Tels pères, quels fils

medium_telperequelfils.2.gifPascale Weil, Editions d’Organisation, 2006

une préface de Maurice Levy, Pdt de Publicis « vive, vivante et vibrante »

Quelques mots de Pascale Weil

Denis Failly – Pascale Weil, dans « Tels pères, quels fils » vous traitez notamment du différentiel générationnel entre les 25 – 35 ans et leurs parents , quels sont les grands points clés, les axes de ruptures à retenir.

Pascale Weil medium_pascaleweil.jpgOn a caricaturé les 25-35 ans sous la figure des Tanguy, comme si cette génération se  » coulait » dans le moule de la vie de ses parents …Or, à y regarder de plus près, c’est une révolution à laquelle on assiste entre les baby boomers et leurs enfants. Dans ce livre, j’ai choisi 10 grands thèmes qui distinguent la société dans laquelle les Baby boomers ont été élevé et celle de leurs enfants. Or, chacune a ses propres représentations du politique, de l’économique, de la raison/ émotion, du temps, des rapports hommes/ femmes, de la nation …., de la laicité, de la démocratie ou la république. Pris un à un, chaque thème démontre des systèmes de références éloignés, voire opposés. (Ceci , sans entamer le fait que parents et enfants s’aiment, bien sûr).
Pour ne garder qu’un exemple : si les baby boomers ont eu une éducation dure mais une vie douce, leurs enfants ont eu une enfance douce mais font face à une vie dure.
Si les premiers ont bénéficié des promesses de la croissance, du plein emploi et de la liberté sexuelle, les seconds ont pour environnement une croissance en panne, le chomage, le sida et autres menaces.
Mais comme les 25- 35 ans ne sont pas descendus dans la rue, qu’ils n’ont pas brandi leur combat par pancartes interposées, on a pu croire à la fin du conflit de génération.
Or eux, aussi, sans le dire, ont tué leurs pères. mais à leur manière. Sans affrontement ouvert, simplement, en regardant ailleurs, en zappant.
Ils ne combattent pas leurs parents, ils se débrouillent sans eux. Ils ne critiquent pas la société de consommation, ils s’arrangent !
Ils ne visent pas à être reconnus comme une génération, mais comme des individus singuliers … au point d’ailleurs que cette revendication de singularité devienne paradoxalement leur embleme de génération !

Denis Failly – Les plus jeunes (moins de 25 ans) sont-ils encore plus différenciés voire en rupture plus brutale avec leur aînés dans la convulsion « sociétale » actuelle ?
Les plus jeunes se sont passés de mots ! Ils ont opté pour les gestes spectaculaires, exerçant là leur expertise des medias …


Denis Failly – Les changements de paradigmes engendrent -ils pour vous de nouveaux imaginaires en terme de consommation par exemple et peut-on les caractériser ?

Pascale Weil Le changement de paradigme est d’abord celui d’une société qui connait une évolution tellement rapide qu’elle se dévoile sous la forme d’une rupture générationnelle très profonde.
En deça, le changement de paradigme, est celui d’une société qui devient « multi-bipolaire », tiraillée par de nombreuses fractures : économiques, sociales, culturelles, générationnelles, numériques, technologiques, de mobilité aussi …Les moyennes y ont de moins en moins de sens.
Ceci a totalement modifié l’imaginaire dominant à l’oeuvre : il avait été un « imaginaire d’opposition » dans les années 60-70, avec sa vision manichéenne puis un « imaginaire de fusion » dans les années 80 et un « imaginaire d’alliance » dans les années 90″ ( cf l’analyse secteur par secteur dans  » A quoi revent les années 90″).
Aujourd’hui le nouvel imaginaire , ( alors qu’il est de plus en plus difficile de généraliser) est, pour employer une formule simple, « l’imaginaire du « oui, mais », celui d’une personne qui dit oui pour ne pas se marginaliser, mais qui n’adhère pas tout à fait, qui dit oui, mais du bout des lèvres, qui approuve mais qui a un plan B, au cas où…
…Qui joue le jeu parce qu’il le faut bien mais qui n’y croit pas…
…Qui a envie de consommer, oui, mais sans se laisser berner…
…Qui aime les marques, mais si elles apportent une valeur ajoutée…
…Qui réfute l’uniformité oui mais qui se sent angoissée par l’hyperchoix…
…Qui approuve la technologie mais qui a peur qu’elle n’engendre un monde deshumanisé…
…Qui aime le virtuel, oui mais qui se méfie des relations sous cellophane…
…Qui ne pratique pas de religion sous une forme traditionnelle mais qui aimerait bien des formes de sacré…

La liste est longue …….car cet imaginaire caractérise nos tentatives de réponse à des paradoxes de plus en plus lourds.

Denis Failly Les marques ont-elles réellement conscience des mutations et quels enseignements majeurs en terme de marketing / communication peuvent (doivent) -elles en retirer ?

Pascale Weil Les marques vivent cette multitude de mutations et en ont conscience…. Ce qui demande davantage d’attention c’est de savoir hiérarchiser les mutations qui auront le plus d’impact sur leurs métiers et choisir les priorités. C’est pourquoi notre rôle en consulting est précisément, avec notre expertise Identité & Management, d’explorer ces mutations, de les hiérarchiser et d’ aider ainsi l’entreprise et ses marques à mieux définir ce qu’elles veulent être demain, ce qu’elles doivent être aussi et à partager avec leur management cette hiérarchie pour concentrer leurs efforts sur les so
urces de valeur ajoutée qui ont le plus de sens pour leurs clients. Elles peuvent alors mobiliser l’interne vers un projet et une identité devenus spécifiques et pertinents.

Denis Failly Post modernité pour les uns , hyper modernité pour d’autres, pour nous, au-delà de la réthorique et des concepts comment, en tant qu’observatrice des tendances, qualifieriez – vous cette époque ?

Comme notre rôle est moins d’observer des tendances que d’aider les entreprises et les marques à créer ce qui peut interesser leurs diverses parties prenantes, nous ne regardons pas les « tendances » comme une sorte de fatalité à laquelle les entreprises doivent se soumettre. Non, à nous d’ étudier l’environnement pour tracer la voie spécifique de chacun de nos clients en allant dans le sens de ses volontés et de ses potentiels. Nou faisons davantage attention aux mutations lourdes et aux opportunités qu’elles créent qu’aux tendances qui ont un côté « saisonnier », rapide éphémère qui ne peut pas servir de socle pérenne à une entreprise ou une marque.
Pour répondre au second aspect de votre question, mon objectif n’est pas celui du combat des mots. Quand j’ai commencé ce livre, oui, j’ai utilisé les concepts de modernité et post modernité. Et avec l’évolution des imaginaires, je savais qu’il s’agissait d’aller au delà des termes actuels.
Mais je me suis très vite rendue compte que, dans un cadre professionnel, les mots comme post modernité, hypermodernité restent abstraits, voire abscons. Pour la plupart des acteurs, ce sont des querelles d’experts ou d’initiés. Ce qui est en partie vrai.
Aussi n’ai-je pas cherché de mot globalisant, qui est aussi une caractéristique de la génération des baby boomers.
J’ai davantage cherché à incarner mon analyse à travers la révolution encore souterraine entre les deux générations, à mettre en évidence les risques lourds que nous avons à ignorer leurs différences radicales à l’heure, où les équilibres politiques, économiques, culturels, … sont lourdement affectés.
On l’a vu avec la réforme des retraites, on le voit avec les enjeux de l’éducation …, de la santé…

Je voudrais aussi partager avec vous un écho personnel : Beaucoup de personnes qui ont lu le livre m’ont dit qu’elles avaient réalisé à quel point il était particulièrement difficile de faire partager à sa propre famille l’ expérience de leur génération. L’une d’elle l’a offert à ses enfants en leur disant : « voici comment pense ma génération ». Une autre m’a dit que son fils lui avait conseillé en disait « tiens, cela va t’aider à comprendre« . Une autre personne encore, de 30 ans, m’a dit : « je comprends maintenant pourquoi je m’engueule avec mon boss« . ( Cette personne ne parlait pas de conflit personnel, mais plutôt du fait qu’elle avait réalisé à quel point il existait deux « visions du monde » qui se confrontaient).
Je n’avais pas imaginé, avant d’avoir ces remarques, à quel point ce livre pouvait aussi , à titre privé, aider à rendre explicite, ce qui en général reste implicite dans une génération. C’est évidemment ce qui m’a le plus touchée.

Denis Failly « En clin d’œil à l’un de vos précédents ouvrages, les « années 2000 » rêvent-elles encore et à quoi peuvent-elles rêver ? »

Les baby boomers ont cru qu’en apportant à leurs enfants un confort qu’ils n’avaient pas connu, ils faisaient en soi oeuvre de transmission. Mais devant les défis actuels, ils s’aperçoivent à quel point ils ont eu de la chance.

Les années rêvent qu’elles peuvent encore rêver … et notamment ici, en France.
Elles rêvent de laisser à leurs enfants un monde mieux préparé qu’aujourd’hui,
Elles rêvent que leurs enfants aient mieux qu’elles, alors qu’on annonce partout, que les rêves de croissance se sont déplacés à l’autre bout de la planete …
Les films d’ailleurs le prouvent. certains sont très réalistes, violents, lourds, d’autres jouent sur le fantastique, le mystère…

Denis Failly Pascale je vous remercie

 

Pascale Weil est Associé de Publicis Consultants et Directrice de « Identité & Management ».
Elle conseille les entreprises sur la redéfinition de leur identité et sur l’appropriation du management de leur nouveau projet.
Elle est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Et moi, émoi » sur l’individualisme dans les années 80, « Communication Oblige ! » sur la communication de management , « A quoi rêvent les années 90 ? » sur les nouveaux imaginaires et récemment de » Tels Pères, quels fils ? » sur la révolution silencieuse entre les baby boomers et leurs enfants.

 

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