trois sont ouvertes. La première est de s’intéresser à des démarches non-programmatrices, ouvertes aux autres, comme l’illustrerait la montée de la valeur féminine dans l’analyse d’Alain Touraine à laquelle se réfère l’auteur. La seconde piste est de se détourner définitivement d’une notion de finalité et de s’inscrire ainsi inexorablement dans les dangers de ce que Friedrich Nietzsche appelait la « volonté de puissance ». C’est ce qu’évoque le livre en mentionnant cette nouvelle science passerelle qu’est la mémétique, nouvelle façon d’imaginer le vivre ensemble de demain. Approche dont un brillant livre de Jean-Michel Truong avait montré que, conjuguée à l’intelligence artificielle, elle déboucherait sur une conception de l’avenir « totalement inhumaine ». La troisième piste esquissée dans Génération P consiste à imiter le comportement modeste dont les entreprises citoyennes s’inspireront de plus en plus et à se détourner de ces enjeux du futur trop globaux et trop angoissants, pour revenir cultiver son jardin secret. C’est un peu la leçon que nous propose sans doute Thierry Maillet ….”

    La question posée ici est de savoir écarter le risque évoquer par Jean-Michel Truong et que nous renvoie clairement Second Life aujourd’hui.
    Formidable expérience comme le propose Christophe Nonnenmacher sur l’excellent blog, europeus.org ( http://www.europeus.org/archive/2007/01/11/second-life-ou-la-vraie-rupture-tranquille.html) ou premier avatar d’une privatisation accrue d’un monde virtuel qui ne sera peut-être plus celui de tous les possibles mais seulement de tous les moyens en réintroduisant une notion oubliée et pourtant essentielle qui est le risque de fracture numérique.
    Pour être franc et si vous le voulez bien je réserve ma réponse à propos de Second Life. »

     
    Denis Failly – « Génération Participation, 5ème pouvoir, Connecteurs, Bionneers, Créatifs Culturels, etc ne sont ce pas les acteurs  d’une même réalité décrite selon des dimensions ou des saillances différentes avec en commun, et à minima effectivement le facteur P (Participation) ? »
     
    Thierry Maillet –
    Vous avez tout à fait raison et je vous remercie pour votre question qui m’incite à vous proposer une analyse peut-être osée dans le temps long et que je vous demanderais de bien vouloir contredire :

    1. Le Nouveau est apparu à la fin du XIX° siècle car come le précise l’historien François Caron dans Les deux révolutions industrielles du XX° siècle  : « les années 1880 – 1914 ont fondé le XX° siècle. L’ensemble du système technique a basculé vers un nouveau modèle d’organisation de la recherche et des entreprises …. Le dynamisme de l’industrie américaine entre 1870 et 1929 était le résultat de la multiplication et de la diversification des produits offerts au consommateur final.

    2. Le Moderne succède au Nouveau et je ne peux résister à citer un auteur qui vous est cher, Edgar Morin dans l’Esprit du Temps (1962, Grasset) :
      « La culture de masse, dès les années 1920 et 1930, a fonctionné comme agent d’accélération dans le dépérissement des valeurs traditionalistes et rigoristes, elle a désagrégé les formes de comportement héritées du passé en proposant de nouveaux idéaux, de nouveaux styles de vie fondés sur l’accomplissement intime, le divertissement, la consommation, l’amour. Au travers  des stars et de l’érotisme, des sports et de la presse féminine, des jeux et des variétés, la culture de masse a exalté la vie de loisir, le bonheur et le bien-être individuels, elle a promu une éthique ludique et consommative de la vie».


    3. La Technocratie a commencé après-guerre (James Burnham), L’ère des organisateurs (1947, Calmann-Lévy) et dont Alvin Toffler envisageait l’épuisement dès 1970 :
      “Le prospectiviste américain évoquait l’épuisement du modèle technocratique : (il) se cache l’idée que les ambitions nationales concernant l’avenir de la société doivent être formulées au sommet. Ce postulat technocratique reflète à merveille les vieilles formes d’organisation bureaucratique qui séparaient dirigeants et exécutants et répartissaient en deux groupes au sein d’une hiérarchie rigide et antidémocratique, gouvernants et gouvernés, administrateurs et administrés, planificateurs et victimes de la planification. Pourtant les objectifs réels d’une société en marche vers le super-individualisme, (…) sont déjà trop éphémères et trop liés pour qu’on puisse les isoler et les définir aisément. (…) Il nous faut affronter ce problème dans une perspective nouvelle et révolutionnaire ».


    4. L’Individualisme des années 80 serait peut-être aussi en voie d’épuisement comme je le suggère à travers l’idée d’un Hypermonde qui n’est peut-être rien d’autre qu’”une difficulté à penser demain autrement que comme un prolongement extrême et dramatique du monde actuel”. (p.105)

      “La situation postérieure à la guerre froide est celle des « temps hypermodernes »[1]. Cette période a ouvert la voie à l’hyper-puissance[2] américaine dénommée aussi hyper-empire par J Attali  et qui a consolidé un hyper-capitalisme[3], peuplé d’hyper-salariés[4] et qui est le théâtre d’une hyper-compétitivité[5]. L’individu hypermoderne[6]  de cette période devint un hyper-consommateur[7] sollicité par l’hyper-choix. Cet hyperactif soumis à une obligation d’hyper-contacts[8] est maintenant menacé par l’hyper-terrorisme[9] ou l’hyperconflit selon J Attali et qui pourrait causer rien de moins que la fin de l’Occident [sic]. Et quand Galliano passe dans l’hyper-Dior à l’occasion des collections Haute Couture Automne Hiver 2006-2007[10] , il est temps de se demander si nous ne serons pas tous « hyper quelque chose » prochainement”.

      [1]  Gilles Lipovetsky, Les Temps hyper-modernes, Paris, Grasset, 2004.
      [2]  Hubert Védrine, Face à l’hyperpuissance : textes et discours, 1995 – 2003, Fayard, Paris, 2003.
      [3]  André Comte-Sponville, Le capitalisme est-il moral ?, op.cit.
      [4]  Jean-Pierre de La Roque et Sylvie Hattemer-Lefèvre « Les super-profits font les super-salariés », Challenges, 23 février 2006.
      [5]  Jean-François Rischard, op.cit.
      [6] Nicole Aubert, L’Individu hypermoderne, Paris, Éditions Érès, 2004.
      [7]  Gilles Lipovetsky Le Bonheur paradoxal, op.cit.
      [8] Marcel Rufo, Détache-moi, Paris, Anne Carrière, 2005.
      [9]  François Heisbourg, La fin de l’Occident, Paris, Odile Jacob, 2005.
      [10] « Galliano passe dans l’hyper-Dior », Libération, 6 juillet 2006. »

    5. La Génération Internet (la génération participation)
      ( p. 222) “La perspective nouvelle envisagée par Alvin Toffler en 1970 pourrait-elle être le cinquième pouvoir suggéré par Thierry Crouzet en 2006. « Le cinquième pouvoir, c’est nous, les citoyens fédérés par les nouvelles technologies. Nous sommes en train de réinventer la démocratie et je veux savoir ce qu’en pensent les politiciens. À leurs yeux, le cinquième pouvoir existe-t-il ? Va-t-il peser dans la vie politique ? N’est-il pas une chimère né dans la tête de quelques technophiles … ?[2] »

      [1] Alvin Toffler, Le Choc du futur, op.cit, p. 529.
      [2] http://blog.tcrouzet.com/2006/09/28/pourquoi-bayrou-est-il-venu/

    Denis Failly – «Quels sont où pourraient être les modèles (économiques pour les uns et sociétaux pour d’autres) qui émergent où pourraient émerger d’une part et lesquels vous semblent les plus viables à terme ? »

    Thierry Maillet – « Je crois que deux modèles de société s’affrontent actuellement :

    1. Le modèle de la maximisation des ressources disponibles et que d’aucuns appellent (ultra-libéralisme, modèle égoïsto-individualisme) et qui est représenté par les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et dans une moindre mesure l’Espagne.

    2. Le modèle de croissance intelligente et que d’aucuns appellent (social-démocratie) et qui est représenté par les trois pays scandinaves plus peut-être la Suisse.

    3. La France, l’Allemagne, l’Italie et dans la foulée le Bénélux hésitent, au même titre que la Corée du Sud et le Japon, sur le modèle à suivre.

    4. Parmi les pays développés, la Russie est attirée par le modèle américain, quand bien même elle s

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