Le nouveau pouvoir des internautes

la bibliothèque NextModerne, Le nouveau pouvoir des internautes,François Xavier Hussherr interviewé par Denis Failly

Quelques mots d’un des auteurs

Denis Failly – Francois Xavier Hussherr, en tant que professionnel de l’étude des comportements des Internautes, pouvez – vous nous rappeler brièvement les grandes caractéristiques (profil, usages…) de l’Internaute d’aujourd’hui ?

Francois Xavier Hussherr – la bibliothèque NextModerne, François Xavier Hussherr« Aujourd’hui un français sur deux de 11 ans et plus est internaute, c’est à dire plus de 26 millions. L’internaute français n’est plus seulement un passionné d’informatique mais il est de plus en plus un français comme les autres. Le profil de l’internaute moyen se rapproche du profil du français en général notamment grâce au développement de l’ADSL depuis 2003. Ainsi, on note en 2005 une progression de l’accès à Internet chez les CSP- et les femmes qui rejoignent de plus en plus les CSP+ et les hommes, jusque là plus avancés sur le sujet. Aujourd’hui, 84% des internautes depuis le domicile sont connectés en haut débit. Mais la fracture numérique demeure puisque seulement 38% des foyers français avaient accès à Internet fin 2005 et que l’on sait que tous les individus d’un foyer équipé d’Internet ne se servent pas des outils à leur disposition. C’est pour cela que les droits d’auteurs du livre « Le Nouveau Pouvoir des Internautes » écrit avec Cécile Hussherr et Marie-Estelle Carrasco iront à des associations travaillant sur le sujet. »

Denis Failly – «  De ce nouveau pouvoir des Internautes , objet de votre ouvrage, quels sont les éléments les plus remarquables ? »

Francois Xavier Hussherr – « Ce qui est le plus marquant, je pense, c’est la formidable capacité des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) à rassembler plus de personnes et à les fédérer plus rapidement autour d’un projet commun, qu’il soit personnel ou social. Nous avons commencé cet ouvrage en faisant le constat, lucide, de la sinistrose actuelle. Mais, dès la seconde partie, nous avons tenu à livrer au lecteur une sélection des nombreux exemples de création de chaleur et de valeur permis par les NTIC que nous voyons chaque jour en tant qu’Internautes et que professionnels du numérique. Le plus remarquable a été pour nous la facilité à trouver des exemples et ce dans de nombreux domaines (santé, éducation, etc.). Il était important pour nous de rappeler que sans un retour à des valeurs plus positives comme l’espérance et la confiance, nous ne pourront pas aborder les changements inéluctables qui se préparent en France. »

Denis Failly – « Croyez – vous au « point de bascule » apte a bouleverser en profondeur et durablement les fondements (modèles ?) des grands systèmes actuels (Média, Producteur, Distributeur, Politique…) ? »

Francois Xavier Hussherr – « Je ne crois pas en une rupture brusque. Dans l’Histoire le changement est une constante, il a toujours existé. Pensons aux changements fondamentaux qui ont suivi les découvertes de Copernic ou Newton … . La seule différence actuellement c’est la vitesse avec laquelle le changement arrive. On contaste une accélération prodigieuse du changement voire proprement vertigineuse, même pour ceux qui comme moi travaillent dans les nouvelles technologies depuis plus de 10 ans. Je me rappelle encore des tous premiers modems à 28 kb/s.

Tous les modèles que nous connaissons vont donc être amenés à changer. Mais là encore, il faut savoir prendre du recul. Pour passer à une massification de l’accès Internet en haut-débit il a fallu 6 ans. Tout n’est donc pas pour demain. En revanche il est clair que sur un horizon de 5 à 10 ans les modèles vont être amenés se transformer en profondeur. Cela est vrai dans les NTIC avec le développement des offres quadruple play, dans le domaine du logiciel libre où une économie est en train de naître avec des acteurs comme Redhat qui a maintenant un business model reconnu. Des modèles économiques se créent, d’autres se transforment ce n’est parce le logiciel libre se développe que Microsoft va disparaître. Les acteurs en place changent aussi leur modèle pour s’adapter. Pour reprendre notre exemple précédent, Microsoft ouvre depuis peu une partie d’une partie de ses codes source (API). Au final, les modèles de Redhat et Microsoft vont peut-être converger à horizon 5 ans.

Nos institutions vont pouvoir aussi se renouveler avec Internet. La démocratie va par exemple pouvoir devenir plus participative avec le développement de l’Internet 2.0. Des collectifs d’internautes se sont ainsi créés fin 2005 et début 2006 pour envoyer des propositions d’amendements dans les boites mail de nos députés, c’est une première. Les français internautes vont sans doute être de plus en plus consultés également. »

Denis Failly – « La création et le partage abondant de connaissances, de ressources…, la volonté de faire liens, l’envie d’une d’Intelligence collective / connective, la quête de modèle alternatifs plus humanisants (auto / co – production, système de troc, open money…) ne renverse t-il pas et jusqu’où, certaines perspectives du modèle capitaliste fondées notamment sur la rareté… ? »

Francois Xavier Hussherr – « Non je suis économiste de formation et je constate que le capitalisme a toujours su d’adapter au différentes étapes de l’histoire humaine. En revanche, l’ultralibéralisme que l’on connaît dans tous les pays actuellement va sans doute disparaître dans 5 à 10 ans pour laisser place à un capitalisme numérique. Certaines ressources vont rester rares (comme le pétrole ;:)) ) par exemple; d’autres ne le seront plus. Mais ce n’est pas parce les codes source d’une application sont d’un accès gratuit qu’il ne faudra pas payer Redhat ou Capgemini (cf leur récent contrat avec le ministère des finances) pour maintenir des systèmes informatiques. Je suis d’accord avec vous que le capitalisme qui va émerger sera, il me semble, plus humaniste. La logique de toujours plus de profit n’est pas tenable sur le long terme. Lorsque une entreprise aura atteint 7% de rentabilité, puis 10% puis 15%, il y a un moment où elle va atteindre un seuil où pour ce maintenir elle aura besoin d’investir dans l’humain et dans les compétences.« 

Denis Failly – « Francois Xavier Hussherr, je vous remercie »

Le site du livre

 

Bio : Agrégé en économie et en gestion puis docteur en marketing, François-Xavier Hussherr travaille depuis plus de dix ans dans le secteur des nouvelles technologies. Tour à tour chercheur à l’université du MIT (de 1996 à 1998), responsable des études et de la recherche chez Voila, puis directeur adjoint du pôle business de Wanadoo Portails, il est actuellement directeur général de l’activité Internet et Nouveaux Médias de Médiamétrie, spécialiste de la mesure d’audience.

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